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Après quatre ans de digestion, le T-Rex du cinéma américain revenait avec un nouveau doublé cinématographique : à main gauche un plaidoyer contre l'esclavage, "Amistad", qui allait recevoir un accueil plus que mitigé, et à main droite la suite très attendue de "Jurassic Park", tirée comme le premier épisode du roman de Michael Crichton. Tout en donnant dans la surenchère spectaculaire propre à la plupart des suites à grand succès, "The lost world" s'affirme comme un film plus ténébreux que le précédent. L'énergie et la relative cruauté qui s'en dégagent contrebalancent les travers dans lesquels tombe toujours Spielberg, et les séquences d'anthologie que contient le film ont même de quoi faire oublier l'inégalité de la forme.



Le Pr Ian Malcolm apprend de John Hammond que l'île du parc d'attraction jurassique n'était pas la seule à être peuplée de créatures antédiluviennes ; la vie des dinosaures s'est développée librement sur le site B, Isla Sorna, située à une vingtaine de kilomètres d'Isla Nubar. Souhaitant soustraire le site à son exploitation commerciale, John Hammond a décidé d'y envoyer une équipe de quatre personnes afin de recueillir des informations destinées à sensibiliser le public sur la protection de ce parc "naturel". La petite amie de Ian Malcolm, paléontologue, est d'ailleurs déjà sur les lieux… Pour le théoricien du chaos, il s'agit d'ores et déjà d'une mission de sauvetage, et les choses ne s'arrangent pas une fois arrivé sur les lieux, l'ambitieux neveu de John Hammond ayant organisé un véritable safari pour capturer des spécimens de dinosaures et les ramener sur le continent… ce qui n'est pas du goût des redoutables prédateurs qui sillonnent l'île.



Spielberg annonce la couleur contradictoire de son "Jurassic Park 2" à l'aide d'une scène délibérément ringarde, image d'un compromis lui autorisant, sous certaines conditions, une virulence plus importante que dans le premier volet. La première victime d'Isla Sorna est ainsi une petite fille, mais l'agression se déroule dans un délicat hors champs, et nous apprendrons plus tard qu'elle en a réchappé… Passé ce cap, qui pose un film moins ingénu que celui de 1993 tout en établissant des limites évidentes, sinon exaspérantes (toujours pas d'enfant déchiqueté à se mettre sous la dent), l'aventure peut commencer, avec des choix qui peuvent réjouir ceux qui avaient trouvé "Jurassic Park" trop doux. On n'aborde jamais les rives de l'horreur pure, certes, mais les dinos croquent pour de bon, et pas seulement des chèvres… Seul le choix de la deuxième victime relève d'un sadisme certain, le reste privilégiant souvent la suggestion (bruitages croustillants et/ou coulées de sang) et prenant pour cibles des personnages antipathiques ou neutres ; mais il n'en reste pas moins que la niaiserie du premier opus se retrouve ici sévèrement dissipée par une atmosphère générale d'une indéniable intensité, qui se déploie à la faveur des nombreuses scènes nocturnes. On oubliera pas de sitôt la séquence de la falaise, celle de la fuite à travers les hautes herbes, ou bien entendu le débarquement furieux du T-Rex en ville, à la fois hommage à "King Kong" et coupage d'herbe sous les pieds de l'imminent "Godzilla"…



Débarrassé du soucis de préparer ses spectateurs à découvrir ses créatures, puisqu'ils en connaissent déjà la teneur à la fois merveilleuse et terrifiante, "Jurassic Park 2" s'illustre par un plus grand dynamisme, une manière joueuse dans laquelle le réalisateur se lâche visiblement avec bonheur, que ce soit lors d'un safari motorisé au milieu d'une débandade de dinosaures ou lors d'une attaque de vélociraptors dans une vieille station essence, qui a parfois un petit air chorégraphique de comédie musicale. L'énergie se module avec vigueur de l'entrain à l'acharnement percutant. A preuve, ces crânes qui cognent, ces mâchoires et ces pattes qui défoncent et fouillent férocement les obstacles, quand ce ne sont pas les inventions mécaniques de l'homme qui, comme gagnées par cette fureur destructrice, se mettent à tout pulvériser sur leur passage.

On pourra dire que tout cela se fait au détriment de la consistance des personnages, et même des événements, tout passant finalement un peu trop vite dans un empilement d'effets. Ce n'est pas faux, et c'est d'ailleurs un grief qu'on peut formuler à l'encontre de nombre de films de Spielberg. Ici, le personnage le plus intéressant s'avère être le chasseur incarné par Bill Postlethwaite, dont la dimension à la fois virile et "métaphysique" surprend agréablement ; pour le reste, Jeff Goldblum tient la route sans trop cabotiner, et le reste du casting est honnête, à l'exception sans doute d'une Julian Moore sans relief… Tout cela reste facilement digérable par le grand public, mais au moins évite-t-on les grosses caricatures niaises du premier "Jurassic Park".



Résultat des courses, "Lost World" parvient à faire ce que la série aurait du être dès le début : un divertissement haut de gamme qui s'amuse au lieu de bêtifier, qui agresse au lieu de se contenter d'impressionner, et ose utiliser plus à fond le potentiel varié de ses créatures, le tout mené tambour battant. De quoi faire un très bon film "pop corn", en somme. Et mieux valait en profiter, car "Jurassic Park 3" ne risquait pas de mettre la barre plus haut...

Le titre "Lost World" rend hommage au film de Harry Hoyt réalisé en 1925, "The Lost World" d'après le roman de Arthur Conan Doyle, film qui eut une réplique en 1960, réalisée par Irwin Allen.