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Dans la petite ville tranquille (elles le sont toutes avant qu'un drame ne s'y produise…) de Cherry Falls, une série de meurtres de jeunes gens inquiète sérieusement les forces de l'ordre. Très vite, le constat est fait que les victimes seraient toutes vierges. Solution radicale pour éviter de nouvelles victimes : organiser une soirée de débauches afin que chacun perde sa virginité.



Avec comme accroche, "S'envoyer en l'air… ou mourir ", "Cherry Falls" annonce clairement la couleur en voulant détourner les codes du slasher movie. Visiblement agacé de revoir sans cesse les mêmes codes instaurés en son temps par un certain "Halloween, la nuit des masques", le réalisateur Geoffrey Wright -qui n'est pas un habitué du genre- ("Romper Stomper") prend le contre-pied de la sacro sainte règle qui veut que seuls les adolescents ayant commis l'acte sexuel soient punis. Le tueur ne s'en prend donc ici qu'aux vierges, ce qui donne lieu notamment à une amusante organisation d'une orgie, pratiquement sous la bénédiction des parents !



Pourtant, rien ne laisse présager le dérapage de l'intrigue, car tout démarre de manière classique par le meurtre de deux adolescents en train de s'embrasser dans une voiture. Un départ sérieux, agrémenté de meurtres sanglants, qui n'hésitent pas à aller plus loin que la plupart des slashers de l'époque ("Souviens-toi…l'été dernier", "Urban Legend"). Il faut se replacer dans le contexte d'alors (la fin des années 90) où les films en provenance des Etats-Unis, étaient fortement marqués par l'influence de "Scream". On peut donc dire que "Cherry Falls" tourne la page des films d'horreur soft et se permet même d'aller à fond dans une critique en règle du puritanisme ambiant en allant assez loin dans l'approche du thème de la sexualité, dont on connaît la frilosité outre-atlantique. Guère étonnant de voir ainsi ce film relégué aux oubliettes et de ne sortir que directement en dvd sans passer par la case ciné.

Malgré les meilleures intentions du monde relevé ci-dessus, "Cherry Falls", manque quand même d'envergure et peine à rivaliser avec les grands classiques du genre. La faute à un rythme qui le fait hésiter entre le simple teenage movie, la parodie et l'épouvante. Un mélange hasardeux qui ne convainc pas vraiment, sans compter le look et la voix du tueur (dont les plus fins connaisseurs du genre auront vite fait de deviner l'identité). La dernière partie tourne malheureusement un peu à la farce grand guignolesque lorsque le tueur interrompt l'orgie de nos adolescents en rut. Il est alors difficile de ne pas faire entrer en marche nos zygomatiques devant le spectacle de la fuite éperdue de ces jeunes gens interrompus dans leurs ébats amoureux.



C'est visiblement "Scream" qui est pris pour cible (c'est ce qu'on appelle un effet boomerang) avec une mise en abyme sarcastique du film de Wes Craven (des références évidentes par le détournement de certaines scènes : les parents qui rentrent et découvrent le corps de leur fille ou encore l'intervention du sheriff au lycée.) Comme dans tout film d'épouvante qui se respecte, les parents sont coupables d'un drame survenu bien des années auparavant et qui revient hanter les habitants de la petite ville de Cherry Falls, punissant leurs descendants (Cf "Les griffes de la nuit"). Ainsi, les tenants de l'autorité se retrouvent mis en accusation : parents, proviseur, professeur, sheriff… La pauvre Jordy (Brittany Murphy vue dans "Pas un mot" aux côtés de Michael Douglas, ainsi que dans "Sin City") jouant ici une héroïne découvrant l'hypocrisie du monde des adultes et qui va voir ainsi son univers basculer, la faisant passer à l'âge adulte. Au risque de la faire devenir comme ceux-là même dont elle reproche l'attitude.




"Cherry Falls", fait souffler un vent de fraîcheur dans l'univers répétitif d'un genre usé jusqu'à la corde. On pourra malgré tout noter quelques imperfections : une épouvante qui reste trop en retrait face aux scènes de bavardages, ainsi qu'une séquence d'orgie qui est à peine ébauchée finalement- nous laissant sur notre faim (on n'est pas ici dans un film de Larry Clark qui est allé plus loin sur la représentation de la sexualité adolescente). Autre regret : le tueur manque considérablement de charisme. Cela ne devrait pas empêcher de convaincre les plus blasés à regarder ce petit slasher, et de suivre le sourire au coin des lèvres, les méfaits de ce tueur de vierges. Pour une fois qu'un slasher ose innover, ne faisons pas trop la fine bouche.








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