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Newton semble physiquement humain, et pourtant il est un extraterrestre. Venu d'une planète inconnue, il vient sur Terre pour récupérer de l'eau, élément vital pour sa famille et sa planète vivant une importante période de sécheresse. Ingénieux, Newton bâtit un véritable empire grâce à ses nombreuses technologies futuristes. Il devient riche et encaisse progressivement l'argent pour pouvoir construire son vaisseau. Sauvé par l'adorable Mary Lou après un accident fort surprenant dans l'hôtel où il logeait, il découvre l'amour et l'alcool, se nourrit de plus en plus de télévision… Son plan peut malheureusement échouer petit à petit.



Premier rôle enfin pour David Bowie, pour cette œuvre furieusement culte et unique, dirigée par un Nicolas Roeg déjà remarqué pour son flippant et glauque "ne vous retournez pas" et le controversé "Performance" (où Mick Jagger se retrouvait devant la caméra bien avant Bowie). Roeg n'aime faire comme personne, et c'est ce qui rend "L'homme qui venait d'ailleurs" si fabuleux.

Adapté d'un roman tout à fait basique du même nom, "L'homme qui venait d'ailleurs" débarque chez nous dans une copie censurée (14 minutes en moins, souvent très sexes) et parée d'un doublage français abominable (jetez-y une oreille sur le DVD de Studio Canal qui le propose en bonus, vous n'en reviendrez pas !!), provoquant irrémédiablement son échec. De plus, le film étant difficilement accessible, le public aura bien du mal à suivre le style anti-conformiste de Nicolas Roeg.



Qualités nombreuses et présence de Bowie oblige, le statut culte gagna rapidement (et heureusement !) le film de Roeg. On pourrait voir de prime abord une histoire d'envahisseur pacifiste plate et sans grande particularité, mais Roeg se refuse à la facilité habituelle attribuée au thème : à la place, son film se trouve construit sur une structure éclatée tout à fait novatrice, mais trop singulière pour son époque.

Bien avant "Mulholand Drive", "Memento" et tant d'autres films actuels, Roeg annonce déjà les histoires chamboulées à la narration explosée, pour mieux renforcer l'aspect insaisissable et complexe de son œuvre. Une scène d'amour est suivie par une scène de dispute pourtant lointaine, puis on revient encore dans le passé, etc.… Le film n'est cependant pas non plus incompréhensible : il donne juste l'occasion au spectateur de recoller les morceaux de l'histoire au fur et à mesure.



Bien avant les rôles de major homo, de vampire ou de roi des Gobelin qu'on lui donna par la suite, David Bowie atteignait déjà la perfection dans le rôle du vulnérable Newton, créature extraterrestre perdue sur une planète corruptrice et agitée : la nôtre ! Apprenant le système de la vie humaine par le biais de la télé, il verra cependant son parcours saboté maintes fois, et ceci depuis la rencontre avec l'alcoolique Mary Lou incarnée par la mignonne Candy Clark. Candy Clark, qui forme d'ailleurs un couple magnifique en compagnie de David Bowie : ou comment la femme enfant rencontre l'androgyne…

Blanc comme un linge, droit, poli, silencieux, et pourtant blessé et fragile, Newton prend malheureusement goût à l'alcool et à la télé, lui grignotant un peu plus son esprit. Roeg filme une relation instable mais passionnante entre l'Alien et la jeune femme, et ne joue là encore ni la carte de la naïveté, ni la relecture du thème de l'amour fou : l'amour se montre ambiguë, incertain, orageux, doux (d'ailleurs Mary Lou ressemble étrangement à la femme de Newton, manière pour lui de s'en rappeler peut-être, mais il nie pourtant cette ressemblance lorsque sa compagne terrestre lui posera la question) mais pendant ce temps, la famille de Newton agonise jour après jour.
Cette destinée déchirante et émouvante donne encore plus d'éclat et de magie à cette fable science fictionnelle.



Que l'on soit happé par le film ou ennuyé à un point incommensurable, à vous de choisir, Roeg signe définitivement un film "à part". Maîtrisant le montage comme jamais, il trouble et perd son spectateur par une dislocation surprenante de certaines scènes comme cette chute mortelle enchaînant sur un saut dans une piscine, ou cette scène d'amour entrecoupée d'autres moments tendres que passent Mary Lou et Newton (réminiscence de la scène d'amour très hot de "ne vous retournez pas" qui était montée en parallèle avec une scène montrant les deux époux en train de se rhabiller). Outre certaines bizarreries qu échapperont à certains (les agents aux casques motos discos, les fantômes du passé qu'aperçoit Newton en pleine campagne…) l'utilisation précise de la musique est aussi un choix hors normes pour l'époque, avec une multitude de thèmes souvent très différents, mais très souvent superbes (le "Try to remember" sur fond de flashback verdoyant ou la musique lancinante de la première scène d'amour sont beaux à pleurer).

Dégageant une beauté plastique souvent remarquable (la planète de Newton, la maison japonaise au bord du lac, la gigantesque vallée, la machine multi écran…), "L'homme qui venait d'ailleurs" se révèle aussi comme une œuvre à l'érotisme très présent, exploitant au mieux le physique particulier et fascinant de David Bowie. On passe de scènes souvent agressives et crues (les ébats de Bryce, soi-disant acolyte de Newton), à d'autres plus sensuelles (la première scène d'amour, la piscine) et certaines carrément bizarres et inquiétantes. A ce titre, la révélation de la vraie forme extraterrestre de Newton s'illustre par une séquence sombre et dérangeante (Mary Lou s'urine dessus dans un élan de terreur, Newton se concentre sur ses ébats aliens très gluants) et la dernière rencontre des deux amants par une scène de sexe très pop (où les expressions "tirer son coup" et faire "Bang bang" prennent vraiment tout leur sens !!) où les deux acteurs ne cachent strictement rien de leur anatomie !! D'où censure justement…

Drame fantastique déstabilisant et poignant, expérimental et génial, "L'homme qui venait d'ailleurs" est bel et bien LE chef-d'œuvre de Nicolas Roeg, à la gloire du grand Bowie. Inimitable.








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