RDV SUR FACEBOOK



CONNEXION



Votre note: -
Moyenne: 3.8
(12 votes)
New-York est en état d'alerte. Un psychopathe sévit dans la ville en éventrant ses victimes. Le policier Fred Williams, chargé de l'enquête ne tarde pas à recevoir les appels d'un mystérieux interlocuteur affublé d'une voix de canard, et qui prétend être le responsable de cette vague de crimes…



Nous sommes en 1982, et Lucio Fulci réalise cette année là son 41e film. Pour beaucoup de cinéphiles amoureux du Maître, "L'Eventreur de New-York" est considéré comme étant son ultime réussite cinématographique. Slasher, thriller, giallo ? A première vue, le film pourrait sembler hésiter sur le genre alloué mais il n'en est rien. Si l'on veut à tout prix être respectueux des codes, alors il s'agit bien d'un giallo, genre que Fulci avait déjà abordé avec "L'emmurée vivante" quelques années auparavant. Et le moins que l'on puisse dire est qu'il s'agit d'un genre qui lui réussit plutôt bien. On en viendrait à regretter que Fulci n'ait pas persévéré davantage dans cet exercice.
Seulement voilà : Fulci est le pape du gore, et le naturel reprend le dessus. Fidèle à lui-même, "Lo Squartatore di New-York" est dénué d'humour et privilégie les scènes chocs. Œuvre sanglante et urbaine, l'histoire s'ouvre sur le pont de New-York que Fulci avait déjà filmé comme un symbole apocalyptique pour parachever "l'enfer des zombies".
Ici, il s'agit d'un passage, d'une invitation à embarquer dans la Big Apple, terrain de jeu d'un maniaque affublé d'une voix de canard et éventreur de jolies dames. La ville de New-York nous est présentée comme vénéneuse, glauque, violente et déviante.

Une déviance qui balaie l'ensemble du métrage, à commencer par tous ses protagonistes. Afin de ne laisser aucune possibilité au spectateur de s'attacher, voire s'identifier à un personnage, Fulci choisit de mettre l'accent sur la psychologie de chaque participant : un flic plutôt laxiste et fréquentant Kitty, une prostituée (Daniela Doria : "la maison près du cimetière", "frayeurs", "The black cat"), l'épouse nymphomane d'un médecin (Alexandra Delli Colli : "la terreur des zombies"), un psychologue friand de "littérature" homosexuelle (Paolo Malco, le père de "la maison près du cimetière"). Une occasion supplémentaire donc de voir que Fulci était fidèle à ses acteurs.
La table est donc mise, ne reste plus qu'au réalisateur de nous mettre en appétit. Le menu se fera alléchant et tiendra toutes ses promesses. Au menu, tous les entremets propres au giallo, à commencer par un égorgement en bonne et due forme suivi bien plus tard par des coups de couteaux bien sentis. Entre les deux, Fulci ne peut s'empêcher de revenir à ses premières amours, à savoir le gore, le poisseux, l'ultra violence en somme : éventration, coups de rasoir… le tout mâtiné d'un esthétisme jusque là discret chez Fulci, témoin une lame de rasoir déchirant le téton d'un sein, ou scarifiant un globe oculaire.

Le cinéaste, comme chacun le sait n'a jamais eu la reconnaissance d'un Dario Argento ou plus en amont d'un Mario Bava, vêtus tous deux d'éloges faits à leur égard sur le sens inné de la couleur et plus précisément de leur photographie. Pourtant Fulci saura se souvenir de cette palette qu'il distillera à travers une scène choc au cours de laquelle le bas-ventre d'une jeune femme subira les assauts de notre psychopathe. Une scène particulièrement difficile à tourner dixit le chef-opérateur, due en partie aux reflets d'un néon rouge, extérieur au tournage. Et pourtant Fulci saura s'en servir à son avantage, incluant les flashs rougeoyants de cet imprévu, mêlé à l'ambiance verdoyante de la scène : sauvage et esthétique.
Il s'amuse également à nous mener là où il veut, et surtout quand il le veut, alternant les scènes simplement dialoguées et celles purement saignantes, pour nous immerger dans un flots de détails déstabilisants : forcément on hésite, on croit tenir le tueur, et finalement notre erreur apparaît, évidente, et ce bien des fois. Rusé, Lucio introduit un personnage à part entière, un "latin lover" d'apparat, adepte de bondage et autres perversions sensorielles et tactiles. L'homme est amputé de deux doigts : mais qui est-il ?
Les appels du meurtrier, avec cette voix si particulière ont-ils un sens ? Certains verront dans ce choix vocal une occasion de rire, et pourtant ce détail trouvera son explication à la toute fin du métrage : pas grotesque pour un sou. Tout comme le scénario, de bonne facture, malgré des dialogues parfois à la limite du supportable. Un reproche récurrent chez Fulci, qu'on lui pardonnera une fois de plus. Il est un montreur d'images, point. Et il le démontre une fois de plus par une mise en scène efficace, utilisant les zooms et des plans fixes de toute beauté.
"L'éventreur de New-York" respire le sang et le sexe. Ce qui lui vaudra entre autres une interdiction totale en Angleterre où l'oeuvre sera jugée pornographique, et choquante pour le pays qui venait de subir à l'époque les méfaits d'un psychopathe national. L'occasion de découvrir aussi que le cinéaste filme aussi bien la mise à mort que l'érotisme. On retrouve ainsi Zora Kerova ("cannibal ferox" et "anthropophagous" entre autres) en "performeuse" dans un peep-show, scène magnifiée par des éclairages or et nuit : un bijou dans un écrin en quelque sorte. Une autre séquence mettant en scène l'épouse nymphomane aux prises avec le "latin lover" est un véritable morceau de choix. Au delà de la plastique irréprochable d'Alexandra Delli Colli, Fulci filme d'une façon telle, que la séquence devient tour à tour sensuelle, sexuelle, charnelle, et ce malgré la réalité éprouvante du propos qui défile à ce moment précis. Une manière pour Fulci, donc, de prouver que son regard sur le sexe n'était pas si malsain que l'époque pût le dire.

En effet, le film en plus d'être taxé de pornographique, fût également la cible des ligues féministes et de certaines critiques qui virent à travers celui-ci un message prônant et la misogynie, et l'avilissement de la femme.
Heureusement les années feront le reste, et aujourd'hui, "L'éventreur de New-York" restera comme un film précieux dans la filmographie du Maître.
Déviant, sadique, cruel et pervers, tels sont les caractères de ce film que Fulci nous propose, pour nous amener, nous, simples spectateurs, à ce sentiment fort singulier qui nous émeut tant : l'excitation.

A noter que Lucio Fulci fait une petite apparition (comme dans bon nombre de ses films) en Chef de Police.






LUMIèRE SUR