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Un serial-killer du nom de Buffalo Bill sème la terreur en assassinant des jeunes femmes. L'enquête patauge. Afin de trouver des indices, le FBI envoie la jeune Clarice Sterling auprès du psychiatre cannibale Dr Lecter. Entre eux deux va se nouer une relation ambiguë. Lecter confie ce qu'il sait en échange d'informations très personnelles sur Clarice. Au risque pour la jeune femme de s'y perdre.



Quand Thomas Harris écrit le roman "Le silence des agneaux", il est certainement loin de se douter de la notoriété que son livre va acquérir. L'excellence du bouquin ne peut qu'attirer la convoitise d'Hollywood. Gene Hackman et Martin Scorsese ("Les nerfs à vif") envisagent un temps de le porter à l'écran. Mais la violence du roman les oblige à abandonner. Le même problème se pose en ce qui concerne le casting : de nombreux prétendants sont envisagés pour endosser le rôle du fin gourmet Hannibal Lecter (Jeremy Irons, Robert Duvall, Terence Stamp ou encore Brian Cox qui était déjà le célèbre docteur dans "Le sixième sens" de Michael Mann) et même celui de Clarice Sterling (Michelle Pfeiffer qui refusera aussi le rôle troublant de Catherine "Basic Instinct" Tramell, ou Meg Ryan). C'est autour d'une équipe que l'on peut qualifier de sobre que le tournage va se faire. La mise en scène est très classique (dans la lignée d'Hitchock), sans tics de caméra et c'est à Jonathan Demme ("Philadelphia") qu'on doit ce résultat. Parfait dans la peau de Lecter, c'est l'acteur Anthony Hopkins qui est l'heureux élu, alors que le rôle de son "adversaire", Clarice Sterling, va à Jodie Foster ("Taxi Driver").


Comme bien souvent dans les classiques du 7ème art, "The Silence of the lambs" a connu un développement assez complexe. Le film de Demme ouvre la mode des thrillers à base de serial-killer, réemployant les méthodes des séries B horrifiques. Au moment où le cinéma d'horreur est dans une mauvaise passe, c'est Hollywood qui utilise des éléments macabres pour des films "grands publics". Ce n'est pas innocent si, comme guest-stars, nous retrouvons Roger Corman ainsi que George Romero (!). Juste des apparitions mais qui suffisent à souligner à quel point Jonathan Demme est conscient du tribut du cinéma d'horreur. Car, oui, "Le silence des agneaux" est bien un thriller horrifique (mais de luxe), malgré ses cinq oscars, récompenses que l'Académie refuse habituellement par mépris au genre.



Le scénario repris en main par Ted Tally ("Dragon rouge") n'hésite pas à donner à ses personnages une réelle épaisseur psychologique. On vit, on respire, on tremble, on est ému en suivant les pas de Clarice Sterling, qui est novice dans le métier d'enquêtrice du FBI. Clarice doit affronter un monde de machisme où s'élever dans la hiérarchie va s'avérer difficile pour la "frêle" femme qu'elle est (pour bien symboliser cette triste réalité, Jodie Foster se trouve à deux reprises entourée uniquement d'hommes, dans l'ascenseur et à la morgue). Il lui faut faire ses preuves plus que n'importe quel autre membre du FBI et affronter des allusions sexuelles (même Crawford pourtant bienveillant à son égard la tient à l'écart lors de certaines discussions à contenu sexuel).


L'enquête principale tourne autour de la recherche du tueur connu sous le nom de Buffalo Bill, qui est en fait la synthèse de trois tueurs en série ayant véritablement existé : Ted Bundy (pour la méthode de l'enlèvement), Gary Heidnick (pour la séquestration dans un puit) et Ed Gein (pour le costume à base de peaux humaines). Au-delà de la polémique entourant le travestissement du tueur, il faut plutôt s'attacher aux séquences entre le tortionnaire et sa captive qui vont assez loin dans le sadisme avec ce face à face autour du puit.

Mais la véritable vedette de ce film, c'est le personnage de Lecter, et sa manipulation psychologique. Pouvant être charmeur, Anthony Hopkins sait se montrer inquiétant dès sa première apparition et ses deux grands yeux qui scrutent sans sourciller sa "proie". En replongeant dans le passé de Clarice, il peut mieux la manipuler et tout en la guidant dans son enquête, s'employer à retrouver ainsi sa liberté.



Brillante adaptation cinématographique, "Le silence des agneaux" reste un modèle encore de nos jours en matière de thriller. Il inspirera de nombreux suiveurs : "Copycat", "Le collectionneur", "Bone collector"…ainsi que l'univers des séries télé comme "X-Files" (Scully est clairement dans la lignée de Clarice Sterling). Rarement un casting aura été au diapason d'un récit passionnant et surprenant. Malheureusement l'appel du dollar poussera Thomas Harris à écrire une suite, "Hannibal" - si le roman est bien écrit, l'adaptation ciné de Ridley Scott se révélera pleine de grandiloquence.
Quant à Clarice (Jodie Foster forever), espérons qu'elle a cessé depuis d'entendre les cris des agneaux qu'on égorge.








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