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Jeune fille sage et pieuse, Valérie voit sa vie chamboulée suite à l'acquisition de deux boucles d'oreilles, apparemment magiques. Vivant chez sa grand-mère, elle est attirée par un jeune garçon au service du connétable de la ville, être mystérieux et grimaçant aux multiples facettes. Valérie va découvrir un monde de débauche et de magie, où les vampires côtoient les plus étranges des saltimbanques.



Adaptation de "Valérie et la semaine des miracles", écrit par Vitezslav Nezval, "Valérie au pays des merveilles" se trimballe depuis de nombreuses années dans certaines cinémathèques tchèques, ne connaissait point de sortie vidéo de par le monde. Un sort regrettable pour un film attestant toujours plus de la richesse méconnue du cinéma d'Europe de l'Est ; un cinéma qui ne cesse de fasciner encore un grand nombre de cinéphiles…



Jouant habilement sur le tableau du merveilleux, de l'horreur et de l'onirisme, tout comme la plupart des contes venus du froid ; le film de Jaromil Jires n'emprunte en aucun cas la route de la logique, mais se fond dans un univers fortement surréalisant et poétique, nous noyant dans une suite de tableaux à la beauté inouïe, suivant ainsi le passage de l'enfance à l'âge adulte de la petite Valérie, rappelant par ailleurs une certaine Alice, voire un petit chaperon rouge.
"Valérie au pays des merveilles" renvoie esthétiquement au cinéma de Ken Russell, à Borowczyk, à Bergman ; annonce des œuvres tel que "Lemora" ou "La compagnie des loups". D'ailleurs, ce dernier a de multiples points communs avec "Valérie au pays des merveilles", et même beaucoup.



Ici, le don d'une paire de boucles d'oreilles symbolise (déclenche dira-t-on) le passage à l'âge adulte, poussant la candide Valérie à vivre d'inquiétantes mésaventures. Elevée par une grand-mère attentionnée mais maladive, elle voit débarquer dans son village une parade fêtant le retour de missionnaires ; parmi eux se tient un espèce de croquemitaine, un curieux manipulateur tour à tour moine et connétable, dont le visage monstrueux et les grandes dents pourries n'annoncent rien de bon. Mais il y a aussi Orlik, jeune garçon au service de cet homme malfaisant, continuellement enchaîné et attaché, sauveur et protecteur de Valérie, dont elle est accessoirement amoureuse ; celui-ci pourrait malheureusement bien être… son frère.

On passe facilement du coq à l'âne certes (une orgie organisée par un vampire lubrique peut succèder à un moment gentiment lyrico-poétique), mais cette ballade au pays des songes et des fantasmes surprend par sa grande liberté de ton, par ses audaces, par son imagerie ; on se pique également au charme de l'héroïne, d'une fraîcheur et d'une beauté angélique, apportant un sentiment de douceur indéniable et appréciable au film.



L'érotisme tient une place essentielle, sans qu'il verse pour autant dans la vulgarité : sa jeune héroïne n'hésitant pas à laisser glisser sa petite chemise blanche de temps à autre ou à embrasser de trop près certains garçons… ou certaines filles ! Quelques tabous sont traités de manières plus ou moins osées, en particulier l'inceste ou (chose plus rare) la pédophilie, avec ce prêtre dément tentant d'abuser des charmes de la trop jeune Alice… avant de le regretter amèrement. L'héroïne croise nymphes coquines et vampires sur son chemin ; vampires (ainsi, la morsure est souvent assimilée au baiser ou à l'acte sexuel) qui permettent d'orienter le film vers un fantastique plus gothique : d'ailleurs l'étrange démon vêtu de noir ne rappelle-t-il pas par moment le "Nosferatu" de Murnau ?
Traversé de visions symboliques (par exemple, une fleure tachée de gouttes rouges ou du vin se répandant sur une nappe blanche renvoient aux menstruations ou à la perte de la virginité) empruntant volontiers à la psychanalyse, (le concept sera repris dans "La compagnie des loups") ou de métaphores poétiques, "Valérie au pays des merveilles" est sublimé à chaque instant par la musique enchanteresse de Lubos Fiser. C'est un délicieux conte de fées pour adultes, une œuvre précieuse. Et dire que l'Europe de l'Est cache tant de trésors cinématographiques du même acabit...

Disponible en zone 1 chez Facets, sans bonus mais avec sous-titres anglais.






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