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Réalisation
Kang Hyeon-il

Scénariste
Jang Kyung-ki

Date de sortie
2002

Genre
insolite

Tagline


Cast
Lee Yi-rim
Ka Ae
Dan Ya
Song Nam-Hyeon


Pays
Corée du Sud

Production


Musique
Lee Mun-hie

Effets spéciaux



Votre note: -
Moyenne: 5.5
(2 votes)
Au début de l'ère humaine, il existait 12 esprits régnant en harmonie avec la nature et les animaux. Un pur paradis où les habituels besoins humains (comme manger, faire l'amour…) deviennent superflus, où tout atteint la perfection la plus absolue. En goûtant aux raisins rouges, l'homme bouleverse cet équilibre et fait entamer une longue déchéance à l'espèce humaine. Aujourd'hui encore, les 12 esprits sont encore vivants et tentent de nous appeler…



"825 acteurs nus !!!", voilà l'argument publicitaire premier de "Mago", film polémique venu de la belle Corée. Considéré à tort comme une œuvre excessivement érotique, le film ne dévoile pourtant aucun organe génital féminin ou masculin malgré son nombre impressionnant de figurants nus !! Qu'importe, le film fit couler beaucoup d'encre dans son pays d'origine.



Rien de porno dans ce concept donc, rien d'obscène ou de cochon même, le but se révèle artistique tout simplement : les 12 esprits de la nature, tous des femmes, évoluent avec spontanéité et beauté dans une nature resplendissante, usant de leurs corps nus pour alimenter la fibre poétique du film et non pas pour copuler ou se faire des parties de toutouches.
Cette utilisation réussie et justifiée de l'érotisme renvoit bien évidemment aux travaux du talentueux Borowczyk.

Scénarisé par un fondateur du "multi poem" (poésie bien sûr + images + musique), "Mago" est un pur Ovni cinématographique à la croisée du vidéo clip, du film expérimental et du poème écologique. Sous ses airs frais et magique, "Mago" cache pourtant une oeuvre difficilement accessible et plus choc que chic…



La réincarnation du premier homme sur terre découvre petit à petit les mésaventures des 12 esprits de la nature (esprit de l'eau, de la terre…), aspirant en vain à changer la mentalité corrompue des hommes. Et quand je dis en vain…

Si quelques longs moments merveilleux emmaillent parfois le film (les esprits se baignent dans l'eau et gambadent sans aucune pudeur dans de beaux espaces naturels), l'horreur et le malaise priment très souvent. Pessimiste, le film brosse le portrait d'un monde mécanique et insensible, irrespectueux, bordélique, maladif. Impossible de survivre pour les 12 esprits, qui subissent des sorts tous plus traumatisants les uns que les autres : viol sauvage, grue meurtrière, noyade, expériences illégales, suicides…



Audacieux, voire trop, "Mago" fait preuve d'une logique inquiétante lorsqu'il use de petites touches snuff : au début du film, de nombreux insectes et grenouilles jonchant le bitume se font écraser jusqu'à ressembler à une bouillie sanguinolente (pour illustrer la métaphore de l'homme piétinant la nature faut le faire !), un cerf est vidé de son sang devant la caméra et des cochons sont traités à la chaîne dans les abattoirs (scène renvoyant au court "Le sang des bêtes" de George Franju où de nombreuses bêtes se font éviscérer et dépecer devant la caméra). Rien d'extrêmement gratuit mais l'utilisation d'effets spéciaux n'aurait pas été de refus, surtout de nos jours…

Quelques stock-shots font également leur apparition, en particulier pendant les longues scènes traitant de la Seconde Guerre mondiale (rappel de Hiroshima) ou de la misère (familles misérables et enfants malformés, Gloups !). "Mago" n'est pas un film qu'on verra avec plaisir : les cotés négatifs de l'âme humaine sont vomis à l'écran, surdramatisés ou pas.
"Mago" touche, et fait mal, très mal (inquiétante et émouvante scène où un esprit de la nature rejoint un lac pollué où gisent poissons et oiseaux en putréfaction, avant d'y mourir), déploie des tableaux impressionnants (le combat boueux qu'organise le monde des hommes, les deux poignets tranchés enlacés dans l'eau, les vallées brumeuses au sol couvert de cadavres…) et renvoit par moments au cinéma cyberpunk de Tsukamoto (les scènes du métro avec ces humains fantomatiques, les quelques excès graphiques comme les meurtres successifs des esprits sur fond de métal japonais…) avec un plaisir non dissimulé.
"Mago" remplit son principal objectif (sensibiliser le spectateur et l'achever définitivement) et se distingue par une ambiguïté inhabituelle ces temps-ci au cinéma. Une expérience qui secoue…

Inédit en Europe et aux Etats-Unis






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