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Un groupe de cinq jeunes gens, Molly, Jerry, Eleein, Becky et Woody, tombe en panne non loin d'une mystérieuse station service. Se trimballant la roue du véhicule, Woody s'y rend seul et se retrouve coincé dans une chambre remplie de mannequins qui semble étrangement doués de vie. Il connaîtra un très funeste destin. Pendant ce temps, les trois jeunes filles vont se baigner et tombent sur le propriétaire de la station, le sympathique mais mystérieux Mr Slausen. La nuit tombe, et tous sont invitées dans ce lieu se révélant être un bien curieux musée de cire…



C'est à partir d'un étrange mésaventure qu'a vécu David Schmoeller que l'idée de "Tourist Trap" a pri forme : le jeune réalisateur s'était rendu dans la réserve d'une boutique ou était entreposé des mannequins aussi divers que inquiétant, dont la forme du visage variait selon les âges attribué aux mannequins. C'est donc en pleine période post-"Halloween"/ "Vendredi 13" que Schmoeller tourne son meilleur film mais aussi le plus apprécié, et surtout son tout premier !

On retrouve d'ailleurs Irwin Yablans au poste de production, soit le même producteur que "Halloween, La nuit des masques" ! Avec son film, Schmoeller avait pour objectif de décocher la timbale au box office, au même titre que le chef d'œuvre de Carpenter, ce qu'il ne réussit malheureusement pas. Il n'empêche que le film de Schmoeller est d'une excellente facture, et se montre parfaitement maîtrisé voire vraiment flippant comme le sera le trop méconnu "Massacre dans le train fantôme". Des films qui réussissent à émerger de la marre de slashers et des B-Movies tentant éperdument de réutiliser la recette gagnante de "Vendredi 13" et de "Halloween, La nuit des masques"…en vain.



Plantant son décor aride dès la première image (on est pas loin de "Massacre à la tronçonneuse"), "Tourist Trap" surprend beaucoup par la maturité de ces personnages (un groupe de jeunes, encore eh oui !), qui ont bien autres chose à faire que forniquer et fumer des joins. Des personnages certes peu fouillés, simples mais proches de ceux (également très justes) de "Massacre à la tronçonneuse". Mieux encore, Schmoeller évite le ridicule et les clichés lourdingues du genre comme la scène de la rivière, qui aurait pu tomber très très facilement dans le racolage habituel. Parmi les jeunots présent à l'écran, impossible de ne pas avoir les yeux rivés sur la sensuelle (et débutante) Tanya Roberts, ici bien enveloppée dans un short bien moulant.

Tout irait bien dans le meilleur des mondes si Schmoeller ne nous ferait pas stresser comme des malades dans un meurtre d'introduction fulgurant et énervé, qui n'a nul besoin de faire gicler des geysers de sang pour prouver sa redoutable efficacité. Hystérique, sadique, inexplicable, bref je préfère ne pas vous en dire plus.
Quelques minutes plus tard, lors d'un moment plus calme, surgit un Redneck armé de son fusil, et pourtant d'une gentillesse étonnante. Quelques doutes planent sur lui jusqu'à qu'il fasse visiter son petit foyer, décoré de quelques mannequins animés destinés à un ancien musée de cire. Alors que le seul garçon de la bande teste et répare sa jeep, Molly, Eleein et Becky attendent non sans quelques frissons (mais quel cet autel lumineux et musical bâtit autour d'un mannequin féminin?) dans la station, à présent vide de son occupant, parti faire un tour.



Difficile de ne pas frissonner ou de se poser quelques questions face à l'évocation de cette maison jouxtant la station, et qui serait plus ou moins habitée. Rien n'est très clair, et l'une des jeunes filles, trop curieuse, y descend.
Dans cette demeure, des voix semblent susurrer dans les ténèbres, des mannequins y sont entreposés en masse, l'obscurité règne, peut-être vaudrait-il mieux que Eileen n'aille pas plus loin. Et pourtant…
Au fil du métrage, un tueur masqué fait son apparition, un masque comparable au visage des mannequins, avec une bouche fendue permettant au tueur de lâcher des mots étouffés, des phrases terribles car souvent cruelles. Tout ceci aurait pu être un simple slasher si le surnaturel ne s'y mêlait pas. De plus Schmoeller ne fait jamais usage du gore. Il préfère l'efficacité, la terreur pure, l'inquiétude.

