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1327, dans une abbaye du nord de l'Italie, un moine est retrouvé assassiné. Guillaume de Baskerville, un moine érudit et sage, est appelé pour élucider ce meurtre. Il est accompagné par son disciple Adso, jeune et inexpérimenté, et se fraye un chemin parmi des hommes d'église particulièrement patibulaires. De lourds secrets semblent se tapir dans la bibliothèque, constamment surveillée, mais un nouveau cadavre est découvert dans un baquet de sang…



Première grosse production de Jean Jacques Annaud, "La guerre du feu" illustrait comme jamais auparavant l'ère préhistorique, avec sauvagerie, réalisme, violence et de plus sans aucun tabou. Cinq ans plus tard, Annaud se lance dans l'adaptation du lourd et grand pavé de Umberto Eco : "Le nom de la rose".

Encore un de ces chefs d'œuvres littéraires jugés comme inadaptable, déroulant une subtile enquête policière dans un Moyen-âge crapoteux et tortueux. Passionnant certes, parfois surprenant dans sa construction (de longues pages en latin non traduites!!!) mais bel et bien suffisamment complexe pour être adapté avec des pincettes. Confié la réalisation à un tâcheron en serait suicidaire, et se sera le grand Annaud qui déploiera (à nouveau) un budget faramineux et un talent à toute épreuve.



A peine le spectateur aura la vision de la très fameuse abbaye qui plante définitivement le décor, qu'Annaud installe déjà une atmosphère noire et quasi-fantastique, propice à la boue, à la neige sale, au cimetière et à cet édifice décoloré et parfaitement structuré, s'étirant longuement dans un paysage désolé. Ce n'est pas pour rien si Enki Bilal était présent au département artistique.

Sobre, malin, fort poli, Sean Connery possède ce coté Sherlock Holmes tout à fait croustillant, d'une perspicacité toute aussi phénoménale. Un personnage qui aurait été bien propret si son passé d'inquisiteur ne le tourmentait pas. Un passé douloureux et un savoir inépuisable qu'il transmet petit à petit au jeune Adso (Slater trouve un rôle parfaitement à sa portée et pourra se faire brillamment remarquer), qui ne pourra pas garder sa virginité très longtemps avec cette jolie fille rodant dans les alentours, et dont il est désespérement amoureux. Un amour qui le marquera toute sa vie car bien sûr il ne saura jamais "le nom de la rose".



Thriller glauque plus proche d'un "Seven" moyen-âgeux et religieux, que d'une banale histoire de meurtre à la Miss Marple, "Le nom de la rose" dévoile lentement un catalogue de gueules époustouflantes et difformes, qui donnera tout simplement l'impression que les paysans issus des toiles de Bosch prenaient littéralement vie: obèse albinos, aveugle squelettique, homosexuel, visage biscornu, bossu pathétique, barbu suspicieux…

Si la violence générale s'arrête à un cochon éviscéré et un bel empalement (ainsi que quelques flash-backs sur certaines morts et leurs explications), Annaud laisse planer une ombre fantasmagorique sur son film, et l'alimente de superbes décors et d'images flirtant avec bonheur avec le genre que nous affectionnons tant: bûcher, tortures, labyrinthe pourrissant, cadavre livide flottant dans une baignoire, autopsie, mur tapissé de figures de pierres monstrueuses (jetez un œil insistant à la scène, certaines bougent!!)…
Et tout cet univers tendant vers le fantastique sera parfaitement résumée dans la splendide affiche signée Philippe Druillet.



Malgré sa mention (assez incompréhensible) "tout public", Annaud ne s'arrête pas à la beauté plastique morbide et aux personnages déroutants: sans musique, ni effets de styles, il filme une scène d'amour ne cachant pratiquement rien entre les deux plus jeunes acteurs du film: Valentina Vargas et Christian Slater. Souillon muette et sensuelle, Valentina campe avec conviction son rôle le plus connu, et intimidera d'ailleurs beaucoup le jeune Slater lors du tournage du film!

D'ailleurs, toujours au rayon acteurs, on remarque un Ron Perlman fabuleux en Salvatore, tartiné une fois de plus d'un excellent maquillage le métamorphosant instantanément en Quasimodo attardé, communiquant avec toutes les langues existantes à la fois! Et puis impossible de louper le grand méchant incarné par F. Murray Abraham, inquisiteur sadique de haut vol, renvoyant au fameux Frodo du livre de Hugo, par son look et ses cruelles manières. Les amateurs de morts violentes ne manqueront d'ailleurs pas son funeste (et puis tellement jouissif!) destin.

Long mais passionnant, "Le nom de la rose" n'a rien d'un grand film rythmé et quelques séquences paraîtront peut être longuettes aux non habitués.
Si elle se montre plus ou moins discrète dans le film, la musique de James Horner trouvera son apogée dans l'émouvante scène finale, qu'on ne cessera de voir les yeux embués de larmes (en tout cas si vous restez sensibles au choix de Adso). Jean Jacques Annaud signe son œuvre la plus parfaite à ce jour, la plus riche et la plus captivante. Inoubliable.

César du meilleur film étranger






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