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Dans un futur proche, plus exactement en 2027, il n'y a plus d'enfant sur Terre. Toutes les femmes de la planète sont devenues stériles pour une raison inconnue. Dans ce monde dévasté par de nombreux conflits sociaux, politiques et religieux, l'annonce de la mort du plus jeune homme du monde fait l'effet d'une bombe. C'est dans ce contexte que Théo, un ex-militant politique, se voit enlevé par des terroristes et chargé d'obtenir de faux papiers pour une jeune femme afin de lui faire passer la frontière. Très vite, Théo se rend compte de l'ampleur des enjeux de sa mission : la jeune femme est enceinte de huit mois...



Deux ans après avoir réalisé sans doute le meilleur épisode d'Harry Potter, Alfonso Cuaron revient au cinéma fantastique avec l'adaptation de l'excellent bouquin de P.D. James : "Les Fils de l'homme". La grande maîtresse du thriller psychologique nous avait livré là une de ses meilleures histoires avec cette unique incursion dans le fantastique. Elément fantastique qui n'est que prétexte à mettre en scène un récit d'une grande noirceur et plein de tension. Les limites du roman, Alfonso Cuaron les dépasse avec beaucoup de brio mais surtout d'intelligence. Il reprend tous les codes des reportages télévisuels que l'on a l'habitude de voir au journal de 20 heures. Du coup, toutes les images de conflit et de guérilla urbaine sont d'une crédibilité saisissante et ne sont pas sans engendrer un certain malaise chez le spectateur.



Ce qui frappe dans "Les Fils de l'homme", c'est avant tout cette caméra à l'épaule, qui donne au film son aspect quasi-documentaire et renforce les sensations de fragilité et d'instabilité dans lesquelles évoluent les personnages. La réalisation et la mise en scène sont tout simplement incroyables, notamment les deux magnifiques et virtuoses très longs plans qui font beaucoup parler d'eux et qui ne sont pas des plans séquences comme ont tendance à l'avancer beaucoup de journalistes. Il s'agit en effet d'un abus de langage puisque les plans séquences comme leur nom l'indique, sont des plans qui commencent et se terminent avec la séquence. Or ces deux plans s'achèvent bien avant la fin de leur séquence respective. Bref, il n'empêche que ces plans sont tout simplement géniaux de par leur mise en scène et d'un cadrage millimétré dans l'espace et dans le temps, tout comme le reste du film d'ailleurs.



Alfonso Cuaron joue avec les nerfs, et ce, avec beaucoup d'ingéniosité en faisant évoluer des figures cinématographiques familières (Théo semble tout droit sorti d'un bon vieux film noir et son meilleur pote d'un film hippie du nouvel Hollywood) dans un univers qui nous est très familier mais où les personnages ne semblent pas véritablement avoir leur place. Preuve en est que pas une fois les héros n'utilisent d'arme, ils n'ont aucun contrôle sur les évènements tout comme l'humanité entière, complètement déboussolée par cette espèce de pandémie qui la condamne à disparaître. Le réalisateur pose une foule de questions intéressantes au détour de plans volés lors de la fuite des personnages et laisse le soin au spectateur d'y répondre par lui-même.



Les acteurs sont impeccablement dirigés et le réalisateur s'amuse avec ses personnages, il les fait disparaître ou vivre d'une manière qui semble complètement aléatoire et imprévisible. Les caractères des protagonistes également sont très instables, impossible de savoir leurs véritables intensions, ils ne sont ni bons ni mauvais, ils agissent comme ils le peuvent et semblent complètement égarés dans cet univers où ils ont perdu tout contrôle. "Les fils de l'homme" est d'une grande violence dans son propos et Alfonso Cuaron sait ne pas faire preuve de pudeur dans les images quand il le faut. A ce titre, l'explosion du début du film, les fusillades sanglantes, la course poursuite avec celui qui les trahit et l'accouchement (un des rares accouchements crédibles au cinéma) en sont de très bonnes illustrations.

Alfonso Cuaron n'est vraiment pas loin du chef-d'œuvre et signe là le meilleur film d'anticipation depuis "Bienvenu à Gattaca".