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Vivant au beau milieu de la campagne Américaine, le petit Seth s'amuse à éclater des crapauds avec l'aide de ses deux meilleurs amis : Eben et Kim. Profitant de ce jeu morbide pour terroriser une mystérieuse voisine, Seth est grondé par sa mère et doit se rendre chez la jeune femme pour lui faire des excuses. Très vite inquiété, il se rend compte rapidement de la détresse de la jeune femme, détresse qui le choque définitivement et cause sa fuite. En discutant un jour avec son père, Seth prend connaissance de l'existence des vampires. Naïf, le petit garçon est maintenant persuadé que sa voisine est une créature de la nuit!



Le choc définitif entre le monde innocent et singulier des enfants, et celui cruel des adultes, a su donner des films comme "Jeux Interdits", "La classe de neige" ou ce fameux "Enfant miroir", vite oublié malgré le soutien de la critique. Premier film de Philip Ridley, mais aussi premier volet de sa trilogie (?) inachevée sur le rêve (le cauchemar surtout) américain, rêve américain qu'il disloque de manière épatante avec ce premier essai, puis avec "Darkly Noon" en 1995.

Pour situer cette œuvre inclassable, on pourrait la lier à "Créatures Célestes" ou à "La nuit du chasseur" à qui il emprunte une Amérique sombre et fantasmagorique, où une menace plane constamment pendant la durée du métrage. Un classique du cinéma développant cette terrible confrontation entre ce duo d'enfants tout ce qu'il y a de plus classique, avec un pasteur malfaisant représentant dignement le croquemitaine.
Et c'est dans cet univers morbide, que reflète le film de Ridley, qu'on pense par la même occasion à l'inquiétant tableau "American Gothic".



Dans un décor de campagne U.S quasi désertique, Ridley fait des merveilles et crée de magnifiques contrastes via la couleur du blé, dont les champs s'étendent sur des kilomètres, qu'il a accentué dit-on avec de la peinture. Le ciel bleu dévore l'écran, l'espace est total, les maisons se font rares, de même pour les voitures. Un véritable bled paumé où surnage trois enfants sadiques (enfin pas beaucoup quand même) et enjoués s'occupant à gonfler les crapauds pour ensuite les faire éclater dans des gerbes de sang.
Alors que son frère est parti dans le Pacifique (le film se déroule dans les années 50), le petit Seth mène une vie morne et troublée par une mère hystérique et violente, ne supportant plus un mari nettement plus serein… enfin pas pour longtemps.

Une jeune veuve, fuyant les contacts humains et le soleil, intrigue le garçonnet, persuadé qu'elle est une vampire après avoir lu une bande dessinée appartenant à son père. Un délire enfantin? Sûrement, mais il semble allé trop loin ce délire là : Seth démolit la chambre de la pauvre femme avec l'aide son meilleur copain et croit dur comme fer à son appartenance au monde des vampires. A tel point qu'il transforme son lance-pierre en crucifix (chouette idée!) et ne dort jamais sans. Mais le monde terrassant des adultes rattrape rapidement la vie du bambin, beaucoup trop influencé par les histoires de vampires et d'anges.



Chronique d'un monde au bord du gouffre, "L'enfant Miroir" se refuse à montrer clairement sur pellicule l'imagination du gamin (pas de rêves malsains ou de visions terrifiantes comme dans "La classe de neige") et se pose face à un monde terrifiant, qui n'est pas sans rappeler celui de Lynch.
Tout comme dans "Sailor et Lula", "Blue Velvet" et surtout "Twin Peaks", "L'enfant Miroir" dépeint une galerie de personnages surréalistes et marginaux, sensiblement différents mais tous rejoints d'une manière ou d'une autre par une folie commune: shérif ravagé par diverses blessures, mères hystériques, veuve désespérée, frère brutal et amoureux, jumelles bizarroïdes, prêtre corrompu…

Seth réagit de manière presque inhabituelle aux actes gravissimes auquel il assiste comme le suicide de son père, déluge de flammes rougeoyantes où il s'amuse à souffler sur les braises. La mort de son père sera l'occasion au gamin de revoir son grand frère (Viggo Mortensen, jeune et déjà talentueux), un brun ténébreux lui offrant une photo réagissant comme un véritable déclic sur lui: un bébé dont la peau étincelle, un enfant "miroir" donnant par ailleurs le titre au film. Cependant il aura du mal à accepter la liaison intense et amoureuse entre la veuve Blue et son frère, qu'il épie souvent. La jeune femme pourra retrouver goût à la vie face au jeune homme, lors d'une scène de "redécouverte" sensuel et pudique, d'une grande justesse.



En prime de son univers esthétique quasi "magique", "L'enfant miroir" touche à l'insolite voire au fantastique par de simples brides, comme ce fœtus décomposé que Seth récupère dans une grange pour le traiter comme la réincarnation (l'ange en fait) de son ami disparu Eben. Malgré l'espace et la luminosité omniprésent, "L'enfant miroir" se révèle comme une œuvre dure, qui touche là où ça fait mal, entamant un parcours aussi douloureux que tragique sur fond d'histoire d'amour et de meurtres d'enfants. Le compositeur (méconnu) Nick Bicât participe à ces montées d'émotions avec une bande sonore présente à chaque instant, accentuant avec puissance les grands moments lyriques du film.

De cette description du Pacifique par le frère de Seth face à une veuve subjuguée, à ce terrifiant enlèvement ou cet épilogue furieux et hallucinant, "L'enfant miroir" se retrouve touché par une grâce trop rare, culminant avec une noirceur et une maturité stupéfiante. Un coup de poing dans le cœur qui se doit de retrouver la place qui lui est dûe dans le cinéma: celle d'un film culte et pourquoi pas celle d'un chef d'œuvre.

Retitré en vidéo sous le nom de "L'enfant cauchemar".