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Réalisation
Benjamin Christensen

Scénariste
Benjamin Christensen

Date de sortie
1921

Genre
sorcellerie

Tagline


Cast
John Andersen
Benjamin Christensen
Aage Hertel
Astrid Holm
Gerda Madsen


Pays
pays

Production


Musique
Launy Grøndahl

Effets spéciaux



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Moyenne: 5
(7 votes)
De la nuit des temps jusqu'aux années 20 (l'actualité donc pour l'époque du film), "Haxan" survole le monde de la sorcellerie, entre sabbats, tortures, pratiques magiques, possession… Après "Le cabinet du docteur Caligari", le cinéma fantastique germanique prendra un chemin bien connu des cinéphiles, en grande partie consacré au fameux "Nosferatu" et à "Faust", tous deux de Murnau. Classique du septième art lui aussi, "Haxan" défie le cinéma de l'époque et se tient comme une œuvre unique.



Débutant comme chanteur d'opéra (sic!), Benjamin Christensen abandonne la musique pour le cinéma, avec "Haxan" et quelques autres œuvres fortement gothiques, à présent un peu oubliées.
Avant "Le chien andalou", "Haxan" fut déjà sujet à une contreverse importante, dûe évidemment à son coté anti-clérical et ses images chocs.



Le film existe en deux versions: une de 1921 avec teintes de couleurs d'origines et non censurée, et une seconde datant des années 60 quelque peu raccourcie et dont le narrateur n'est autre que l'écrivain William S. Burroughs. Les bandes sonores sont différentes pour les deux versions (on penche vers le jazz dans la seconde), ainsi que suivant souvent ses projections (la bande sonore accompagnant le film en juin au Forum des Images est celle dont je parlerai ici).

Sept parties forment le film, la première étant surtout proche du documentaire. Car à sa base, "Haxan" est un film documentaire consacré à la sorcellerie. Le premier segment ne montre presque aucune scène filmée, et s'appuie sur des gravures (décortiquées ainsi par le réalisateur), sur les représentations du diable et de l'enfer (utilisation minime de l'animation), sur des maquettes même. Une entrée en matière qui peut ennuyer certains mais qui nous plonge directement dans l'univers de la magie et des sorcières.



Christensen nous téléporte dans le quotidien des sorcières, préparant philtres et autres potions, rapidement rattrapées par les terribles membres de l'inquisition. Christensen incarne lui-même Satan (!!), apparaissant plusieurs fois dans le récit sous la forme d'un satyre à la langue bien fourchue. Un diable réussi, lubrique, cocasse, bizarre, digne des représentations du Moyen Age. D'ailleurs les effets spéciaux de l'époque sont d'une grande habilité, entre maquillages originaux (démons et autres satyres de l'enfer) et effets visuels ambitieux (démons animés image par image, pièces absorbées par une force étrange, décors majestueux, ballet de sorcières volant au-dessus de la ville endormie…).

Christensen passe et repasse dans les moindres recoins de l'univers de la sorcellerie (absence de chats noirs cependant), et remonte jusqu'à notre époque (à présent le siècle dernier pour nous) en comparant certains cas de femmes accusées de sorcellerie avec des jeunes femmes atteintes plus ou moins d'hystérie, poussées dans des asiles psychiatriques par des médecins bien expéditifs. Même le somnambulisme ou certaines manies fâcheuses (le vol) sont comparés avec des possessions. Ce point de vue singulier permet de découvrir que la psychanalyse était encore à son commencement, les clefs de l'inconscient étant apparemment encore non explorées. D'où l'utilisation de méthodes peu orthodoxes comparées brièvement à celle de l'inquisition, accusant diverses victimes pour des raisons fort déconcertantes.



Christensen signe là un film hors normes, bâtissant sa force par des scènes incroyables, hallucinantes, choquantes, quasi immontrables pour l'époque: sorcières embrassant le cul du diable, bébés cuits au chaudron, jeune femme s'offrant nue à un démon, nonnes déglinguées, hommes d'église sadiques orchestrant chantages et interrogatoires terrifiants, bonne sœur s'enroulant une ceinture cloutée autour de la taille, vieilles dames pissant dans un seau pour ensuite balancer le liquide sur une porte, sabbat aux allures d'orgies…

Christensen va jusqu'à présenter les instruments de tortures de l'époque, provoquant l'effroi le plus total. Une actrice du film ira jusqu'à tester en live "l'écrase doigt"! Christensen nous transporte clairement dans un autre monde par le biais des deux séquences dites imagées: la sorcière découvrant le château merveilleux et inquiétant du diable lui-même ou ce sabbat infernal, long et surréaliste. En prenant Bosch parmi ses inspirations, Christensen signe par ce sabbat une séquence démente et fantasmagorique, rythmée par une musique splendide, et multiplie les images les plus belles et les plus marquantes de son époque.
Christensen inquiète aussi lorsqu'il montre l'une de ses actrices avouer qu'elle a vraiment rencontré le diable ou quand il expose quelques vieilles physiquement bien abîmées.
Ouvrant la voie aux sous-genres dédiés aux sorcières et autres horreurs commises par l'inquisition, "Haxan" n'a absolument rien perdu de sa superbe, et se révèle encore et toujours comme l'un des plus beaux films fantastiques chocs des années 20.








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