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Nous sommes aux alentours de 2070 à Libria, nation futuriste, où tout ce qui touche aux émotions (elles-mêmes et leurs déclencheurs) est proprement interdit. Par l'absorption quotidienne de Prozium, un narcotique anti-anxiété très puissant, les individus sont tous inhibés, dénués de tout sentiment et donc beaucoup plus productifs pour le bien de la communauté. Tous ceux qui ne prennent pas leur dose habituelle vivent en marge de la société ou sont traqués par des policiers d'élite travaillant sous les ordres du dirigeant suprême et mentor spirituel diffusant la bonne parole, le susnommé "Père". Un beau jour, John Preston, le meilleur de ces agents d'exception adeptes du Gun Kata, ne peut malencontreusement prendre sa dose et découvre alors toute une palette d'émotions qu'il avait jusqu'alors réfrénées. Ainsi, s'ouvrent à lui de nouveaux horizons entrant en totale contradiction avec toute son éducation et les valeurs morales véhiculées par l'Etat dans lequel il évolue. Commence alors pour lui une (en)quête spirituelle sur cette nouvelle condition de vie, ce qui ne va cependant pas sans heurts avec les conceptions de ses supérieurs hiérarchiques...



Revendiquant ouvertement l'influence des Huxley (pour "Le meilleur des mondes"), Orwell (pour "1984") et Bradbury (pour "Fahrenheit 451"), Kurt Wimmer qui revêt pour l'occasion la double casquette réalisateur/scénariste reconnaît cependant que son œuvre diffère par sa visée. Ici c'est d'un homme se découvrant une humanité dont il s'agit et non du combat d'individus en quête de celle-ci. Quoi qu'il en soit et vous l'aurez aisément compris, le réalisateur emprunte ça et là toutes sortes d'éléments pour faire de son film une perle rare sur "l'éducation émotionnelle d'un homme" (dixit Wimmer lui-même). On peut ainsi évoquer comme influences, deux métrages tirés des romans éponymes précités ("1984" et "Fahrenheit 451") pour la froideur d'une société futuriste où toute émotion est prohibée et où toute forme d'art se trouve bannie, "Bienvenue à Gattaca" pour le côté "film de science-fiction esthétique" avec une ambiance feutrée où tout semble lisse en apparence, et enfin "Underworld" et "Matrix" pour la touche gothique et les tenues en cuir noir près du corps. D'ailleurs on peut faire un parallèle entre le film des frères Wachowski et celui de Wimmer, ayant en commun certains thèmes. On pense tout d'abord à l'allusion au christianisme. Si dans "Matrix" la finalité du héros est de devenir le messie, autrement dit le fils de Dieu le Père, devant guider les "brebis égarées", celle de John Preston dans Equilibrium est de tuer le Père, pour pouvoir libérer les hommes de son joug. De même, on peut aussi invoquer la déshumanisation des individus dans ces deux univers futuristes comme élément commun. Dans "Matrix" l'homme perd le contrôle de ce qu'il a crée, à savoir les machines et devient peu à peu comme elles, c'est-à-dire dénué de sentiment, alors que dans Equilibrium, l'homme veut tout contrôler en supprimant toute sensation et devient par là même robotisé. D'un côté ce sont les machines qui déshumanisent les hommes ayant perdu leur mainmise sur elles, de l'autre ce sont les hommes eux-mêmes qui perdent leur humanité à force de tout vouloir contrôler par de puissants narcotiques dans le but d'être plus productifs. Quel est finalement l'univers le plus enviable?



On pourrait également voir de grandes similitudes entre "1984" et l'œuvre de Wimmer puisque l'on retrouve dans les deux ouvrages un être omniprésent proférant ses sermons par l'entremise d'écrans télé (Big Brother / Père) ainsi que le patronyme "O'Brien" porté par un des principaux protagonistes dans chacun des deux films, coïncidence accidentelle?

