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Suite aux crises de somnambulisme alarmantes de sa fille adoptive, Rose décide de l'emmener dans la ville qui trouble ses songes : Silent Hill, consumée par le feu voici de nombreuses années. Lors du trajet, Rose évite en catastrophe une ombre sur la route et perd connaissance. A son réveil, la petite Sharon n'est plus à ses côtés et semble cavaler dans le brouillard qui enveloppe la ville de Silent Hill, battue d'une pluie de cendres et abandonnée de tous ses habitants. Accompagnée d'une policière toute aussi perplexe qu'elle, Rose va découvrir une cité de cauchemar où se terrent les créatures les plus démoniaques qui soient…



Voilà treize ans qu'on se farcit des cascades d'adaptations de jeux vidéo dépourvues de talent, fonçant tête baissée dans la bêtise la plus démentielle : il y a ces adaptations totalement vaines ("Super Mario Bros" ou "Street Fighter The movie", on en pouffe encore !), ces adaptations cruellement édulcorées, s'éloignant ainsi de leur matériau de base (allo Paul Anderson ?) et à présent, ces adaptations vouées au marché de la vidéo, portant la patte de ce tâcheron d'Uwe Boll. Incroyable de voir que tant d'adaptations échouent entre les mains d'incompétents de la sorte, nous prouvant un peu plus que le portage consoles/cinéma devient un marché puéril, coincé dans une bien médiocre routine.
Mais que pourrait donner une adaptation de ce genre avec un prodigue aux commandes, on se le demande bien.
Gans nous apporte une réponse, et drôlement rassurante qui plus est !!



Puisant sa source dans "L'échelle de Jacob" et dans "l'antre de la folie", l'univers de Silent Hill s'étale sur quatre grands jeux développés par la firme Konami, qui a su prodigieusement tirer profit du Survival Horror, un genre jusque là dominé par le monstre de Capcom qu'est "Resident Evil". Jamais un jeu de ce genre n'aura été aussi effrayant, beau, sombre, sanglant et…traumatisant. Un jeu tortueux et torturé, jusque dans ses personnages (souvent ambigus), jusque dans ses monstres, que dis-je, ses abominations.
L'ex journaliste de Starfix divine le public et la critique, mais son cinéma est sincère, il sait parfaitement ce qu'il fait : on se souvient à juste titre de sa deuxième (après son court) excursion dans l'horreur avec le premier sketch de "Necronomicon". Il y donnait une illustration un peu maladroite (le scénario n'avait rien de terrible) mais prodigieusement fidèle du monde de Lovecraft ; on y retrouvait avec plaisir le bestiaire du célèbre écrivain (spectres et monstres tentaculaires) et Gans n'hésitait surtout pas à faire de l'œil au cinéma d'horreur italien. C'est un peu ça le style de Gans : ce n'est pas toujours parfait, mais il y a toujours beaucoup de choses à en tirer.
Et de toutes les médiocres adaptations que l'on ait vues jusque là, "Silent Hill" est fidèle, beau, respectueux et ne comporte aucun second degré susceptible de l'affaiblir. Le miracle s'accomplit.



"Silent Hill" n'est cependant pas l'adaptation direct de l'un des volets du jeu : Gans pique de nombreux éléments aux trois premiers opus et les mixe. Tout comme Harry Mason, Rose tente de retrouver sa fille dans l'étrange brume de "Silent Hill", mais son physique n'est pas sans rappeler celui de la jeune Heather de "Silent Hill 3" ; on retrouve également certains personnages du premier jeu (Dahlia Gillespie, Cybil...), etc.
Il est d'ailleurs agréable de voir le retour de la trop rare Alice Krige, ex-"Fantôme de Milburn", dans un rôle qui n'est pas sans rappeler celui de Piper Laurie dans "Carrie au bal du diable". Une personnalité discrète, étrange, trop rare dans le cinéma fantastique.
La ville de Silent Hill est filmée avec élégance (souvent à grands coups de cadrages tarabiscotés), avec une certaine poésie morbide (les montagnes, la pluie de cendres, les ruelles vides…), instaurant un calme dérangeant, oppressant. Jusqu'à ce qu'arrivent les fameux ténèbres, ces moments d'horreur pure où les forces du mal prennent le pouvoir total sur les lieux. La belle Rose en fera d'ailleurs une bien mauvaise experience lors d'une scène tétanisante ouvrant les hostilités. L'idée de ces "ténèbres" est en tout cas prodigieuse ; une manière d'installer une tension certaine qui explosera à un moment ou à un autre. L'occasion pour les forces maléfiques de cracher les plus horribles créatures que la terre ait portées, des âmes damnées disloquées et sanguinolentes tout droit sorties de l'Enfer de Dante. Gans a un sens indéniable du gothique (déjà prouvé dans son précédent film mais aussi dans "Necronomicon") qui éclate d'ailleurs lors de l'arrivée dans l'église, avec ces plans majestueux ou la caméra léchant les murs de l'édifice.
Les clins d'oeils aux gamers ne sont pas en reste, avec cette importance liée aux objets (la récupération des clés et de la lampe, le couteau, les balles de Cybil…) et ces moments à hauts risques (l'indice caché dans la bouche d'un cadavre, les sauts d'une plate forme à une autre, la terrible scène des infirmières…) renvoyant même au Survival Horror en général.



Gans réutilise une petite partie du bestiaire du jeu dont le marquant Red Pyramid, ce bourreau massif et barbare, cette rencontre entre Leatherface et un personnage de "Soul Calibur" (si si !), amateur de lourds coups d'épées et de dépeçages à mains nues. Car fort heureusement, "Silent Hill" est sanglant, en particulier lors d'un pétage de plomb final grandguignolesque à souhait, faisant carrément du rentre dedans aux agissements sanguinaires des Cénobites.
Dans son respect de l'œuvre initiale, l'auteur du "Pacte des loups" rend son œuvre joliment tortueuse et complexe, histoire de donner au spectateur le choix de se forger sa propre interprétation. Quelques scènes d'enquêtes menées par le personnage de Christopher, le mari de Rose, tranchent volontairement avec le reste du film pour renforcer toujours plus le côté surnaturel, indicible et hors du temps de la ville de Silent Hill. Des scènes "contrastes" qui ne plairont peut-être pas à tout le monde…
Grand fan de cette saga de jeux vidéo, Gans apporte aussi une bonne partie de la b.o avec lui, après qu'Angelo Badalamenti ait été évincé de la case musique. Visiblement, Gans voulait que "Silent Hill" reste "Silent Hill" jusqu'au bout, et il a bien raison.
L'univers de Silent Hill est vaste, très vaste ; espérons que Gans s'y attarde une seconde fois…








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