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Un pensionnat du Sud de la France accueille une nouvelle pensionnaire, la jeune et timide Thérèse, sentant déjà une étrange présence dans l'établissement. Un établissement chargé de secrets, dirigé d'une main de fer par Mme Fourneau, apparemment veuve, vouant toute son affection à son jeune fils Luis. Mais des jeunes filles disparaissent et la tension entre les jeunes créatures grandit de jour en jour…



Si "Suspiria" reste une œuvre définitivement essentielle dans le cinéma fantastique italien, l'influence de Bava n'est pas la seule lui ayant insufflé toute son originalité et sa puissance : outre le fabuleux "Le couvent de la bête sacrée", un nunsploitation japonais assez corsé dans le genre, "La résidence" semble avoir été aussi une référence pour le chef-d'œuvre d'Argento.
Outre une scène de meurtre rappelant les travaux du grand maître italien, c'est le cadre en lui-même qui renvoie fortement à "Suspiria" : un pensionnat de jeunes filles, des disparitions, une certaine empreinte gothique…



Pas de quoi crier au plagiat cependant, le film de Ibáñez Serrador prenant une toute autre direction que celle d'Argento. Le film est à voir également comme une source d'inspiration à Guillemo Del Toro pour son superbe film "l'échine du diable".

Réalisateur qui fut entièrement voué à la télévision tout au long de sa carrière, Narciso Ibanez Serrador est connu non seulement pour ce magnifique thriller gothique mais aussi pour son dérangeant "Les révoltés de l'an 2000" où un jeune couple se trouvait piégé sur une île infestée de gamins meurtriers. Une deuxième œuvre marquante.
Malgré son cadre "frenchie", "La résidence" est bien une production espagnole, même si elle compte des pointures étrangères comme Lili Palmer ou le jeune John Moulder Brown qui apparaîtra d'ailleurs un peu plus tard dans "Le cirque des vampires".



Une atmosphère mystérieuse et morbide pèse sur cette résidence qui contient son lot de frustrations et de mystères. La jeune Thérèse (jouée par Cristina Galbo, qui sera bien plus tard l'héroïne de "Le massacre des morts-vivants", autre classique du cinéma d'horreur ibérique) ressentira cette impression dès son arrivée où le lieu semble presque hanté. Même après l'intrusion des autres pensionnaires, le silence domine… sauf derrière les portes où tous les secrets et les pulsions prennent forme.
Etant à proprement parler un "film de pensionnat", le film rejoint parfois le même aspect qu'un WIP ou qu'un Nunsploitation : un lieu clos, des femmes, des rivalités et des violences, des ambiguïtés. Car la grande résidence où dort et mange la jeune Thérèse à présent, est un théâtre de passions refoulées et d'ambiguïtés sexuelles en tout genre ; ceci même lors des premiers jours où l'inquiétante Irène déshabille la jeune fille du regard.
La relation entre la directrice et l'une des jeunes filles du pensionnat, Catalina, est d'ailleurs des plus troublantes : Catalina est une grande insolente, mais son visage innocent et son regard plein de promesses en font un véritable objet de désir pour la directrice. A tel point qu'après avoir été flagellée, Catalina voit la directrice lui embrasser ses plaies en lui pardonnant son geste.



Cet érotisme latent implose lors de cette douche collective où les élèves doivent garder leurs chemises blanches et pures : même avec leurs habits, l'eau laisse apparaître leur corps dénudés et humides. L'occasion pour la directrice de "surveiller" sa favorite. Figure charnière du film, la directrice laisse entendre également une relation limite incestueuse avec son jeune fils, qu'elle protége abusivement des filles. Car le jeune garçon est un gentil petit voyeur… qui sera d'ailleurs victime de sa fâcheuse manie dans une scène tout à fait angoissante, en particulier s'il on est claustrophobe.
La personnalité la plus violente de l'établissement reste sans aucun doute la surprenante Irène, sorte de surveillante n'hésitant pas à organiser des "rendez-vous" ou à humilier la pauvre héroïne dans un élan hystérique glaçant. Traversé par une frustration sexuelle quasi-collective (formidable séquence reposant sur un montage alterné entre les jeunes filles en train de coudre et l'ébat de l'une d'elles), le pensionnat est le sujet de disparitions intrigantes, se relevant être des assassinats. Ce qui nous donne un meurtre au ralenti des plus poétiques (et des plus saignants) où le sang s'éparpille sur les fleurs de la serre. Et la musique est signée Waldo de los Ríos, ce qui n'est pas rien…
C'est un diabolique dispositif que met donc en place Ibáñez-Serrador, alternant un univers fascinant et troublant, entre drame fantastique et érotisme, et un thriller singulier aux accents de "whodunnit". Cette quête du meurtrier se relève d'autant plus intéressante que les suspects abondent : si l'identité du tueur sera plus ou moins téléphonée, la raison pour laquelle il occit ses victimes est proprement malsaine et fera dresser les cheveux sur la tête à plus d'un !!
L'audace de Serrador le poussera carrément jusqu'à supprimer un personnage terriblement important quelques temps avant la fin : je vous en laisse la surprise…
En tout cas, un grand et beau film d'épouvante qui mériterait grandement qu'on le sorte un peu de l'ombre.