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Le professeur d'italien d'un collège catholique pour filles, Enrico Rosseni, a une liaison avec une de ses élèves, Elizabeth Seccles, car il n'éprouve plus de sentiments pour sa femme Herta. Lors d'une escapade amoureuse sur la Tamise, Elizabeth pense apercevoir une jeune fille poursuivie par un homme qui la menace d'un couteau. Enrico ne la croit pas mais le lendemain, il apprend aux informations qu'une fille a été retrouvée morte sur les berges de la Tamise. Se rendant sur les lieux, il découvre l'horrible spectacle. La jeune fille a un long poignard enfoncé dans le vagin. La police mène son enquête et soupçonne Enrico car le stylo de celui-ci a été retrouvé près de la scène du meurtre. Bientôt, une autre fille est retrouvée morte, avec toujours un poignard enfoncé dans son entrejambe. Elizabeth fait de nombreux cauchemars et dans l'un d'eux, elle arrive à se rappeler que l'individu qu'elle a vu, portait une soutane de prêtre…



Ce film de Massimo Dallamano, réalisateur à qui l'on doit d'avoir déclenché la carrière de Laura Antonelli avec le film "la vénus en fourrure", et qui nous offrira en 75 le film d'épouvante "Emilie l'enfant des ténèbres", est considéré comme un grand classique du "giallo", genre policier où le meurtre à l'arme blanche et les tueurs gantés et vêtus de noir sont l'attraction principale. Les exemples les plus représentatifs de ce genre sont "la tarentule au ventre noir", "la queue du scorpion", "le tueur à l'orchidée" ou bien encore "les frissons de l'angoisse" par exemple. Pourtant, à bien y regarder, "Mais qu'avez-vous fait à Solange ?" est un peu différent des exemples cités ci-dessus. Même si sa classification dans le Giallo est tout à fait légitime.

En effet, on retrouve les nombreux "codes du genre" dans le film de Dallamano. Le tueur est bien vêtu en noir et porte des gants, l'enquête policière est rondement menée et de nombreux suspects viennent brouiller les pistes. Présence de caméra subjective pour nous mettre à la place de l'assassin. On a également droit à un meurtre par noyade dans une baignoire, un grand classique du giallo, déjà utilisé en 64 par Mario Bava et son génial "Six femmes pour l'assassin". Ajoutons à cela une touche d'érotisme bien présente, avec des scènes de douches où les jeunes filles du collège sont totalement nues, et épiées par un tueur potentiel. Erotisme également lié au mode opératoire du tueur, puisque les victimes sont retrouvées avec un poignard enfoncé dans leur intimité. L'aspect phallique de l'arme du crime, et l'endroit où on l'a retrouve, feraient penser à une motivation religieuse, combattre le péché, le sexe, par le meurtre. Surtout que les victimes sont membres d'un collège catholique. Et qu'apparemment, le tueur porterait une soutane de curé. Dallamano s'en prendrait-il à l'Eglise catholique et à sa bonne pensée, comme le fera Lucio Fulci la même année avec son excellent "la longue nuit de l'exorcisme" ? On peut s'interroger…



Bref, "Solange" à tout du giallo pur et dur. Il est néanmoins quelque peu différent dans son approche. Les meurtres tout d'abord. Ils sont beaucoup moins graphiques que dans la majorité des gialli. Très peu de sang sera versé, mais pourtant, ils n'en restent pas moins assez choquants et sadiques. Car même si on ne voit que le geste d'insertion du poignard par le tueur, la vision du résultat en plan large, avec le manche de l'arme dépassant du vagin des victimes, est sacrément osée. Pas besoin d'être médecin pour ressentir le supplice et la douleur des jeunes filles. La scène de la noyade dans la baignoire est également très violente, et l'actrice parvient très bien à nous faire ressentir son étouffement, son asphyxie. Mais ces meurtres ne constituent pas vraiment l'intérêt du film. C'est surtout l'enquête policière qui nous intéresse ici, le pourquoi de ce mode opératoire de la part du tueur. Et surtout, pourquoi ce titre de film ? Passé une heure de métrage, on n'a toujours pas entendu parler de cette fameuse Solange. Qui est-elle ? Quelles relations y a-t-il entre les meurtres, les jeunes filles et elle ? Dallamano nous propose donc une solide histoire policière, où tout se tient sans partir dans des enchevêtrements compliqués, où certains réalisateurs de giallo se perdent eux-mêmes. Tout est cohérent, mais grâce à l'habileté de Dallamano, on est tenu en haleine et on veut savoir. L'apparition de Solange nous donnera de précieux indices et la trame horrible du drame qui se déroule sous nos yeux, se dévoilera enfin, avec des séquences fortes en émotions, où l'on ressent vraiment la notion de souffrance, autant physique que psychologique.