Kurt Wimmer s'appuie également sur la toile de fond de "Fahrenheit 451", lui aussi adapté au grand écran et réalisé par François Truffaut en 1966. L'histoire est quasi-similaire: dans un pays indéfini à une époque indéterminée où la lecture est interdite car elle empêcherait les gens d'être heureux, un pompier zélé dont l'unique mission est de brûler tous les livres et de traquer les gens en possédant, est initié petit à petit à la lecture par une institutrice. Cela aura pour conséquence de le faire douter du bien-fondé de sa mission. C'est pratiquement le même canevas dont il s'agit sauf que dans Equilibrium notre héros n'est pas pompier, mais un super agent mandaté par l'Etat en place, chargé d'arrêter tous les rebelles et de détruire tout ce qui est relatif à l'art. Le message est identique: dans une société fasciste où toute sorte d'émotion est strictement condamnée, des hommes au service de l'Etat ayant toujours cru au système, s'ouvrent aux émotions à la suite d'un élément fortuit et acceptent de remettre en cause toute leur vie et leurs croyances.
En l'occurrence,cette totale remise en question ne se fera d'ailleurs pas sans effusions de sang et le scénario n'hésite pas ainsi à sacrifier certains personnages, ce qui avouons-le sort un peu des sentiers battus hollywoodiens. On pourra apprécier alors avec délectation l'aspect bourrin du héros, policier d'élite chargé de la destruction des œuvres d'art et de l'extermination de la résistance. Celui-ci, n'hésitera aucunement à abattre tous les adversaires se mettant en travers de sa route et l'empêchant d'accomplir son destin. Ce haut fonctionnaire du gouvernement de Libria est formidablement campé par un Christian Bale ("L'empire du soleil", "American psycho", "Le règne du feu", le remake de "Shaft" ou encore "The machinist") tout en retenue. Cet acteur atypique et totalement investi dans ses personnages a dû subir pour le coup un entraînement physique intensif à base de cours d'arts martiaux divers et de maniement de pistolets. Les seconds rôles tels que Sean Bean (Boromir dans la Trilogie de l'anneau) ou encore Emily Watson (vue notamment dans "Breaking the waves") apportent également leur pierre à l'édifice en donnant beaucoup d'eux-mêmes pour rendre le film vraisemblable et captivant.



On peut ajouter au crédit de ce métrage de SF, les jeux d'ombres et de lumières donnant à la pellicule un aspect splendide sur certains plans, un décor sensationnel rendant compte magistralement de la froideur des sociétés fascistes. A ce sujet, le film a été tourné à Berlin, ville mêlant l'ultramoderne à l'austère, totalement en accord avec l'idée qu'on peut se faire de l'architecture sous l'ère hitlérienne. Enfin, le score, sans avoir été composé par des fers de lance de la musique de longs métrages, est très bien senti: alliant puissance et intimisme, il insuffle au film l'énergie et la grâce nécessaire pour en faire un bon petit bijou des vidéoclubs.

Mais la grande innovation d'Equilibrium, c'est l'art martial exercé par la milice de l'Etat pour lutter contre les déviants: le Gun Kata, en français le Kata du tir. Ce dernier permet, après analyse de milliers de combats à l'arme à feu et pour celui qui l'utilise, d'anticiper géométriquement toutes les trajectoires des coups de ses adversaires tout en les neutralisant à l'aide de deux pistolets, et ce dans n'importe quel type de combat. Et on peut dire qu'à l'écran, ça cartonne! Très énergiques et parfaitement chorégraphiées, les scènes d'action apportent un grand plus au film qui ne manque pourtant pas d'attraits.



Ainsi, même si le film de Wimmer emprunte beaucoup ailleurs, il le fait intelligemment tout en sortant son épingle du jeu et sans être une pâle copie de "Matrix". L'interprétation et les combats époustouflants forcent le respect, ce qui devrait convaincre les derniers hésitants de découvrir ce petit joyau !








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