RDV SUR FACEBOOK



CONNEXION



Votre note: -
Moyenne: 5
(9 votes)
Sourd et muet, le jeune Ryu veille sur sa sœur malade, et travaille longuement à l'usine pour pouvoir récolter suffisamment d'argent. Un argent qui servirait ainsi à une transplantation de foie pour sa sœur. Mais Ryu, distrait, se fait arnaquer par des transplanteurs d'organes. La petite amie de Ryu lui propose de pratiquer un enlèvement tout à fait "normal": ils kidnappent la fille de son ancien patron, qui l'a malheureusement licencié, et proposent une rançon. Un marché qui tournera mal, très mal…



Après "JSA", qui traitait avec efficacité de nombreux problèmes politiques coréens, Park Chan-wook s'attelle à sa trilogie de la vengeance, où il verse dans l'ultraviolence et le drame poignant. Cependant il sera difficile de déclarer que nous faisons face à une véritable trilogie, puisque le segment "Cut" de "Three Extremes" aborde lui aussi ce fameux thème.

Et qui sait, Park sera peut-être désireux de continuer dans la voie (quoique le thème deviendrait fortement répétitif à la longue). La trilogie (ou saga) est composée de "Sympathy for Mr vengeance" que nous abordons ici, de "Old Boy" et du tout récent "Sympathy for Lady Vengeance".



Contrairement à "Old Boy", Park se montre d'emblée plus contemplatif avec son film, multiplie les lenteurs (la scène de l'usine, qui se montre cependant beaucoup trop longuette, peut facilement déconcerter) et débutera véritablement le film lorsque les problèmes s'amoncellent jusqu'à aboutir à cet enlèvement, qui ne sera d'ailleurs pas montré.

Originalité du récit, le héros est un sourd-muet fragile et renfermé dont les "paroles" sont traduites par des cartons ou des sous-titres. Et c'est par une lettre lue à la radio, que Park installe déjà une grande sensibilité dans son œuvre, une tendresse qui disparaît violemment au fil du film. On pense à une comédie dramatique ou à un drame, mais Park ira bien plus loin que cela, heureusement pour nous!



Le spectateur attendra donc impatiemment le véritable déclencheur du film, qui précipitera cette simple histoire de kidnapping en descente aux enfers. Park parsème déjà ses pistes de séquences malsaines, bizarres (la trafiquante d'organe se faisant des fixes sur un bras déjà salement marqué, Ryu abandonné nu en pleine ville, la crise alarmante d'un ouvrier licencié…). Park dresse un panel de personnages qui n'annoncent au fond rien de bon, et qui, on le devinera bien, souffriront d'une manière ou d'une autre. Par un acte qu'il juge correct, le pauvre Ryu tiendra gentiment en otage la fille de son terrible patron, incarné par Song Kang-Ho (vu dans "Memories of Murder"), et devra porter rapidement sa mort accidentelle sur le dos. Une simple noyade, dans cet étrange lac littéralement hors du temps, où se joueront de nombreuses scènes capitales du film.

Un décor quasi fantastique, où plane systématiquement l'ombre de la mort, gardé par un débile mental qui arrive là où on l'attend le moins. Par la mort de sa fillette, le patron de Ryu, nommé Mr Park, se remettra en question de manière édifiante: sous son air d'homme accablé, il ne se rend toujours pas compte de son attitude rustre et de son sadisme, parfois déconcertant ("je suis pourtant un homme honnête", dit-il) comme en témoigne cette scène où il chasse l'un de ses employés en train de s'automutiler sur la route. Un semi Scrooge, pour lequel on aura "presque" de la sympathie (d'où le titre justement).



Tout le monde aura sa vengeance et on ne saura à quel personnage s'accrocher. Difficile de trouver une véritable notion du bien et du mal totalement concrète ici. Ces vengeances-là donneront des effusions de violence fort douloureuses, très répandues dans la fameuse trilogie. Bien avant la brosse à dents et le marteau de "Old Boy", Park transforme déjà une batte de métal et un tournevis en armes mortelles pour une scène de carnage glauque et gore, tout à fait inattendue et brutale. L'humour grinçant et noir est encore un outil fort bien manié par Park, comme en témoigne ce travelling latéral passant d'un appartement à celui de Ryu, dévoilant une affreuse réalité, ou encore ces deux scènes d'autopsie hors-champ fort dégoûtantes où le patron de Ryu n'offre pas exactement la même réaction qu'on espérait en passant de l'une à l'autre.

Park est peut être lent, mais il a le temps de soigner ses cadres (magnifique rivière de sang), le jeu de ses acteurs, l'émotion qu'il propage: il nous fait prendre pied dans un monde gris et violent, puéril, où chacun cherche désespérément sa vengeance. Parmi les similitudes à "Old Boy", on retrouve toujours une petite scène de sexe assez crue et cette étrange allusion aux fourmis, mais sans scènes oniriques cependant. D'ailleurs, l'unique scène onirique du film semble véhiculer un petit clin d'œil aux Kwaidan modernes, et surtout à "Dark Water": une retrouvaille père/fille d'outre-tombe très humide, laissant planer un doute inquiétant.
Prodigieux, douloureux, provoquant, "Sympathy for Mr Vengeance" révèle encore un grand maître du cinéma asiatique extrême.

Interdit aux moins de 16 ans






LUMIèRE SUR