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Dans un village en Angleterre, des morts suspectes se succèdent sans raison apparente. A chaque fois, un chat noir se trouve sur les lieux. Ce petit chat noir est celui de monsieur Miles, un étrange individu, se disant médium et passant pour un fou auprès des habitants. Jill, une jeune journaliste, va s'intéresser à ces affaires et tenter de rencontrer ce Miles, pendant que la police locale dépêche un inspecteur de Scotland Yard pour les aider à mener l'enquête. Quel lien y a-t-il entre le chat et son maître ? Qui est responsable de ces crimes ?



"J'ai tourné ce film en hommage à Roger Corman, bien que je lui en veuille beaucoup de n'avoir réalisé qu'un sketch à partir de la nouvelle du Chat Noir, alors que moi, j'ai dû en faire tout un film (rires)". Ces paroles sont de Lucio Fulci, données lors d'un entretien avec Robert Schlockoff pour le magazine l'Ecran Fantastique en 1982.

Cette nouvelle d'Edgar Allan Poe, sûrement la plus connue, a effectivement été adaptée par Corman dans le film à sketchs "L'empire de la terreur" (Tales of terror) en 1962. D'autres adaptations, reprenant certains éléments de la nouvelle, verront le jour, comme "The black cat" d'Harold Hoffman en 66, "Il gatto nero" de Luigi Cozzi en 89, qui n'entretient que très peu de rapport avec l'histoire de Poe, ou bien encore dans "Deux yeux maléfiques" du tandem Romero/Argento en 90.



C'est donc en 1981 que Lucio Fulci, fort du succès de ses deux précédents films, "L'enfer des zombies" et "Frayeurs", décide de se servir de la nouvelle du célèbre écrivain pour en faire un long métrage. "Le chat noir" est considéré par les fans du réalisateur italien comme un film mineur dans sa carrière, simple œuvre de commande destinée à lui faire gagner un peu d'argent avant d'enchaîner sur les deux autres œuvres maîtresses que sont "L'au-delà" et "La maison près du cimetière". Un film mineur certes, qui se trouve malheureusement pour lui entre la formidable quadrilogie des morts-vivants, mais un film où l'on retrouve les thèmes de prédilection de son auteur, et qui, au final, s'avère néanmoins sympathique à regarder.

En effet, on retrouve dans "Le chat noir" certaines thématiques qu'affectionne particulièrement Fulci, comme l'étouffement (la mort des deux jeunes amoureux enfermés dans un endroit clos), thème lié à celui de l'emprisonnement, qu'on retrouve également dans ce film mais aussi dans "Frayeurs" ou "L'emmurée vivante" par exemple. Le thème de la putréfaction est aussi présent dans "le chat noir", avec cette image atroce du visage et du corps décomposés de Daniela Doria, actrice fétiche de Fulci, qui meurt toujours dans d'ignobles situations (vomissant ses tripes dans "Frayeurs", asphyxiée et donc putréfiée dans "Le chat noir", égorgée par son chien dans "L'au-delà", se prenant une lame de couteau dans la bouche dans "La maison près du cimetière".) Autre thématique, celle du caveau, bouche ouverte à toutes les horreurs, lieu propice à des décors lugubres, où l'empreinte de la mort règne en maître.



Parmi les autres acteurs récurrents dans son œuvre, on retrouve David Warbeck, interprétant l'inspecteur venu en renfort afin d'élucider ces mystérieux décès, mais également Al Cliver, policier lui aussi.
Pour jouer le rôle de la journaliste, ce sera Mimsy Farmer, déjà vue dans "Frissons d'horreur" ou "Quatre mouches de velours gris". Le personnage le plus inquiétant reste sans conteste Patrick Magee, dont les yeux et les sourcils lui donnent vraiment une apparence étrange et inquiétante. Fulci abusera d'ailleurs de gros plans "westerniens" focalisés sur son regard tout au long du film.

Comme il le dit lui-même, la principale difficulté pour ce film, c'était justement de partir de la nouvelle de Poe et d'en faire un long métrage. Il a donc fallu rajouter des éléments extérieurs à l'histoire, développer d'autres chemins, pour aboutir à une durée correcte pour un long métrage. Et c'est là que le film s'embourbe et peine à décoller. On prend donc un vieux monsieur, médium, qui se rend sur des tombes la nuit, armé d'un magnétophone, afin d'entrer en contact avec les esprits des morts. En réécoutant ses bandes, il entend des voix venant de l'au-delà. Des voix dont on ne saura absolument rien, cette idée n'étant pas développée dans le film. On adjoint à ce monsieur Miles (Patrick Magee donc) un petit compagnon, un chat noir, qui semble être le responsable des morts arrivant dans ce village. Des morts peu sanglantes, Fulci ayant été très sage niveau horreur graphique dans ce film. Accident de voiture, chute finissant par un empalement, asphyxie de deux jeunes, rien de bien original. A cela s'ajoutent plusieurs griffures de chat, notre animal se montrant particulièrement agressif envers son maître. "Il veut ma mort" dira même ce dernier à la journaliste. Petite remarque, les chats utilisés pour le film n'ont pas toujours la même couleur au niveau des yeux. Comme il est censé n'y en avoir qu'un, ça prête à confusion. Et puis faire émettre des miaulements ressemblant plus à des rugissements à un petit chat, même noir, ça paraît peu crédible et assez risible. Autre bémol, on ne saura jamais les motivations du tueur. Une phrase viendra les expliquer en gros, mais pourquoi ces personnes-ci et pas d'autres, mystère. Bref, pas mal de questions laissées en suspens, ce qui est dommage.

La relation entre le chat et son maître est par contre assez intéressante et même si on a compris assez rapidement de quoi il retourne, l'idée, qui peut paraître saugrenue, n'est pas si bête que ça et permet de confronter ces deux êtres, le chat représentant pour Fulci "la mauvaise conscience" de Miles. Et comme bien souvent on ne peut faire disparaître cette mauvaise conscience, Miles ne parvient pas à tuer son chat, qui va devenir l'objet de sa perte, comme dans la nouvelle de Poe. Je ne vous apprends pas comment…



On notera le soin apporté aux images, à l'ambiance également, choses qu'on retrouve souvent dans le cinéma de Fulci. Le fait d'avoir tourné en Grande Bretagne, et d'avoir utilisé Patrick Magee comme acteur principal, donne au film un ton différent, plus anglais qu'italien. La mise en subjectivité du spectateur, qui devient souvent "le chat" et voit par ses yeux, est également bien amenée et bien vue. Malgré quelques ellipses scénaristiques sur des points dont on aurait bien aimé avoir des éclaircissements, le film se laisse regarder tranquillement, mais ne provoque quasiment jamais de tension ou de stress. Un résultat un peu faible pour du Fulci, alors en grande forme, au vu de ce qui a précédé et de ce qui va venir, ce qui fait que l'on est un peu mitigé. Les acteurs sont bons, il y a plusieurs scènes intéressantes, mais l'histoire semble pédaler dans la choucroute et ne décolle véritablement jamais. Donc, oui, un film mineur pour Fulci. Mais pas un mauvais film en tout cas.