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C'est Noël à Gotham City, et une organisation secrète sème la terreur et la discorde dans la ville. Celle-ci est dirigée par le Pingouin, être monstrueux vivant reclus dans les égouts, s'alliant avec l'ambitieux et dangereux Max Shreck pour conquérir la cité et se débarrasser de Batman. Batman, qui se retrouve d'ailleurs bien ennuyé face à une imprévisible ennemie : Catwoman, curieuse créature de la nuit comptant bien faire payer ce que lui a fait subir Max Shreck. Il va avoir du pain sur la planche…



Avec "Batman" premier du nom, Burton préfère délaisser le matériau d'origine et d'avantage imposer SA vision, son style, ses personnages et son univers. Simple et tourmenté, son Batman se faisait rapidement dévorer par un Joker coloré et déchaîné, assassin et grimaçant. Le scénario se montre classique, de même que les scènes d'actions : tout est dans les décors, les idées, la musique, les plans souvent superbes (la Batwing s'imprimant sur la Lune), Burton offre un spectacle honnête, que certains fans de l'homme chauve-souris trouvèrent bien décevant.
Le grand Tim remet le couvert trois ans plus tard, peu après ce qui restera son plus grand film : "Edward aux mains d'argent". Mais ce qui surprend encore plus, c'est que "Batman le défi" fera lui aussi parti des plus grands films de son auteur. Une expérience qui renvoie pour beaucoup le premier film aux oubliettes.



Entre le New York des années 30 et l'expressionnisme allemand, Gotham City avait déjà été planté dans le premier film, grâce au talent de Anton Furst. Burton relooke à nouveau la ville, donne un cachet nettement plus gothique (anges de pierre, cimetière, toits biscornus…), la rend plus étouffante, la parsème de neige et amplifie par la même occasion sa beauté morbide, parfois même ses couleurs (Noël étant, on aura droit à un gigantesque arbre de Noël et quelques boutiques bien garnies de jouets ne tardant pas à brûler).

Après le pimpant et burlesque Joker, ce sont Catwoman et le Pingouin qui rejoignent instantanément la clique de méchants batmanienne. Mais pas seulement, puisqu'ils rejoignent aussi la troupe des personnages burtonniens, et plus particulièrement le Pingouin. Freak de son état, il est rejeté par des parents de la haute société (reconnaîtrez-vous Paul "Pee Wee" Reubens dans le rôle du pater?) qui tel Moïse, l'envoient sur les flots, non pas purs d'une rivière, mais ceux, verdâtres des égouts. Se constituant une famille de saltimbanques inquiétants, à base de clowns sinistres et de pantins décharnés, il se réfugie avec une poignée de pingouins dans un antre dissimilé sous un zoo abandonné.
Ce zoo au look particulièrement burtonnien (statues grisâtres, neige, grillages tordus, ombres mystérieuses, arbres morts…), renvoit à une version "dark" du jardin gourmand du récent "Charlie et la chocolaterie" et surtout à une habitude toute burtonnienne d'attacher LE personnage burtonnien à un lieu reflétant parfaitement son univers mental : les recoins les plus sombres de l'imagination dans "Vincent", le château dans "Edward aux mains d'argent", la maison farfelue dans "Pee Wee Big Adventure", le cimetière dans "L'étrange Noël de Monsieur Jack"…



Alors que Batman devient un personnage quasi-transparent (il fallait oser, Burton l'a fait!), Burton se concentre sur ses deux bad guy, avant tout monstrueux, mais aussi humains. Si le Pingouin se révèle être tout le long du film un être repoussant, sadique, sale et difforme, il se montre également comme un Freak tout simplement rejeté de la société, cherchant une certaine reconnaissance, et pourquoi pas une véritable identité.
Quand à Selina Kyle/Catwoman, elle se montre comme une version féminine de Batman et bien plus "Bad". Semant l'ambiguïté, Catwoman est le résultat de la fulgurante transformation d'un esprit inexistant et frustré, celui de la pauvre Selina Kyle: secrétaire timide malmenée par une vie glauque et sans joie, Selina se fera malheureusement défenestrer par son patron Max Shreck (costume qu'endosse Christopher Walken, très à l'aise en véritable magouilleur/manipulateur, empruntant pour son personnage le nom de l'acteur ayant incarné "Nosferatu") après avoir malencontreusement fouiné dans les affaires de celui-ci.

En quelques instants de folie furieuse, Burton ressuscite la fragile Selina pour aboutir à une douloureuse naissance. Un esprit tortueux et dérangé naît en quelques instants sous nos yeux, grâce au jeu tétanisant de Michelle Pfeiffer, qui ne retrouvera jamais un rôle aussi puissant. Séduite dans sa vie de nouvelle femme par Bruce Wayne, elle se jette dans une liaison dangereuse avec Batman, aux accents SM, lorsqu'elle redevient une implacable féline (hallucinante scène du saccage et de l'explosion du supermarché). Griffes, fouets, cuir : entre fantasme et folie, Burton croque sur pellicule une femme chat sensuelle et inoubliable, maniant un érotisme magnétique et inattendu, et n'oubliant pas au passage quelques sous-entendus bienvenus.
Mais au final, les "méchants" et les "gentils" vus par Burton dans cette suite, sont tout aussi faibles et delabrés (voire "usés") les uns que les autres.



Tim Burton esquisse la personnalité de ces trois "animaux", qui ne peuvent s'entendre car radicalement et definitivement différents (voire incompatibles) dans leur nature (vous verrez vous, un pingouin, un chat et une chauve-souris traîner ensemble?). "Batman le défi" refuse sèchement sa transformation en pur produit pop-corn: à la manière de "Edward aux mains d'argent", il fait surgir une cruauté et une violence inattendues (l'explosion d'émotion finale est à couper le souffle) et cultive une ambiguïté extrême.
Et même au-delà des trois personnages cités, Burton soigne son esthétisme jusque dans des plans affolants de beauté, fait preuve évidemment d'une inventivité visuelle sans précédent (la présentation des parapluies gadgets, le canard géant surgissant dans la salle de bal, Catwoman surgissant devant le néon "Hell here"…) et fait preuve d'une très grande habilité à manier la caméra.

Nettement plus sombre que le premier volet, que ce soit d'ordre esthétique ou scénaristique, "Batman le défi" ne s'autorise que rarement à l'utilisation de la lumière du jour (voir lumière tout court), et préfère s'afficher comme une œuvre blafarde et pessimiste. Un Batman dépassé, un Pingouin qui ne trouvera jamais sa place parmi les hommes (tout comme Edward, Pee Wee, Beetlejuice, Ed Wood…) car trop différent et une Catwoman rongée par le bien et le mal. Dans un monde eclairé entre la noirceur de l'encre et la pâleur d'un fantôme, Burton se montre plus anticonformiste que jamais avec ce chef d'œuvre certes bien loin du Batman originel, mais bel et bien au cœur de l'univers Burtonnien.