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Episode 3 : Très (trop ?) attaché au fameux binoclard du Maine, j'ai nommé Stephen King, Mick Garris décide apparemment de s'en détacher quelque peu pour réunir les plus talentueux réalisateurs du cinéma d'horreur et de fantastique d'hier et d'aujourd'hui pour le compte de la série "Masters of horror" : en résulte des histoires élaborées avec soin par des metteurs en scène possédant une totale carte blanche. Un concept pas loin du fantasme de fantasticophile donc…



Bien fatigué, le grand Argento traverse une lourde période hésitant entre hauts et bas, où les bons film ("Le sang des innocents", "Le syndrome de Stendhal") se disputent avec d'autres productions bien moins glorieuses ("Trauma", "Aimez-vous Hitchcock ?", "Le fantôme de l'opéra", "The card player"), voire aux frontières de la nullité. Chaque attente est à présent doublée de doutes et de peur…

Argento avait rejoint les USA avec "Deux yeux maléfiques" et "Trauma" et semblait les avoir bel et bien quittés. Son retour aux States est donc obligatoire pour la série de Mick Garris et on s'attend gentiment à un bon giallo sanglant comme au bon vieux temps…



Tout faux !! Car Argento s'éloigne purement et simplement de tout ce qui a fait sa gloire, non sans quelques déceptions : pas de tueur aux gants noirs, pas de meurtres stylisés, pas d'éclairages surréalistes, pas d'incohérences tendant à une atmosphère surréaliste et étrange, pas de rasoir ou d'armes blanches… Pour situer "Jenifer" (clin d'œil à Jennifer Connely de "Phenomena" ?), on le rapprocherait plutôt d'un "Castle freak" au féminin mâtiné de "May".

Frank est un policier à la vie morne, au boulot et à la situation familiale pépères… bref c'est l'ennui ! Pendant une journée sans grande particularité, il surprend un mystérieux personnage grassouillet s'apprêtant à décapiter une pauvre jeune fille sur un terrain désaffecté. En pleine panique, il tue l'agresseur et sauve la jeune fille. Celle-ci est loin d'être tout à fait "normale". Monstrueuse, elle cache un visage en piteux état et semble entièrement muette. Touché et troublé, il la verra partir pour un centre psychiatrique. Mais l'envie de la prendre sous son aile lui vient soudainement…



Tout comme "May", le film d'Argento se pose sur un personnage féminin atypique et irritant, attendrissant et fascinant, détestable et émouvant. Réalisme, sang, larmes et noirceur : voilà les clés du film de Lucky Mckee mais aussi celles du film d'Argento.
Si ce n'est un long début en plongée, un visage se reflétant sur une hache, et la musique de Claudio "Goblin" Simonetti, la patte d'Argento se veut quasi-invisible. D'ailleurs, c'est la musique de Simonetti qui fait le lien direct vers Argento, une musique renvoyant à la comptine malsaine (et pourtant si innocente) de "les frissons de l'angoisse", entièrement consacrée au personnage de Jenifer, lui aussi si malsain et pourtant parfois si innocent.



On aura rarement vu un moyen-métrage consacré à la télé US aussi gore et étourdissant, véritable descente aux enfers érotique et dérangeante. Authentiquement déviant, "Jenifer" se permet de faire éclater quelques tabous du genre (scènes de sexe très poussées, cannibalisme en veux-tu en voilà, assassinats d'enfants ou d'animaux) et de développer une liaison aussi répugnante que charnelle (et pourtant souvent touchante) entre son héros et cette créature décharnée.

Pendant féminin de Giorgio dans "Castle Freak" (le coup du chat inclus, tout comme dans "May" d'ailleurs, en plus sanglant mais en moins sadique…et heureusement !), Jennifer est une sirène moderne (au sens originel, c'est à dire perverse, sensuelle et meurtrière) qui ne fait pas cohabiter la femme avec le poisson, mais la monstruosité avec la femme : si le visage est difforme à l'extrême, le corps est d'une rare perfection. Un personnage proprement hallucinant, qui vous fera écarquiller les yeux de nombreuses fois. Argento ira jusqu'à immiscer un sympathique hommage à "Frankenstein" version Karloff…
Extrême, le film fit couler pas mal d'encre en raison de ses scènes chocs dont la fameuse castration déjà incroyablement dégeulasse dans sa version dite coupée (et vous comprendrez pourquoi elle a suscité tant de dégoût en la voyant, je vous garde l'affreuse surprise…).
Conte sanguinolent et putride, "Jenifer" est une merveille absolue.