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Avant le "Bowling for Colombine" de Michael Moore ou le "Elephant" de Gus Van Sant, deux réalisateurs ont eut le courage de dépeindre la tragédie de Colombine. Sans utiliser de pincettes. L'histoire, est celle d'un fait divers en date du 20 avril 1999. A Colombine, aux Etats-Unis d'Amérique, bled perdu, où il ne fait pas particulièrement bon être jeune, deux adolescents prirent les armes pour abattre nombre de leur camarades. A la suite du massacre, les deux jeunes hommes mirent fin à leurs jours. Voilà la trame scénaristique du film autour de laquelle sera tissée la personnalité de quelques protagonistes. Tranches de vies, jusqu'à l'explosion finale. Attention, film choc !



Aucun doute, "Duck! The Carbine High Massacre" joue la carte de la polémique. Tout d'abord le film a été tourné immédiatement à la suite de la tuerie. Lorsque l'on sait qu'il aura fallu attendre quelques trente ans avant que l'Amérique considère un traitement de la guerre du Vietnam à l'écran, l'on comprend que les réalisateurs ont fait montre d'une démarche pour le moins inhabituelle. Tellement inhabituelle, qu'il semblerait qu'elle soit réprouvée par la morale et le puritanisme du pays de l'oncle Sam. Un délai de digestion est-il nécessaire ? Doit-on attendre qu'un certain recul soit atteint pour traiter d'un évènement choquant ? N'est-il pas opportun de s'interroger alors que les douilles sont encore chaudes ?

Ces questions, la simple existence de Duck! les a posé, forçant des prises de décisions parfois inconsidérées. C'est ainsi que les deux réalisateurs se sont retrouvés à purger des peines de prison. Trop polémique ? Trop voyeuriste ? Ou tout simplement un film qui appuie là ou sa fait mal, là où l'on préfèrerait parfois oublier, effacer des pans d'histoire. Un chose est sûre la carte du choc est jouée jusqu'au bout, puisque même l'éditeur de DVD, Shriek Show, viendra ajouter son petit grain de sel.
En effet la jaquette du disque fait fièrement mention sur sa face, que le métrage fut tellement controversé qu'il valu une peine pour ses deux réalisateurs. Au dos, parmi les images tirées du film, une image d'archive. Et entre les captures d'écran, la mention : A la mémoire du massacre de Carbine High – 20-04-1999 – Nous Ne Vous Oublierons Jamais.



Il est vrai que le métrage de William Hellfire et Joey Smack (des pseudos pas si anodins) soulève bien des questions, et ose l'impensable : il dénonce sans utiliser de bouc émissaire. Contrairement à la purge médiatique ayant eut lieu à l'époque, le film ne verse pas dans la diarrhée critique bien pensante, rejetant la faute sur les boucs émissaires à la mode.
Il est vrai que les deux jeunes hommes aimaient les jeux de rôles, le métal et Internet. Le métrage en fait état. Toutefois à aucun moment, la faute n'est rejetée sur ces loisirs. Peut-être on-t-ils servi de catalyseur, d'amorce, mais à quel degré ?
A quel degré aussi l'influence de leurs parents, alcooliques et/ou violents a-t-elle jouée ?
Comment leur refus de se plier aux carcans sociaux a-t-elle pu conduire à un acte aussi barbare ? Le fait qu'une forme de conscience sociale réprouve la différence aurait-elle eut un impact sur leurs actes ?

Et que dire de l'Etat qui a littéralement abandonné sa jeunesse, s'en est totalement désintéressé ?

Toujours des questions, mais comment trouver des réponses sans se les poser ?

C'est semble-t-il le but principal de Duck!, faire réfléchir dans une civilisation où tout est livré clé en main.



Sur le fond "Duck! The Carbine High Massacre" est un véritable coup de poignard, porté hargneusement au politiquement correct, au bien pensant, et à la politique de l'autruche.
Mais dans la forme, qu'en est-il ?

A vrai dire, le bilan est plutôt mitigé. Cependant les intentions sont bonnes.

Le film s'intéresse aux deux tueurs, et dresse un intéressant portrait, dépeignant deux adolescents marginaux. Leur quotidien est rythmé par les railleries de leurs camarades au collège, et par leurs découvertes de la vie au travers de leurs yeux parasités par des modèles en décalages avec la réalité. (Leurs parents sont donc des quasi parias, leurs lectures vont de l'Anarchist CookBook à Mein Kampf…).
Cependant, les deux héros finissent par être attachants.
Bien que le scénario s'appesantisse bien moins sur le développement des autres personnages, il laisse clairement voir que chacun d'entre eux est un paumé en puissance. Du jeune couple gothique aux délinquants haineux en passant par la petite catholique pieuse (jouée par une Misty Mundae à qui l'on a connu des rôles bien plus intéressants) la panoplie d'adolescent à la recherche de repères est presque complète.

De plus la construction du métrage, en forme de crescendo morcelé en chapitre est fort bien pensée et renvoie directement à la structure d'ouvrage à vocation didactique, la bible en tête.

Enfin, délibéré ou non le choix de tourner en vidéo de qualité très médiocre apporte aussi au métrage un certain caractère, et surligne l'aspect réaliste du sujet.



Cependant la mise en scène atteint très vite ses limites. Tout d'abord la qualité de l'image dessert parfois Duck!, tant et si bien que l'on se demande parfois ce qu'il se passe réellement. Beaucoup de détails sont ainsi noyés sous la qualité insuffisante du support.
En outre, le choix des plans peut-être discuté. Certains cadrages sont maladroits ou tout simplement moches, mal pensés. Le découpage quant à lui est tout aussi discutable, dans la mesure où il manque d'agressivité là il aurait gagné à avoir du mordant.

Il en va de même du jeu des acteurs, très limité, et bien souvent peu crédible. Si certains surjouent, d'autres ne jouent pas du tout et ennuient tout simplement le spectateur.

C'est fort dommage car il y avait matière à faire un véritable chef d'œuvre de polémique !

Cependant il est à parier que le métrage a été tourné dans l'urgence, avec la rage que le massacre a dû engrainer chez les participants au film pour seul moteur.

Duck! est donc l'un de ces métrages indispensables, dans la mesure où il tient lieu de témoignage, de baromètre social, mais dont le visionnage n'a rien de nécessaire. Un film (trop ?) cru et d'une violence inouïe dans le propos, auquel il manque une certaine finition artistique.

Messieurs, pour votre prochain métrage, prenez votre temps, et vous ferez des merveilles.








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