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Avant toute chose, avant même de regarder le film, oubliez tout ce que vous avez pu lire ou entendre à propos de Zombie Honeymoon. Il ne s'agit ni plus ni moins d'un drame poignant, aux émotions violemment viscérales, et non d'une comédie comme cela a pu être annoncé à maintes reprises. Chronique d'une flèche tirée en plein cœur. Dennise et Danny viennent de se marier et partent en lune de miel sur la côte Est. Ils sont dynamiques, tout défile rapidement et leur amour fait leur force. Le premier jour, Danny allongé sur la plage, dort profondément, épuisé par une journée de surf ; à ses côtés Dennise dessine, les pieds dans le sable. Sur la ligne d'horizon, troublée par le seul clapotis de l'eau une silhouette émerge de l'océan. Se rapprochant du rivage, elle titube jusqu'à s'écrouler sur Danny, plaçant son visage putréfié à quelques centimètres de celui du jeune homme. Dennise terrorisée, tente d'écarter le monstre en le rouant de coup de pied, mais rien n'y fait, celui-ci résiste. Soudainement, le mort-vivant s'écroule, après avoir vomi une gerbe de sang dans la bouche du jeune homme. A son arrivée à l'hôpital, Danny est cliniquement mort ; pendant dix minutes son coeur ne battra pas. Soudain, il se lève, en pleine forme, comme si rien n'était arrivé...



A la première vision du film, je dois avouer que mes sentiments étaient mitigés. Le métrage avait pris le contre-pied total de mes expectations. Puis un entretient (plus d'une heure) avec le réalisateur m'a permis de plonger dans un univers romantique, blessé autant que poétique.
En effet, le jeune réalisateur (tant par son âge que par le nombre de films tournés) a pris le parti de tourner un film de zombi pour lequel ces demoiselles traîneront leur petit ami pour le voir, et non l'inverse. Autrement dit, le défi à relever (et de fait, relevé) était de réaliser un métrage à fleur de peau, avec un mort-vivant comme vecteur d'émotion.
Le zombie est depuis Romero, souvent utilisé comme métaphore, que ce soit pour exprimer une opinion, critiquer ou tout simplement exorciser ses démons. Le cas de Zombie Honeymoon, illustre parfaitement cette dernière solution. Dave Gebroe met son talent et cette figure emblématique du cinéma d'horreur, qu'est le zombie, au service de son affliction. La bobine retrace en effet un moment de la vie de sa sœur, traitant par là même du thème de la perte soudaine de l'être aimé.



C'est ainsi que le réalisateur américain délivre au public, un véritable condensé d'émotion, d'une intensité bouleversante.
Le traitement de l'image n'y est pas étranger, loin s'en faut. Le réalisateur a pris le parti d'une image crue, sans bruit ni parasite. Cette résolution donne une étrange impression de proximité, proche de celle ressentie lors d'une émission de télé réalité. Ce sentiment est rehaussé par le format quasi documentaire conféré au sujet. Puis, petit à petit, cette vie de couple modèle sera entachée par la transformation de Danny. La propreté clinique de l'image et de l'environnement se souilleront donc, apportant le malaise, là où tout n'était que bonheur.
Ces mutations que subira Danny représentent ici, les peurs primales de l'homme que sont la mort, la maladie et la déchéance physique. Le rendu sera d'autant plus insupportable du fait de l'aspect de drame intimiste que revêt le film. Quelque part dans l'estomac, un nœud se forme, les yeux commencent à piquer et la gorge de se serrer…



Si le film rappelle Fulci, ce n'est pas pour rien. Il est question d'un cinéma d'horreur épuré et réaliste, dans lequel l'horreur est traitée de la façon la plus viscérale possible. Si le rendu de l'image y contribue largement, le jeu des acteurs et les détails de l'histoire ne sont pas non plus à négliger.
En effet, le scénario respire intensément le vécu (et pour cause). On y retrouve tous ces instants de bonheur, ces tracas qui font qu'un couple est un couple. De la dispute bénigne à l'euphorie du renouveau, les émotions à partager sont bien là… aux côtés de la solitude des instants difficiles.

Pour cela, la trame de Zombie Honeymoon est illustrée par des acteurs qui semblent ne pas en être. Leur interprétation est si réelle, que l'on croirait que les interprètes puisent, non pas dans leur talent, mais bien dans le tréfonds de leurs tripes, dans leur expérience personnelle. En ressort un "jeu" dénué de fioriture, d'une authenticité frappante qui ne plaira pas à tout le monde. Il est vrai que la spontanéité des acteurs a pu être qualifiée "d'amateur" ; cependant ceux-ci ne sortent pas de l' "actor's studio", et c'est tant mieux.


Ne nous voilons pas la face, le Zombie n'est ici qu'un prétexte pour le fan d'horreur qu'est Dave Gebroe d'exprimer une douleur profonde. Cependant il ne faut pas oublier que le domaine de l'horreur et du fantastique est très souvent utilisé pour exprimer des sentiments qui ne peuvent l'être que par des voix détournées.

Ce film, bouleversant de par sa justesse prend aux tripes du début à la fin. Cependant, il risque de pâtir de ses principales qualités. Il pourrait en effet ne pas trouver son public, se trouvant quelque peut entre plusieurs genres (Drame intimiste et film d'horreur pour les deux principaux). Ce serait regrettable tant Zombie Honeymoon regorge de bonnes choses. Sans révolutionner le genre, la mise en scène est fraîche et dynamique.

Dave Gebroe n'est autre que le pseudonyme de David Gebroe.

Très prochainement disponible en dvd sur : http://www.neopublishing.com






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