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Sous le fallacieux prétexte d'étudier les troubles du sommeil, le docteur Marrow réunit ses "cobayes" au sein d'un vieux manoir. En réalité, il compte plutôt étudier le phénomène de la peur. C'est Eleanor qui semble la plus réceptive à l'atmosphère de l'imposante demeure.



Il n'était guère chose aisée que de passer après le film de Robert Wise ("La maison du diable"). Le film de 1963 avait su, à force de suggestion, distiller une angoisse sourde. Quelques simples bruitages et des acteurs convaincants en avaient fait un des grands classiques du genre. Hélas, Jan De Bont ("Speed", "Tomb Raider 2") n'était pas l'homme de la situation pour reconstituer un climat de peur. Ce sont ses récents succès d'alors au box-office qui l'ont propulsé sur ce remake (Wes Craven avait été un temps envisagé mais pas assez "banquable"). A défaut d'être un franc succès commercial (plus de 177 millions de $ à travers le monde), "Hantise" rentra dans ses frais. On ne peut pas en dire autant des malheureux spectateurs qui auront eu le courage d'aller assister à ce show de l'effroi numérisé à mort.


Pratiquement tout est loupé dans cette version new look du thème de la maison hantée, mais on peut reconnaître à Jan De Bont une mise en scène sobre et classique, ce que n'auront même pas la décence de faire Steeve Beck sur "13 fantômes" et Andrew Douglas sur "Amityville 2005". Si le film se suit d'abord sans trop de déplaisir, grâce notamment à la présence de l'actrice Lili Taylor ("Six pieds sous terre"), franchement plus habituée aux petites productions qu'aux blockbusters, la lassitude finit par gagner car rien ne se passe, ou tout du moins rien ne fonctionne correctement. Certes, on peut toujours constater que l'argent est bien dépensé dans des décors majestueux (merci au décorateur Eugenio Zanetti), bien que par moments un peu trop surchargés. Mais je dois avouer que voir des angelots un peu partout disséminés sur des portes et des cheminées, sur le plan esthétique, cela n'est pas toujours de très bon goût. Leur omniprésence est rendue nécessaire pour que les responsables des effets numériques puissent les bouger à leur guise. Ils ne cessent de murmurer à Eleanor à la moindre occasion. Totalement insupportable, cette débauche de sfx est surexploitée jusqu'à l'overdose.

La palme du ridicule revenant incontestablement à ce que je nommerai la porte coup de poing lorsque Nell (Eleanor) qui s'en approche est repoussée par une main géante sortie d'une porte. Liam Neeson n'est pas mieux servi (ce dernier jouant aussi mal face à des effets spéciaux que dans "Star Wars : la menace fantôme") quand il est agrippé par la main d'une statue qui tente de le noyer. Et je ne parlerai pas (ah si quand même) des griffons animés que combat la vaillante Eleanor. Finalement, les effets spéciaux les plus discrets mais les plus réussis concernent la garde robe de Catherine Zeta-Jones, ravissante et divine dans le rôle de la femme libérée bisexuelle, et qui porte les bottines à merveille.


Pour la peur, tous les effets sont désamorcés à l'avance : Nell qui est surprise par le gardien ou la soi disante inquiétante Mme Dudley et son hachoir. Ne reste plus à l'équipe technique qu'à se raccrocher à des bruitages sonores pour tenter, mais en vain, de créer le moindre frisson. Entre des angelots omniprésents, des murs qui bougent, un lit qui se transforme en piège et autres apparitions spectrales affreusement laides (le méchant Hugh Crain), même avec la meilleure volonté du monde, on ne peut qu'abandonner et lâcher prise devant un tel spectacle aberrant. L'apothéose est dans une scène finale niaise dont seuls les Américains ont le secret. Il y avait matière pourtant à rendre émouvants les rapports d'Eleanor avec la maison et les esprits torturés des enfants, à la recherche d'une mère protectrice.



Contrairement à la première adaptation de ce qui est à la base un roman de Shirley Jackson, aucune place n'est laissée au doute ici. Le fantastique est bel et bien présent, sans subtilité. Mieux vaut donc se replonger dans la version originale, ou encore aller revoir ces petits films des années 70 où la tension psychologique prenait le pas sur les effets pachydermiques des effets spéciaux actuels : "La maison des damnés" et l' "Amityville la maison du diable" de Stuart Rosenberg. Certains croient que l'argent est le nerf de la guerre pour réussir un bon film. Pourtant la preuve est apportée qu'artistiquement parlant ce n'est pas le cas. Réalisateur efficace dans les films d'action, Jan De Bont ferait mieux dorénavant de se cantonner à son domaine de prédilection.








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