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L'hôpital pour enfant, Mercy Falls, est sur le point de fermer ses portes : après un siècle d'activité, celui-ci voit ses patients et son personnel transférés petit à petit vers d'autres centres médicaux. Mais des orages empêchent les hélicoptères d'opérer les transports, ce qui oblige les derniers pensionnaires à rester encore quelques temps dans la bâtisse. Un soir, l'un de ces jeunes patients se réveille, une atroce douleur lui traversant le corps. Après observations, il semble que l'enfant fut victime de deux fractures brutales !! Une force semble habitée l'hôpital, et ne semble pas souhaiter le plus grand bien aux derniers enfants présents dans les lieux…



Voilà que le dernier film du prodige Jaume Balaguero se retrouve frappé par un bien triste sort : une sortie "direct to video" !! Et ceci quelques temps après sa découverte au festival de Gérardmer, où il rafla pas moins de quatre prix. Des prix qui rappellent que Balaguero est très largement apprécié par le public et la critique (il avait obtenu de nombreux prix pour "La secte sans nom") mais aussi que le film n'aurait sûrement pas dû atterrir directement dans les bacs de vidéo-club.



Si Balaguero avait un peu moins convaincu son petit monde avec le pourtant très bon "Darkness", "Fragile" se révèle comme une étonnante surprise dans le paysage du Ghost Story, devenu à présent un sous-genre à part entière (et quand même un peu lassant) via une déferlante de films coréens, américains, japonais… Si dans cet océan d'ectoplasmes en furie, un certain Hideo Nakata s'est révélé comme un maître de ce sous-genre, il faut voir également du côté de l'Espagne pour y pêcher les deux meilleurs films du genre : "L'échine du diable" et "Les autres". A présent, "Fragile" pourra s'ajouter à ceux-ci.
A la vue de son synopsis, il n'y a à priori rien de bien excitant : une infirmière trouve un travail dans un hôpital visiblement hanté, et tente de découvrir quelle est la forme spectrale qui erre en ces lieux. Et pourtant détrompez-vous, Balaguero va y insuffler une puissance inattendue, qui va faire disparaître lentement cet aspect de déjà-vu.



Un hôpital pour enfant s'apprêtant à se vider de ses occupants accueille une nouvelle infirmière, Amy, qui tombe dans une période malheureusement bien mouvementée pour l'établissement : des bruits étranges se font entendre, des enfants souffrent de maux violents et de fractures inexpliquées, et la curieuse légende de la "Mechanic Girl" circule dans les couloirs. Une histoire tout à fait obscure, qui aurait très certainement un lien avec le second étage de l'hôpital, condamné depuis 1959.
Se liant d'amitié avec la petite Maggie, Amy sait à présent que la fameuse "Mechanic Girl" hante les lieux, et que celle-ci fut sûrement l'une des jeunes patientes du centre. Mais au fil des jours, les phénomènes étranges se font de plus en plus violents : la "Mechanic Girl" est définitivement en colère !



Balaguero plonge encore dans le monde de l'enfance, met en scène encore des enfants…mais des enfants et un monde innocent qui souffre, un monde pâtissant de la haine et de la violence du monde adulte, et qui le supporte bien mal. Un monde fragile, fragile comme les os, mais fragile aussi comme le mental de son héroïne, jeune femme déstabilisée incarnée avec conviction par Calista "Ally McBeal" Flockhart.
Balaguero fait avancer son film sur un schéma assez classique pour mieux atteindre les terrains de la terreur et de l'émotion, du spectaculaire et du vertigineux. L'auteur de "La secte sans nom" s'autorise au passage un meurtre grand-guignolesque fulgurant et une visite mémorable, aux relents de "Silent Hill", du fameux étage désaffecté, ainsi qu'une scène de piquouze manquée assez saignante qui rappellera peut être à certains la douloureuse scène de la fracture ouverte de "The descent". Balaguero relance son film via un twist monstrueux, triple ses effets, use une fois de plus des sensations fortes qu'il savait déjà manier dans les derniers quarts d'heures de ses deux précédents films.
Le climat de peur et de mélancolie dans lequel baigne le film gagne davantage en force, rejoignant l'univers du conte avec une magnifique allusion à "La belle au bois dormant" et celui de l'épouvante poussé à son paroxysme, avec les apparitions traumatisantes de la "Mechanic Girl", dont l'apparence physique emprunte aussi bien aux spectres nippons qu'aux créatures décharnées de Clive Barker. "Fragile" fait peur, "Fragile" est triste, "Fragile" est beau et fait de Balaguero un réalisateur toujours plus grand.