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Réalisation
Kim Yong-gyun

Scénariste
Kim Yong-gyun, Sang-Ryeol Ma

Date de sortie
2005

Genre
spectres

Tagline


Cast
Kim Hye-su
Kim Seong-su
Park Yeon-ah
Go Su-hee
Lee Eol…


Pays
Corée du Sud

Production


Musique
Lee Byung-woo

Effets spéciaux



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Moyenne: 4.5
(10 votes)
Après avoir découvert que son mari la trompe, Sun-Jae quitte le domicile conjugal et emmène sa petite fille Tae Soo avec elle. Un jour, Sun-Jae trouve dans le métro une jolie paire de chaussures roses. Des escarpins particuliers, qui semblent avoir un pouvoir hypnotique sur les femmes, qui veulent toutes se les accaparer. Même Tae Soo veut les voler à sa mère, ce qui entraîne de violentes disputes. L'une des amies de Sun-Jae parvient à s'en emparer. Elle sera retrouvée morte, les chevilles sectionnées. Un cas similaire à ce qui est arrivé à une jeune lycéenne, qui avait volé les chaussures à l'une de ses camarades. Les chaussures roses seraient-elles maudites ? Et à qui appartiennent-elles vraiment ?



The Red Shoes est une adaptation libre du conte d'Andersen, "Les souliers rouges", écrit en 1845 et qui racontait l'histoire d'une petite fille très fière de ses nouveaux souliers rouges et qui décide de toujours les porter. Seulement, elle ne va plus pouvoir les ôter, jamais ils ne lui laisseront de répit, elle devra marcher, courir, danser, jusqu'au jour où, exténuée, elle va aller voir le bourreau pour qu'il lui coupe les pieds.

A partir de ce conte au final macabre, le réalisateur coréen Kim Yong-gyun brode une histoire de chaussures maudites, où seule la première personne qui les trouve peut les porter, et malheur à ceux qui auront la mauvaise idée de lui dérober et de les chausser. Ajoutons une petite pincée de fantôme revanchard, quelques séquences gores, une romance, une relation mère/fille pas évidente et on obtient une énième variation de films de fantômes style "Ring" ou "Dark Water". Enfin, pas tout à fait…



En effet, The Red Shoes, bien qu'en possédant les caractéristiques, n'est pas qu'une banale copie de Ring, dans le sens où, mis à part un ou deux plans (et je parle bien de plans, pas de séquences entières), vous ne verrez pas de jeune fille aux cheveux sales qui tombent devant le visage façon Sadako. On peut même voir ce refus de copier le cinéma japonais dans une scène où la petite Tae Soo place ses cheveux devant son visage en se regardant dans un miroir et se met à faire une grimace qui nous rappelle Sadako, mais sa maman vient lui couper ses mèches tombantes, coupant cours à cette référence justement. Et de provoquer un grand sourire sur le visage du spectateur, qui a de suite compris l'allusion. Malin et habile.

Bien sûr, on pense quand même à Hideo Nakata en regardant The Red Shoes, puisque d'une part, le film se concentre sur les relations mère/fille, thématique principale de "dark water", et d'autre part, cette histoire de chaussures maudites rappelle celle de la cassette vidéo maudite de "ring". On peut même dire que c'est "dark water" qui revient le plus souvent à notre esprit, puisqu'on retrouve dans le film de Kim Yong-Gyun une jeune mère et sa petite fille à la dérive, cherchant à trouver un nouvel appartement suite aux infidélités du mari. L'appartement est d'une vétusté à toute épreuve, tout comme dans "Dark Water". L'apparition des mystérieux chaussons va accentuer la difficile relation mère/fille, puisque toutes deux vont convoiter le même objet. Le pouvoir de ces escarpins roses (et non pas rouges, cette couleur n'étant présente que dans le titre anglais, sûrement pour rappeler la couleur du sang aux spectateurs et attirer leur attention…), qui déclenche chez les femmes une attraction incontrôlable, ne les rendant plus maître de leurs gestes, va entraîner Sun-Jae et sa fille Tae Soo dans une spirale de violence, où la mère n'hésitera pas à malmener la chair de sa chair pour récupérer les précieux chaussons, tout comme la fillette n'hésitera pas à entrer en conflit avec sa mère pour les obtenir et les conserver.

