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14 Février 1900 : le jour de la Saint-Valentin est l'occasion d'organiser une journée de détente pour les élèves du Lycée d'Appleyard, situé au Sud de l'Australie. Il fait chaud, il fait beau, et les jeunes filles de l'établissement attendent impatiemment de gambader autour du site de Hanging Rock, immense mont rocheux et volcanique situé en plein milieu du Bush Australien. Si le pique-nique semble être une réussite, une aura étrange semble très vite envelopper les lieux : les montres s'arrêtent sur Midi et certaines pensionnaires se retrouvent comme "hypnotisées", se laissant aller à un comportement inquiétant. Quatre d'entre elles disparaissent…



Avant de céder aux sirènes d'Hollywood avec son fameux "Witness", Peter Weir aura connu dans son beau pays, l'Australie, une courte période vouée au fantastique et à l'étrange ; revigorant même à l'occasion le cinéma Australien, assez morne avant les seventies.
Cependant il est important de parler ici de "véritable fantastique" : si vous vous attendez à voir débarquer fantômes, goules, monstres baveux et morts-vivants en putréfaction, fuyez à tout prix, le cinéma fantastique de Weir en est incontestablement loin.



Adaptation d'un roman de Joan Lindsay qui serait, selon certaines rumeurs, inspiré d'un fait réel, "Pique-nique à Hanging Rock" est une œuvre qui rebutera sans aucun doute les spectateurs allergiques aux œuvres contemplatives, sans action ; entièrement à la merci du calme le plus profond.
Il est possible donc de se faire aussi autant chier qu'un rat mort, ou alors de se laisser bercer dans cet univers douceâtre, proche du rêve, voire du cauchemar, éveillé.

Ce côté singulier, cette puissance hypnotique, Weir les maîtrise merveilleusement bien dans la toute première partie du film, à savoir cette escale proprement innocente sur le site de Hanging Rock, jetant ainsi de frétillantes et vierges créatures dans la nature australienne, hostile et sauvage.



Alors qu'une majeure partie des élèves s'effondre dans les bras de Morphée, voilà que quatre jeunes filles se détachent du lot, errant entre les roches dominant la forêt. Des montres s'arrêtent, des fourmis grignotent le pique-nique, et ces jeunes beautés tentent tant bien que mal de supporter leurs corsets et leurs vêtements, qu'elles ne sont pas autorisées à enlever. Ce qui n'empêche pas un climat flirtant avec un érotisme discret et subtil.
Parmi le groupe d'aventurières, la jeune Miranda reste l'élément le plus "marquant" : son infinie beauté marque aussi bien le spectateur que certains personnages ; l'institutrice frenchie voit en elle un "ange de Botticelli", la jolie Sara se lamente de son départ, à tel point qu'on pourrait soupçonner une liaison amoureuse entre elles, et le jeune Michael, traînant dans les parages pendant cette excursion, se retrouve littéralement hanté par sa présence, même après sa disparition. Car le "au revoir" que Miranda assignera à son professeur sera malheureusement le dernier…
Envoûtée par une force mystérieuse, celle-ci disparaît avec ses deux camarades, après un léger effeuillage et une sieste ; la "vilaine" du groupe, terrifiée, s'enfuit en courant du mont rocheux. Malgré les recherches de la police, les trois adolescentes, ainsi qu'un de leur professeur, ne donnent plus signe de vie et ne seront jamais retrouvées.



Weir s'intéresse aux conséquences de cette violente disparition, et en particulier à la dégénérescence du lycée d'Appleyard : les pires rumeurs fusent (Meurtres ? Kidnapping ? Viols ?). La directrice de l'établissement, profondément outrée par la "perte de prestige" de son établissement, se referme un peu plus sur elle-même. La mort, la solitude, l'inquiétude et le mystère plane à présent sur ce lycée de jeunes filles, autrefois rayonnant.
Ne cherchez surtout pas, le film n'apportera aucunes réponses sur ce curieux événement : il faudra se forger sa propre opinion.
On pense alors à une nature "dévoreuse d'hommes", blessée par cette intrusion "civilisée". Rappelons aussi que ce sont des colons anglais qui disparaissent dans ce mont rocheux, dont l'aspect écrasant et phallique est mis en valeur par de multiples plans en contre-plongée. Un dédale de pierres menaçant, monstrueux, fascinant.
Ce n'est donc pas du côté des aliens et des spectres qu'il faudra aller chercher, mais plutôt s'orienter vers quelque chose de plus allégorique. Seul ce nuage rouge qu'évoque l'une des rescapées semble être l'unique élément surnaturel livré par le film.
"Pique-nique à Hanging Rock" prend très souvent le goût d'une rêverie, esthétiquement proche de l'univers de David Hamilton, d'autant plus exquise qu'elle est accompagnée par les splendides accords de flûte de Pan signés Zamfir, une composition d'ailleurs tout à fait merveilleuse. "Pique-nique à Hanging Rock" est donc une rêverie, emplie de grâce et de pureté…laissez-vous donc inviter !!








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