L'ensemble du film repose sur un rythme lent. Cela permet d'ancrer un peu plus le récit dans la réalité. Et de maintenir une certaine tension. Car la lenteur de ce film n'est absolument pas soporifique, bien au contraire, elle est génératrice d'une ambiance macabre, glauque.

Ce qui permet également au film d'être une référence du genre, c'est bien sur l'interprétation des acteurs. Dans le rôle d'Enrico Rosseni, on retrouve le très bon acteur italien Fabio Testi. Comme tout bon acteur du Bis italien, Testi a joué dans des films de genre aussi divers que le western, le polar, le giallo, le drame et d'autres encore. On le retrouvera par exemple dans "Quatre de l'Apocalypse" de Lucio Fulci, dans "Le Grand Racket" d'Enzo Castellari ou dans "l'important c'est d'aimer" de Zulawski. Dans "Solange", son interprétation est assez sobre mais néanmoins efficace. Pour jouer sa femme, le réalisateur a choisi l'actrice allemande Karen Baal qui exprime très bien toute la froideur de son personnage, mais également sa sensibilité, consciente qu'elle est en train de perdre son mari alors qu'elle l'aime encore.

Dans le rôle d'Elizabeth, on trouve la ravissante actrice espagnole Cristina Galbo, qu'on a pu voir dans "la résidence" ou bien dans "le massacre des morts vivants". Elle fera également partie du casting d'un autre giallo en 1975, "The Killer must kill again" de Luigi Cozzi. Son charme devrait faire beaucoup d'effet sur la gente masculine. Parmi les autres acteurs à retenir, notons Joachim Fuchsberger, un habitué des rôles d'inspecteur et Camille Keaton dans le rôle de Solange. Camille, son visage vous dira certainement quelque chose, puisque six ans plus tard, elle sera la malheureuse victime violée du film choc "oeil pour oeil", plus connu sous son titre de "I spit on your grave".

Comme on peut le voir, le casting est international. L'ensemble du film fut tourné à Londres, près de la Tamise, ce qui lui confère également une ambiance particulière. "Solange" fut doublé en anglais, ce qui permit à son producteur de le vendre aux Etats-Unis, où le film fut aussi un succès.



Autre point qui permit au film d'être une réussite, la photographie d'Aristide Massaccesi, plus connu sous son pseudo de Joe d'Amato. Les images du film sont d'une réelle beauté, l'éclairage a toute son importance, bref, c'est une totale réussite sur ce plan. Ajoutons la musique d'Ennio Morricone pour compléter le tableau et on comprendra aisément pourquoi ce film fait partie de ceux qui ont donné à Quentin Tarantino l'envie de faire du cinéma.

SPOILERS

Ce qui a également séduit les spectateurs, c'est le sujet scabreux pour l'époque qui se dégage du film, à savoir l'avortement. Ce n'est pas que le film soit un plaidoyer en faveur de l'avortement, mais le fait d'en parler, de le montrer même, alors que cette pratique était taboue à cette époque, lui donne un aspect politique et "rebelle".

FIN SPOILERS

Pour conclure, je dirais que le film de Massimo Dallamano est une œuvre vénéneuse, brillante, vraiment très réussie, et qui va enfin avoir la chance de toucher un nouveau public avec sa sortie en dvd chez l'éditeur Néo Publishing. Les amateurs de giallo sanglant seront peut-être un peu déçus de ce côté mais ils ne pourront nier ni l'excellence de la mise en scène ni la progression sans faille de l'intrigue policière qui les captivera jusqu'au dénouement final.

Disponible en dvd chez Néo Publishing, avec la version intégrale en VOSTF...






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