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Harry Washello, jeune joueur de trompette, rencontre la femme de sa vie dans le musée où il se rend quotidiennement : la frêle et célibataire Julie. Il lui fixe un rendez-vous et retourne chez lui pour faire un somme. Pas de chance, un pigeon ramasse une cigarette encore fumante et met le feu accidentellement au système électrique de l'immeuble. Harry se retrouve péniblement en retard et se rend au point de rendez-vous prévu : un petit snack. Le téléphone sonne dans une cabine téléphonique jouxtant le bar, Harry répond : un soldat affolé lui annonce la destruction totale de Los Angeles dans 50 minutes…



Si les films de fin du monde sont nombreux, peu s'attardent sur "l'avant" de la destruction. "L'après", et on le sait bien, est sujet à des films où des virus, des zombies, des robots ou des affrontements entre êtres humains s'illustrent en masse sur grand écran.
Malheureusement trop peu connu, "Appel d'urgence" annonce déjà quelque part l'ambiance fin du monde post-Los Angeles de "Terminator 2 le jugement dernier" et réussit la gageure de ne s'afficher ni comme un film d'action, ni comme un blockbuster boursouflé aux dollars.



Avant d'endosser la blouse du Dr Green dans "Urgences", Anthony Edwards a traversé discrètement "Appel d'Urgence" et plus tard "Simetierre 2", en se trimbalant continuellement ce petit air de jeune homme coincé et simpliste, ce qui lui donne l'occasion d'opter pour des rôles malheureusement sans grande envergure.

Grand connaisseur de l'histoire sur l'évolution de l'espèce humaine et musicien à ses heures, Harry décrochera malencontreusement le téléphone du bar où il vient de rater un rendez-vous : on lui annonce la fin du monde d'ici 50 minutes (par la suite la durée s'étendra inexplicablement à 75 minutes) ; plus précisément c'est un pauvre soldat s'étant méchamment gouré de numéro et qui ne tardera à se faire descendre sous l'oreille ébahie de Harry, qui annonce cet ultimatum. Croyant à une blague, il apprend par une femme d'affaire posée dans le snack (Denise Crosby, la mère endeuillée de "Simetierre") que l'arrivée de ces missiles nucléaires est imminente. L'horreur gagne d'abord les clients du bar où il se trouve, fuyant directement à l'aéroport pour éviter tout problème. Harry est cependant déterminé, il veut retrouver à n'importe quel prix sa douce et tendre Julie, qu'il vient de rencontrer le jour même, à présent assommée par quelques somnifères dans son appartement de Miracle Mile.
Les rues sont vides et encore endormies, personne n'est au courant, mais pas pour longtemps…



Steve De Jarnatt (anciennement réalisateur du fort médiocre "Cherry 2000") maîtrise à merveille son crescendo vers le chaos absolu, à la manière d'un certain Carpenter : l'ambiance est de prime abord proche d'une banale mais adorable comédie dramatique, puis se montre bien plus stressante après le fameux appel déclencheur ; par la suite, les événements les plus incongrus se succèdent dans les rues désertes de L.A jusqu'à une issue incertaine.

Harry n'a aucune envie de devenir un quelconque héros, de sauver la population de L.A ou de stopper les missiles : il veut la femme de ses rêves, qu'il a rencontré il y a seulement quelques heures, et se casser au plus vite de cette ville condamnée. De l'égoïsme certes, mais qu'importe puisque "Appel d'urgence" nous offre un angle nouveau sur la fin du monde. Et puis qui n'aurait pas fait ça dans de pareilles circonstances ?
Le spectateur doutera bien évidemment de cet appel jusqu'à la véritable réponse, qui se situe beaucoup plus tôt dans le récit qu'on ne le croit.



"Appel d'urgence" fait partie de ce genre de film qui vous projette littéralement dans l'histoire qu'il conte avec passion, à la manière du mythique "Zombie". Le suspense de De Jarnatt jongle constamment avec les nerfs, les tripes et le cœur du spectateur qui n'attendra qu'une chose: que les deux héros puissent enfin décoller de cet enfer au plus vite.

De Jarnatt s'amuse avec des personnages insolites et singuliers, jamais méchants, qu'il éparpille dans son film : des grands-parents séparés mais qui s'aiment encore et toujours, deux routiers gras et dragueurs, une fausse hôtesse bien cruche, un travesti je-m'en-foutiste, un culturiste gay (incarné par cette grosse gueule de Brian Thompson !!)…
Par sa dernière scène terrible mais poétique, par sa magnifique introduction sur fond d'évolution humaine et de rencontre amoureuse rythmée par le score sublime des Tangerine Dream, par son angoisse et son efficacité, par son intelligence, "Appel d'urgence" ne ressemble au final à aucun autre film et éblouit par sa magie, une magie qui n'est peut-être pas présente à chaque instant, mais qui semble bien là, nichée dans cette histoire d'amour sur fond d'apocalypse.

DVD et BR disponibles chez BLAQ OUT avec de nombreux suppléments :

• Piste musicale isolée du score de Tangerine Dream
• Entretien inédit avec Steve De Jarnatt
• Retrouvailles avec le casting du film (version longue)
• Entretien avec Anthony Edwards et Mare Winningham
• Entretien avec Paul Haslinger de Tangerine Dream)
• Scènes coupées et prises ratées
• Tournage de la scène du Diner avec storyboard
• Diamond Ending (fin alternative)
• Courts métrages : TARZANA (1978, 30 min) et EAT THE SUN (1975, 25 min)
• Bandes-annonces






Du même réalisateur :

APPEL D'URGENCE

Petite merveille

Portrait de Lionel Jacquet

5.04

Une merveille d'intelligence dans la montée de la tension. Effectivement, comme le dit si bien le rédacteur de la chronique, on dirait du Carpenter. Ce qui n'est pas le moindre des hommages.