Nombreux, les mannequins scrutent dans les ténèbres, suivent des yeux les rares personnes qu'elles aperçoivent, se jettent volontiers sur certaines victimes, attendent patiemment dans un coin lugubre d'une chambre ou dans le noir absolu. Chaque mannequins semblent avoir une personnalité, et la révèle : ils chuchotent, poussent des plaintes, reprennent vie au moment importun. Schmoeller aligne les figures de cauchemar. Mais ces mannequins ne seraient-ils pas sous l'emprise télékinésique du tueur? Bien sûr, mais au fur et à mesure, elles prennent le dessus et finissent par prendre vie elles mêmes. Glaçant!

Schmoeller livre une lecture très réussie et novatrice du musée de cire, en la confondant avec un zeste de Survival, et avec de nombreux éléments qu'on retrouve très souvent dans certains films de l'époque.




Aux premières apparitions du tueur masqué (qui serait ainsi le frère de Mr Slauser), l'utilisation du masque renvoie à celle de Leatherface, surtout que le tueur qui le porte est tout aussi massif. Mais ici le boucher fait place à un artiste dégénéré, créant ses propres mannequins (ou du moins on le pense) et ses propres masques. Il ira jusqu'à recouvrir une fille vivante de plâtre frais dans une scène de terreur ultra sadique rappelant d'une certaine manière un autre grand moment de sadisme douloureux : la scène du croc de boucher dans le film mythique de Hooper. On ne sera pas étonné de voir que la caractéristique du masque et de la victime "transformée vivante" sera repiquée dans le récent "Le musée de cire".

**SPOILERS**


Lorsque Slauser révèle sa vraie identité, le cauchemar ne fait que commencer pour l'héroïne. Conversant avec les mannequins et les façonnant selon ses envies, Slauser relève un cas de schizophrénie spectaculaire, comparable à celui de "Pulsions" (perruque blonde incluse), mais aussi une tendresse malsaine envers l'héroïne ("Massacre à la tronçonneuse 2" s'en souviendra longtemps, jusqu'en dans la scène du masque posée sur le visage de l'héroïne). Quand à sa carrure et son physique (voire le coté "collectionneur" et psychopathe), il rappelle dangereusement Ed Gein, et par la même occasion le Ezra Cobb de "Deranged" (qui remplit sa maison de cadavre momifiés à l'inverse des mannequins) voire Frank Zito de "Maniac" (qui conversait aussi avec des mannequins). Chuck Connors campe à la perfection ce personnage bourré d'humour noir, et désespérément barjo.

**FIN DU SPOILERS**


Pour la jeune héroïne Molly, son calvaire va se dévoiler comme une vertigineuse descente dans la folie, qu'accompagnent évidemment son tortionnaire et la présence des mannequins hurlants. Le climax du film devient littéralement irréel, cauchemardesque, étouffant, et atteint une ambiguïté très "Twilight Zone" lors de son plan final dégageant une sensation de folie pure. Les événements deviennent autant incontrôlables pour l'héroïne que pour nous, on se retrouve à mille lieux d'un "Vendredi 13" mais peut être pas aussi loin de "Halloween, La nuit des masques" : le masque de polichinelle fantomatique que porte Michael Myers et son invulnérabilité inexplicable ne sauraient dire le contraire. Pour rendre ce climat encore plus difficile, Schmoeller nappe le tout d'une fabuleuse partition musicale signée Pino Donnaggio, avec des tonalités malsaines et inégalables comme on les aime.

Malsain, macabre, et monumental, "Tourist Trap" est une superbe série B, un passeport pure et simple pour "L'antre de la folie".








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