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Au début du siècle, dans une ville imaginaire, le jeune rêveur Victor est forcé au mariage par ses parents. Sa fiancée, Victoria, se trouve elle aussi quelque peu réticente par rapport à cette union, contrainte là encore par des parents antipathiques et ruinés. Après une répétition de mariage gâchée, Victor s'enfuit de la ville et se promène dans la grande forêt de la région. En "s'entraînant" pour la cérémonie, il passe accidentellement la bague au doigt d'une morte vivante. Celle-ci est bien décidée à garder son nouveau compagnon et l'entraîne dans le monde des morts…



Après le très plaisant (et très gourmand) "Charlie et la chocolaterie", Tim Burton enchaîne directement avec son premier véritable long-métrage d'animation (quoiqu'on frôle le moyen-métrage), suivant les pentes sombres et tortueuses de "Sleepy Hollow" et de "L'étrange Noël de Monsieur Jack".

Car ce dernier n'est pas réalisé par Burton (de même pour "James et la pêche géante"), même si son poste de producteur piétine énormément sur celui du réalisateur Henry Selick. Cependant depuis le remake (parfaitement inutile) de "La planète des singes", on a beaucoup de mal à retrouver le véritable Burton d'antan, et même si ses récents films ne sont pas à proprement parler mauvais.



Entre le très bancal "La planète des singes" et le très gentillet "Big Fish" (où Burton semble carrément remodeler son univers de manière assez déplaisante), on avait peur pour l'avenir du réalisateur, peur qu'il ne redevienne plus l'ancien Burton. Mais étrangement, "Charlie et la chocolaterie" ainsi que "Les noces funèbres" commencent lentement (mais sûrement) à le remettre sur le bon chemin.

"Charlie et la chocolaterie" était déjà marqué par l'interprétation d'enfer de Johnny Depp (toujours incroyable sous la caméra de Burton), "Les noces funèbres" posent cette fois l'univers esthétique qui lui est si cher, présent dès son premier court métrage "Vincent". Hors normes, inquiétant, tout à fait exceptionnel, cet univers a fait école avec le temps, reprit brillamment dans des films comme "Harry Potter et le prisonnier d'Azkaban" ou "Les désastreuses aventures des orphelins Baudelaire" et parfois de manière catastrophique dans "Le chat chapeauté" ou "Le Grinch".
Burton souhaite retrouver l'atmosphère et la force des contes russes envoûtants et horrifiques, souvent illustrés par Mario Bava ("Les trois visages de la peur" avec "Les Wurdalaks", "Opération peur" et "Le masque du démon") ou d'autres (le fameux "Viy").



Les similitudes (clins d'oeil ?) à "L'étrange Noël de Monsieur Jack" (voire à d'autres films) se révèlent parfois amusantes: présence d'un chien zombiesque (=le chien Zéro), la morte-vivante amoureuse (=Sally), forêt maigre et lugubre (=Jack se réfugie dans un bois similaire), un certain Victor retrouvant son toutou décédé depuis un bout de temps ("Frankenweennie"), de même que le monde des morts qui reprend les teintes de celui présent dans "Beetlejuice". Des teintes qui d'ailleurs renvoient à celles des films de Mario Bava ("Opération peur" surtout) avec ces ruelles borgnes et biscornues illuminées de rouge, de vert ou de bleu.

Reflet assez voyant de Tim Burton lui-même, Victor est un garçon distrait hésitant entre vivre dans le monde des morts et celui des vivants, entre se marier avec une jolie morte ou une jolie fille humaine, toutes deux amoureuses de lui. Mais quelle surprise de voir que le monde des morts est plus "vivant" que le monde des vivants!! Le monde des êtres humains voit le trait forcé (mais tellement irrésistible), avec ses bourgeois dépressifs et ses architectures grisâtres. Aucune couleur ne viendra troubler cet univers glauque si ce n'est ce papillon bleu, que Victor laisse envoler.



Pur joyaux burtonnien, le monde des morts est cependant assez limité (quelques ruelles et puis basta), surtout au niveau de sa faune s'arrêtant à des squelettes et des zombies assez tordant mais sans grande originalité (excepté les enfants squelettes ou ce bon bourgeois scindé en deux). C'est donc un peu le contraire de l'Halloweentown, parfaitement exploitée et gorgée de monstres tous plus différents les uns des autres. La fameuse mariée est superbe, renvoyant certes à Sally, mais aussi quelque part à la Anna Falchi zombifiée de "Dellamorte Dellamore". Une créature superbe malgré sa décomposition avancée (un vers de terre "PeterLordien" lui sort de l'orbite), dont l'histoire sera d'ailleurs contée en chanson.

Parlons justement chansons, puisque celles du film sont tout à fait décevantes (limite ratées), ne retrouvant jamais la richesse, la variété, le punch et l'énergie de celles de "L'étrange Noël de Monsieur Jack". Seule celle du mariage réussit à se tenir un peu. Mais il y a ce coté burtonnien (le coté sombre et mâture) ressortant très souvent par quelques bribes: les deux séquences du piano, la fureur de la mariée lorsqu'elle ramène son fiancé dans le monde des morts, son passé tragique, le sort étonnement sadique infligé au bad guy, l'apparition merveilleusement morbide de la mariée… Et bien sûr il y a les gags, efficaces, classiques mais furieusement drôles quand ils le peuvent.

Mais l'un des problème majeurs du film est peut être sa comparaison avec "L'étrange Noël de Monsieur jack" : en 1h15, le film de Burton et de Selick contenait suffisamment d'idées et de virtuosité pour acquérir son statut de chef d'œuvre, donnant même l'impression d'assister à un film bien plus long; là les idées amusent mais ne révolutionnent rien, Burton se montre un peu paresseux et semble refuser d'aller plus loin dans le concept, dans les inventions, le film parait au final trop court. Même la fin (correctement réalisée tout de même) parait trop conventionnelle et même surprenante pour un film de cette trempe, et en plus réalisé par Burton. Danny Elfman fait du bon travail, mais là encore trop "banal".
Mais ce qui fait le charme et la qualité première du film, c'est sans aucun doute la technique du Stop Motion et de l'esthétique. "Les noces funèbres" est techniquement parfait en tout point, et se montre d'une fluidité sans failles dans son animation. Les images de synthèse peuvent trembler, l'animation image par image est loin d'être morte et dépassée!
Burton retrouve petit à petit la route de son univers, et on le félicite. Ce nouveau film se voit tout simplement comme un très bon moment, non exempt de défauts, mais bien plus sain que certains films d'animation commerciaux actuels.

Retrouvez la BO du film sur notre site : http://www.horreur.com/critique-musique-50-noces-funebres-de-tim-burton-les.html






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