RDV SUR FACEBOOK



CONNEXION



Votre note: -
Moyenne: 4
(3 votes)
Le Baron Frankenstein continue ses sinistres expériences dans un petit village des Balkans, avec l'aide du vieux docteur Hertz et de son jeune assistant Hans. Cette fois, le Baron s'intéresse à l'âme humaine et crée une machine pour tenter de la capturer afin de la transférer dans un autre corps. Hans, qui a vu son père guillotiné, tombe amoureux de Christina, fille de l'aubergiste, qui a une importante difformité physique au niveau du visage. Un soir, trois jeunes bourgeois viennent embêter la pauvre jeune fille et Hans se lance dans une bagarre mouvementée. Totalement ivres, les trois malotrus retournent à la taverne en cachette mais se font surprendre par le père de Christina. Ils le tuent, alors qu'Hans passe la nuit dans le lit de sa dulcinée. La police trouve le manteau de Hans sur le lieu du crime et le jeune homme est accusé à tort du meurtre et conduit à la guillotine, provoquant le suicide de Christina. Une occasion inespérée pour le Baron Frankenstein qui va tenter de capturer l'âme de Hans pour la transférer dans le corps remodelé de Christina…



Terence Fisher. Peter Cushing. La Hammer Films. Un trio magique, ayant donné au cinéma d'épouvante anglais ses lettres de noblesse, avec des oeuvres comme "le cauchemar de dracula", "Frankenstein s'est échappé", "la malédiction des pharaons", "le chien des baskervilles" et bien d'autres encore.

Souvent personnage héroïque dans les films de la Hammer, le talentueux Peter Cushing a également joué des personnages antipathiques, sadiques, violents, en particulier dans la saga des Frankenstein, où il incarne le célèbre Baron. Sa première prestation dans la peau de ce personnage date de 1957, avec "Frankenstein s'est échappé". Il reviendra l'année suivante grâce à un habile subterfuge dans "la revanche de Frankenstein", puis attendra six ans avant de réapparaître à nouveau dans "l'empreinte de Frankenstein" en 1964, où ses mains subiront de graves dommages. D'où la présence du vieux docteur Hertz dans le film qui nous intéresse, "Frankenstein créa la femme", afin de l'aider à concrétiser ses expériences.

Machiavélique, sadique, prêt à tout dans les trois premiers films, le Baron Frankenstein apparaît dans celui-ci plus posé, moins virulent, petite accalmie avant le déchaînement de violence que le personnage connaîtra deux ans plus tard dans "le retour de Frankenstein". Même si le célèbre docteur ne vit toujours que pour ses expériences sur le secret de la mort, il prend le temps de dîner avec son associé, de prendre la défense de Hans lorsque celui-ci est accusé de meurtre. Bref, il nous apparaît un peu plus humain, une humanité qui sera quand même mise de côté quand il verra une opportunité d'avoir un corps fraîchement exécuté en la personne de Hans. Comme toujours, Cushing nous livre une prestation parfaite, et il en va de même pour tous les autres personnages, qui sont parfaitement à leur place.



Outre Peter Cushing, on retrouve des figures bien connues chez la Hammer, comme Thorley Walters ("le fantôme de l'opéra", "Dracula prince des ténèbres") qui joue le vieux docteur un peu porté sur l'alcool ou bien Duncan Lamont ("l'empreinte de Frankenstein", "les sorcières", "les monstres de l'espace"), qui joue le père de Hans dans la séquence générique, une scène très dure, très Fisherienne dans son sadisme, où il passe à la guillotine sous les yeux de son jeune fils.

Le trio de jeunes freluquets est impeccable lui aussi. Parfaitement habillés, avec chapeau haut de forme et canne, ils se montrent particulièrement hautains avec les gens moins aisés qu'eux, comme l'aubergiste, et deviennent même de vrais goujats avec la pauvre Christina, prenant un malin plaisir à se moquer de son physique disgracieux, allant jusqu'à chanter une chanson sur sa difformité sous sa fenêtre en pleine nuit. La classe bourgeoise en prend donc pour son grade, les gentlemans devenant souvent chez Fisher des voyous abjects, sacrifiant les bonnes manières pour laisser libre cours à leurs pulsions bestiales, dont la scène la plus marquante à cet égard restera celle du "Chien des Baskervilles".



Pour incarner Christina, qui deviendra la "créature" du film, la Hammer choisit Susan Denberg, jeune fille qui venait de poser pour le magazine Playboy l'année précédente. Susan joue un double rôle dans le film. D'abord celui de la fragile Christina, défigurée, timide, soumise aux moqueries des gens, mais aimée de son père et surtout de Hans qui ne voit que la beauté de son cœur. Puis celui de Christina ressuscitée, mais qui n'est plus qu'un corps dans lequel on a transféré l'âme de Hans. Opérée esthétiquement par le docteur Hertz, la jeune fille a retrouvé son visage d'ange, et ses cheveux bruns sont devenus blonds, faisant d'elle une ravissante jeune femme. Ravissante mais dangereuse, puisque l'âme de Hans va réclamer vengeance et utiliser ce nouveau corps pour attirer dans ses filets le trio responsable de son exécution. Une dualité homme/femme autant physique que psychique, un thème un peu sous-exploité quand même dans ce film, mais qui servira de base à l'excellent "docteur jekyll et sister hyde", réalisé en 71.

A noter que de célèbres photos montrant Cushing et Susan en bikini sont souvent utilisées dans les magazines. Hors, vous ne verrez pas ces images dans le film. La légende veut que ces images aient été véritablement tournées, mais Terence Fisher a toujours dit qu'il ne les avait jamais filmées. Je pense pour ma part que ces photos ont été faites pour la publicité du film à l'époque. Il n'en demeure pas moins que ce sont ces photos qui reviennent tout de suite en tête quand on parle du film. Egalement pour la petite histoire, Susan se suicidera en 1968, après avoir découvert le LSD. Une drogue au nom prémonitoire, puisqu'on baptisa ce suicide "L'affaire Susan Denberg"…



"Frankenstein créa la femme" est un bon film de la Hammer, même si on peut lui en préférer d'autre. Les marques de fabrique du studio anglais sont présentes, comme la qualité des décors, des costumes, de la photographie, le jeu des acteurs, et l'originalité du scénario en plus. C'est également la première fois dans la saga où la créature du Baron est une créature femelle. Le film se laisse suivre avec plaisir, mais on aurait souhaité un peu plus de dynamisme et surtout voir le résultat de cette nouvelle expérience un peu plus avant dans le film, la nouvelle Christina n'apparaissant que dans les vingt dernières minutes. La violence est assez légère également, elle est plus psychologique avec les brimades que subit Christina que graphique, malgré quelques visions de têtes décapitées. Le talent de Fisher fait néanmoins du film une petite réussite, agréable, bien réalisé, avec de bonnes idées. Et quel plaisir de voir jouer Peter Cushing…