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1970, dans une plaine aride, une communauté de hippies reçoit un étrange hôte, un homme sage et inquiétant, qui ne tarde pas à faire appel à ses compagnons pour massacrer le petit groupe. Tout ce que nous savons, c'est que cette "secte" a pour but de s'étendre au maximum, et se fait diriger par un curieux personnage dont nous ne saurons rien… pour l'instant. De nos jours, un étrange vieillard prend une longue route avant de s'arrêter net et de fixer le soleil. Une voiture arrive en trombe et manque de l'écraser; à son bord se trouve la charmante mais dépassée Miranda, recueillant finalement le vieil homme chez elle. Les phénomènes étranges s'accumulent, et la nuit sera longue et terrible pour la jeune femme. Et si cette fameuse secte était à ses trousses?



Alors que le cinéma d'horreur italien s'autodétruit de manière édifiante, à coup de nanars et de réalisateurs pour le moins fatigués, Michele Soavi se trouve toujours sous la coupe de Argento, qui lui a grignoté une place beaucoup trop importante sur "Sanctuaire", décevant mais loin d'être une nullité (ben c'est Soavi bordel!). Le maestro italien continue de s'accrocher au poulain (qui avait déjà connu des enseignements de D'Amato, de Fulci ou de Gilliam) et produit à nouveau son film suivant : "La secte".
Et même si "Sanctuaire" fut une baisse de régime considérable dans la carrière du réalisateur, on a malheureusement trop vite oublié ce film là, d'un niveau pourtant nettement plus élevé. Après le tueur au masque de hibou et l'église hanté, Soavi se retrouve une fois de plus sur un script assez quelconque, reprenant le thème générale de "Rosemary's Baby" en s'appuyant plus sur la secte terrorisant et guettant la jeune héroïne, que le bébé en lui-même.



Très discrète au cinéma ou à la télé, Kelly Curtis (sœur de Jamie Lee) se montre admirable en élue toute désignée par une secte diabolique, plus ou moins composé de Hell's Angel. Première image du film : un petit lac rouge (du sang?), un collier de plume accroché à un rocher, un décor sec et ensoleillé : inhabituel. Un être aux apparences douteuses trouble la paix de quelques hippies, sur fond de America et de Rolling Stones. Ce type, Damon, possède un look largement assimilable à celui de Charles Manson et se révèle être le pionnier de cette secte sanguinaire, sans pitié. Dans le magnifique western de Lucio Fulci "Les quatre de l'apocalypse", un être identique troublait aussi une petite troupe de personnages au demeurant sympathique, qui vont vivre une véritable descente en aux enfers. Un clin d'œil à Fulci? Probablement…

Soavi semble se dépêcher et marque une transition rapide sur le meurtre sauvage (et Argentesque) d'une pauvre femme par un nouveau membre de la secte, et ceci de nos jours. Nouveau clin d'œil (en tout cas on y pense) à Fulci avec cette gerbe de sang se confondant avec une mare de lait (souvenez-vous de "Frayeurs"). Après ce lot de scènes tapageuses, le film peut enfin véritablement débuter avec l'arrivée de Myriam, une institutrice recueillant un vieillard qui semble beaucoup trop en savoir sur sa propre identité. Pendant la nuit, les événements plus ou moins inexplicables s'enchaînent, jusqu'à se terminer sur la mort du vieillard, dans un sous-sol secret que ne connaissait apparemment pas Myriam. Avant de mourir, le vieil homme entrouvre un mystérieux puits avant de poser un petit suaire sur son visage, pour ensuite s'éteindre. Angoissée, Myriam a du mal à calmer son petit lapin blanc, bizarrement agité (il zappe avec la télécommande quand même!!), et ne compte plus les mésaventures, surnaturelles pour la plupart.



A la manière de Lovecraft, Soavi refuse de donner des explications sur cette curieuse secte, de donner une enquête policière histoire d'éclaircir un peu tout ça ou de fournir des arguments cohérents ou scientifiques: le spectateur doit se laisser aller et mettre en marche sa propre imagination. Cependant, de là à dire que le film est complètement incompréhensible…
L'indicible cher à Lovecraft prend une part imposante dans le film de Soavi, par de multiples détails, comme cette scène de rêve fulgurante renvoyant à "Alice au pays des merveilles" : Soavi teinte sa scène onirique d'une atmosphère "insaisissable", irréelle, et reproduit de ce fait le coté "indéfinissable" d'un véritable rêve, voire grotesque.

Un canari libéré de sa cage, une pendule remise à l'heure, une eau claire où flottent des filaments bleus, un arbre où pendent de multiples bibelots et bijoux métalliques, un suaire maléfique, un curieux liquide noire, des plumes, les apparitions violentes d'un marabout (je veux parler de l'oiseau bien sûr), un insecte symbolisant le mal qui ronge ses victimes de l'intérieur, un puits rempli de liquide bleuté… Soavi offre une avalanches d'images, d'objets, et de symboles dont la signification restera constamment sous-entendue ou indéfinie, et qui fascineront les plus passionnés, même après la vision du film.



Volontairement ou pas, "La secte" est gorgé de détails sensiblement différents, qui renvoient à la filmographie de Soavi : une petit fille coiffée d'un masque d'oiseau, perdue dans un paysage nappé d'une curieuse poussière blanche ("Bloody Bird"), la découverte du puits qui fera évidemment tout basculer (même chose avec une croix dans "Sanctuaire"), des motards visibles de temps à autre ("Dellamorte Dellamore", rappelez-vous l'accident sur la route), un cache-cache mortel avec un tueur zombifié (encore "Bloody Bird"), des cercueils peu rassurant tassés dans une morgue (on pense irrémédiablement à "Dellamorte Dellamore" qui se déroule pendant tout sa durée dans un cimetière)… Même Argento est cité avec cette maison révélant des passages secrets insoupçonnés comme dans "Inferno".

Plus axé sur le premier degré, Soavi n'en n'oublie pas de faire monter le trouillometre au rouge dans la scène délicieusement stressante de la morgue (rappelant fortement là encore "Inferno" et même Fulci!), et n'hésite pas à mettre en œuvre quelques expérimentations visuelles interessantes (le coup du lapin (!!) étant involontairement drôle, on préférera choisir la séquence stupéfiante où la caméra défile à grande vitesse dans toute la tuyauterie de la maison). Argento oblige, on retrouve des éclairages colorés disséminés de ci et là très discrètement (étonnante idée de ce voile jaune provoquant un changement d'ambiance radicale), et une fascination immédiate pour le bleu : obscurité bleu, bain bleu (superbe image!), aquarium envahi de ronces bleutées, puits où baigne une eau bleu foncé, et même la blouse des médecins se retrouve pourvues de la fameuse couleur marine (clin d'œil à "Faux semblants" où on voyait des blouses rouges?). Niveau référence (autre que italiennes), les personnes dites possédées affirmant après un meurtre "elle m'a obligée, ce n'est pas moi!", se retrouvent liées à l'incroyable "Meurtres sous contrôles", et ce sabbat aussi infernal que sanguinaire se veut un cocktail des "Yeux sans visage" et de "Hellraiser" (merci Sergio Stivaletti!!).

Et malgré sa cruauté très omniprésente (ah ces italiens!), "La secte" fera connaître un sort aussi touchant que libérateur à son héroïne, dans un élan poétique d'une grande beauté, nous rappelant que Soavi est "ô combien" un très grand auteur qui manque sérieusement au cinéma fantastique italien.