Il faut dire que ces chaussures ont plusieurs particularités. Le plus flagrant est qu'ils semblent réveiller LA femme qui sommeille dans les femmes. Quand Sun-Jae les porte, elle devient plus féminine, se maquille, n'hésite pas à draguer ouvertement le décorateur qui s'occupe de refaire son salon d'ophtalmologie. Elle se sent femme, attirante, fonceuse. Quand la toute jeune Tae Soo les chausse, son apparence dans le miroir change. Trop grande pour elle dans la réalité, les chaussures sont parfaitement adaptées aux pieds de la fillette dans l'image que renvoie le miroir. Et son visage est maquillé, l'image du miroir semblant dévoiler la femme qui est en elle. Ne dit-on pas que pour connaître quelqu'un, il suffit de regarder ses chaussures ? Les escarpins roses ont aussi des vertus physiques, puisque Tae Soo, qui fait de la danse, progresse dans ce domaine après les avoir portés. Elle le dit elle-même, lors d'une dispute avec sa mère. Malheureusement, il y a aussi un côté négatif dans ces chaussures. Car la convoitise qu'entraîne la vision des chaussures chez les autres femmes va entraîner leur perte.

The Red Shoes est donc un film profondément fétichiste. Et la chaussure est pour la femme l'objet de toutes les convoitises. Le personnage de Sun-Jae fait même preuve d'un fétichisme assez poussé, puisqu'elle expose ses paires de chaussures sur des étagères, parfaitement classées, dans l'une des pièces de l'appartement. On comprendra alors pourquoi le fait d'avoir vu son mari avec une autre femme portant une paire de ses chaussures l'a autant traumatisée, le mari ayant osé dire que les chaussures allaient mieux à sa maîtresse qu'à sa femme. Un événement déclencheur d'un drame sous-jacent, qui trouvera une conclusion tragique.



Parmi les qualités du film, on peut retenir l'interprétation des personnages, l'actrice jouant Sun-Jae étant particulièrement excellente dans son rôle double de femme fragile et violente à la fois. La photographie, vraiment très belle, retiendra également notre attention, le film étant d'une vraie splendeur picturale, un peu comme le "suspiria" d'Argento. Les scènes de terreur sont assez efficaces, même si elles ne sont pas légions dans le film. D'ailleurs, la version cinéma est plus avare en scènes chocs que la version inédite proposée sur le dvd distribué par Asian Star. On en reparlera un peu plus loin. Les séquences nous présentant l'histoire de ces chaussures roses sont également d'une beauté absolue.

A mettre du côté des points négatifs : une histoire un peu compliquée, manquant un peu de rythme, et qui part en plus dans une toute autre direction lors du final, qui propose un "twist" qui malheureusement, ne s'enchaîne pas très bien avec ce qui a précédé, et qui pourra troubler les spectateurs, qui se demandent s'ils ont tout bien compris. D'ailleurs, la version cinéma et la version inédite, plus longue de dix minutes et montée différemment, apparaissent complémentaires et différentes dans la compréhension du final.

Ces deux versions sont très intéressantes à voir l'une à la suite de l'autre, car le montage est très différent et donne deux films différents également à l'arrivée, même si le gros de l'histoire est identique bien sûr. La version cinéma incorpore des flashbacks sur l'histoire des chaussures roses tout au long du film, alors que la version inédite regroupe toutes les séquences nous expliquant l'origine des chaussures vers la fin. La version inédite nous donne donc moins d'indices sur la malédiction des chaussures et nous en révèle l'origine d'une traite, ce que j'ai personnellement préféré.

La version inédite est également bien plus graphique au niveau horreur. Le meurtre de l'amie de Sun-Jae est nettement plus corsé par exemple, on voit les doigts extirper l'œil de son visage, puis on voit ses jambes faire des mouvements de va-et-vient sur du verre brisé, ce qui explique pourquoi on retrouve ses jambes sectionnées à hauteur des mollets. Dans la version cinéma, on voit juste l'œil tomber sur le sol et on assiste juste au résultat final, avec la vision des pieds séparés des jambes.

J'ai également trouvé le final de la version inédite bien plus flippant que celui de la version cinéma. Cela n'empêche pas ce final d'être toujours un peu tarabiscoté, mais on a une nette sensation de montée de stress, qui n'est pas forcément présente dans la version cinéma. Cette dernière explique par contre mieux certains événements, avec des images absentes de la version inédite. Par contre, j'ai trouvé que la version cinéma jouait plus avec les codes du film de fantômes que la version inédite.

Bref, je vous conseille de visionner ces deux versions de The Red Shoes d'affilée, vous serez surpris de ne pas ressentir la même chose, ou de ne pas penser pareil, en fonction du montage du film. Une expérience très intéressante.



Avis mitigé donc pour ce très beau film visuellement parlant, à cause d'une explication finale un peu confuse. Peut-être aurait-il mieux valu que le réalisateur ne s'éparpille pas dans un twist étrange et aille jusqu'au bout de son histoire de fantôme. En enlevant également quelques longueurs, le film aurait gagné en efficacité. Il reste néanmoins de belles images, des séquences chocs peu nombreuses mais impressionnantes et un excellent jeu d'acteurs. Un film bancal donc, où les qualités se perdent dans les défauts, mais qui prouvent que le cinéma coréen possède des réalisateurs talentueux et inventifs.

Disponible en double dvd zone 2(avec les deux versions) chez Asian Star.






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