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Dans un monde de magie et de barbarie, Beldar et sa compagne Sonja partent à la recherche du fameux "cœur du guerrier", une précieuse et puissante pierre cachée dans une grotte maudite. Mais leurs péripéties se compliquent… Nous n'en saurons pas plus pour le moment car c'est le jeune Ramón qui invente tout cela, et s'y implique de manière assez atypique. Avec son meilleur ami et une bande de copains, il organise un jeu de rôle dans lequel il incarne le fameux Beldar. Mais la dimension prend le pas sur l'imaginaire (est-ce vraiment l'imaginaire ?) et le jeune garçon se prend très vite corps et âmes pour le musculeux guerrier…



L'industrie de l'horreur et du fantastique étant formidablement relancée depuis quelques années, les petites productions morflent une fois de plus comme à la grande époque, en tout cas il le semble bel et bien, vu la situation actuelle de ce direct to video ignoré avec une conviction presque surréaliste.

Après un thriller lui aussi passé inaperçu, Daniel Monzon rencontre un confortable succès avec ce très atypique film d'Heroic Fantasy : un film évidemment lancé pour le grand écran, vite bardé de prix et de nominations aux rares festivals où il est diffusé. Une bonne entrée dans le cinéma, qui n'aurait en rien prévu sa malheureuse distribution en France.



Ainsi, le film passe en catimini au festival de Gérardmer (en sélection "compétition vidéo", où il se fera devancer par "2009 : Lost Memories") et ne déboulera chez nous qu'à la location (apparemment toujours pas à la vente), et dépourvu de version originale !! La jaquette kitch et la promo inexistante (voilà trois ans qu'il est sorti dans les bacs de tous les vidéoclubs de France et de Navarre) l'achevèrent définitivement. Et cela fait six ans que le film est sorti dans son pays d'origine, preuve que le temps passe beaucoup trop vite…

Orienté pour les salles obscures, le film ne bénéficie pas d'un traitement très "téléfilm", et c'est même tant mieux (car comme tout le monde le sait, l'Heroic Fantasy se trouve trop souvent cantonné à la téloche de nos jours). Le budget n'est pas énorme, ce qui n'empêche pas Daniel Monzon de magnifiquement gérer les effets spéciaux du film, qui tiennent furieusement bien la route. Un défi rude, surtout quand on sait que les films de ce genre reposent en grande partie sur les FX.



Si l'on situerait très rapidement le film, on dirait que c'est un mélange de "L'histoire sans fin" et de "Conan le barbare" : seulement, le petit bijou de Monzon s'avère bien différent, d'ailleurs on lui trouvera difficilement un concurrent.
Ramon, une quinzaine d'années environ, est comme la plupart des adolescents de son âge : il aime les jeux de rôles, les aventures palpitantes, et bien sûr… les filles. Le jeune garçon se révèle cependant en totale immersion dans l'univers imaginaire qu'il s'est créé, où il devient Beldar, un ersatz de Conan sans peur et sans reproche. Seulement, cet univers lui monte à la tête, surtout la belle Sonja (référence pure et simple à Red Sonja), son grand fantasme. Son abruti de meilleur ami, lui, ne suit vraiment pas. Mais Ramon perd pied, se trouve simultanément dans "l'autre monde" puis dans le sien : même avec son physique maigrichon, il sait qu'il est toujours Beldar. A tel point qu'il se trouve flanqué d'une quête périlleuse qu'il compte bien concrétiser… dans son propre monde : le notre !!



Difficile à résumer, "Le cœur du guerrier" est loin, très loin d'être une œuvre familiale : le film est sombre, souvent tragique, et même étonnement cru (la vision de notre monde est peu reluisante… mais bel et bien réelle). Le jeune Ramon est d'ailleurs persuadé que le grand prêtre qu'il doit supprimer est… le chef d'une nouvelle politique espagnole !! Une politique néanmoins limite fasciste qui le conduira à être la personne la plus recherchée du pays !

Deux mondes où le spectateur se trouve ballotté : celui de l'Heroic Fantasy, avec mort-vivant, lions monstrueux gloutons, têtes coupées voraces et grotte malfamée, puis la réalité, pas franchement jolie jolie. Ramon le sait, chaque personnage qu'il rencontre dans "l'autre monde" possède son double dans le nôtre, mais là aussi, beaucoup de mauvaises surprises : le grand magicien devient un mage bidon adepte du crachat (Santiago Segura, toujours très en forme !), son nabot de serviteur devient un clochard croquant des gros ras juteux, et même la belle Sonja devient une lamentable prostituée, que Ramon sauvera violemment des griffes d'un psychopathe nécrophile (du moins c'est ce qu'affirme le bougre) !!

Visiblement amoureux de l'Heroic Fantasy, Daniel Monzon laisse échapper quelques beaux plans hérités des peintures de Frazetta (comme le plan de Sonja nue sous la cascade), et soigne un maximum l'univers Fantasy du film. Œuvre intense, audacieuse, parfois grave, "Le cœur du guerrier" est une perle ibérique qui mérite sérieusement une seconde chance.








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