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Brigitte vit recluse dans un motel, soumise à un quotidien consistant à lutter contre le mal qui la ronge. Après la mise à mort de sa sœur, elle est à son tour victime de la malédiction et infectée par le virus. A coups d'injections d'aconit, une drogue censée ralentir le processus de mutation, Brigitte n'est que l'ombre d'elle-même, et chassée à son tour par un loup-garou…



"Ginger snaps" proposait une métaphore sur l'adolescence originale dont la lycanthropie servait de miroir reflétant les tourments de la puberté. Inséparables et toutes deux "tourmentées", le premier opus choisissait pourtant sa première victime, Ginger, comme si la plus désinvolte et expansive se devait de subir la primeur de la malédiction.

"Ginger Snaps 2" s'intéresse cette fois-ci au personnage de Brigitte, adolescente introvertie, écorchée d'amour pour sa sœur Ginger. Habitée par le pacte du sang qui la lie à son aînée, Brigitte doit à présent le faire "cohabiter" avec l'aconit, une drogue dérisoire qui lui permet de retarder la transformation. Car frappée à son tour par la malédiction, elle ne trouve cependant aucun charme à cette intrusion physique. A la différence de Ginger qui elle, abusait de ses subtilités.



Le choix du réalisateur d'installer l'action dans un établissement hospitalier nous permet de découvrir un monde où les douloureux silences et les non-dits trouvent un écho : un personnel soignant incompétent et adepte de tortures psychologiques, mais aussi des malades victimes d'eux-mêmes et de leurs "absences". A l'exception de Ghost, jeune malade, qui semble découvrir rapidement la véritable nature de Brigitte, et qui ne cessera de la poursuivre de sa curiosité. L'image d'une sœur de substitution n'est pas loin, si ce n'est que Ginger reste bien présente dans l'esprit de Brigitte. Témoins les nombreux flash-back de son aînée, apparaissant telle une conscience, la poussant à se laisser aller et accepter les dérives inévitables et liées à sa nouvelle condition.

La schizophrénie de Brigitte devient une évidence ; luttant en permanence contre elle-même et la bête qui désormais l'habite, la jeune femme se fait tantôt humaine, tantôt animale. Et malgré la menace qu'elle représente, l'énigmatique Ghost s'accroche à elle volontairement, semant en permanence le trouble dans l'esprit déjà torturé de Brigitte. Manipulatrice et n'hésitant pas à utiliser le mensonge, Ghost révèle par ses maladresses une envie irrépressible d'être celle que Brigitte aimera à présent. Mais le fantôme de Ginger plane légitimement sur le film, insufflant les rares effets sanglants à cette séquelle.



Suivre les errances de Brigitte depuis la disparition de sa moitié, sa lutte acharnée afin de ne pas devenir celle qu'elle idolâtrait : tel est le visage d'une lycanthropie servie par un discours loin d'être élogieux, qui repousse l'ordinaire fascination que suscite la bête. Le prix à payer est peuplé de cauchemars éveillés, de tortures physiques et psychologiques, incontrôlables pour la sœur orpheline.

La dimension humaine est mise en avant bien plus que l'action, et la "naïveté" qui seyait si bien au propos de "Ginger snaps" laisse place à une réalité beaucoup plus mature. Une façon de grandir bien difficile pour la plus fragile des deux sœurs.

Il faudra attendre surtout la fin du film pour que l'histoire s'accélère et renoue avec la bestialité à l'état brut, et l'affrontement sanglant entre Brigitte et le monstre qui la poursuit. Une dernière demi-heure riche en suspense et hémoglobine, portée par de magnifiques maquillages signés Greg Nicotero ("sin city", "le territoire des morts" ou plus récemment "hostel"), redoutablement efficaces.



"Ginger Snaps 2" est la transition d'une trilogie qui nous mènera à sa préquelle "Ginger snaps 3" (Ginger Snaps back) : le chaînon permettant d'installer les deux sœurs avant de découvrir pourquoi et comment tout a commencé.
On gardera de cette séquelle des décors enneigés, glauques et froids, un scénario axé sur la violence psychologique et ses éventuels pendants juvéniles (suicide, sexualité, drogues…), ainsi qu'une composition "hallucinée" d'Emily Perkins.

Brett Sullivan fait le choix d'une final plutôt sombre et non d'un happy-end trop souvent de mise. Un pessimisme qui flirte avec un cynisme rondement bien scénarisé : le mal n'habillant pas forcément celle que l'on croit.








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