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1985-2005: 20 ans que les fans du monde entier attendent ce film. Ce nouvel opus de cette désormais tétralogie, nous offre la vision d'un réalisateur, amoureux farouche des morts-vivants. George Romero, comme chacun d'entre-nous, a vécu depuis ces deux décennies, se nourrissant au passage de son lot d'émotions supplémentaires, d'expériences futiles ou inédites. En somme l'homme s'est emplit la tête avec toutefois une différence de taille par rapport à nous tous : Il nous aime, et gardait tout au fond de lui, une place pour l'événement que nous attendions : Land of the dead.



La planète est désormais envahie par les morts-vivants. Les rares rescapé(e)s vivent à présent dans une ville où les riches se sont repliés dans une tour inaccessible, et les exclus sont livrés à eux même dans la rue. De l'autre côté du fleuve : le territoire des morts ou vivent les non-vivants qui mutent dangereusement…

Jeudi 21 juillet. Il est 20h et la salle vient de s'assombrir. L'écran jaillit dans l'obscurité, les enceintes commencent tout juste à distiller les premières notes, et je suis installé dans mon fauteuil. Fébrile.
Romero a vieillit, mûrit et nous avec lui. Fidèle à lui même, le discours du Maître n'a pas changé. Toujours très observateur et critique, sa vision de notre société et ses nombreux disfonctionnements est toujours aussi pointue.
Il est clair que les dernières années, notamment au niveau politique, marquent principalement l'œuvre en question. Nous découvrons ainsi la Tour, objet de toutes les convoitises parmi les vivants. L'image est édifiante. Il nous revient alors en mémoire les évènements du 11 septembre 2001 et la référence au World Trade Center est une évidence. Ici le danger ne viendra pas du ciel mais bel et bien de la terre : d'égal à égal en somme. Un édifice vivant en quelque sorte, dernier refuge des nantis et ultime rempart contre les zombies.
Dirigée par Kaufman (Dennis Hopper formidable !), chef auto-proclamé et dénué d'humanité, son personnage, certes caricatural, sert de nerf vital au discours anti-américain de Romero.
S'il ne fallait retenir qu'une seule réplique de son personnage (mais aussi du film dans sa totalité) alors "We do not negotiate with terrorists" exprimerait d'une façon radicale les positions jamais démenties du réalisateur. A ce moment très précis, la salle, dans un même élan de "complicité" se mit à rire. Et ce ne sera pas l'unique fois. Le scénario est tonique, l'humour est corrosif et les références sont légion.



Le ton est donné et pourtant nul besoin de s'en étonner. Romero ne nous dépeint pas seulement le pouvoir de l'argent et de la société de consommation comme il le fit dans "Zombie" mais nous rappelle juste à l'ordre pour nous affirmer une fois de plus que celui qui se trouve en bas finit parfois par se souvenir et revenir parmi l'élite.
Et parmi la fange du moins celle vu par Kaufman, se trouvent bien évidemment les pauvres, abandonnés et vivant au pied et alentours du gratte-ciel, réduits ici à amuser les riches, à l'image de marginaux jetés en pâture à des zombies enchaînés.
Mais là où le "ciel" est synonyme de sécurité, il existe bien évidemment son pendant, son au-delà pour être précis : le territoire des morts. Un monde où les zombies survivent et attendent face à la ville déserte et plongée dans le noir : un univers lunaire ( à ce propos la photographie est sublime) et sombre, agrémenté de sources lumineuses, témoins les feux d'artifices lancés par nos héros pour captiver et immobiliser momentanément les futurs envahisseurs.
Romero réussit le tour de force de nous faire entrer de plein pied dans un monde non pas futuriste mais dévasté ; l'ambiance est telle qu'à l'écran, il n'existe plus rien hormis ce coin reculé. Sans même le nommer, nous comprenons que nous sommes en territoire américain. Il sera dit plus tard que l'éventuel contrée salvatrice viendra sans doute du Canada pour échapper éventuellement à l'invasion. Une petite provocation de plus, histoire de nous dire : "Allez où bon vous semble, du moment que vous ne restiez pas ici"



Sans doute sa façon à lui de nous dire aussi que de son vivant il ne reviendra pas sur ses convictions, tout comme au moment de sa mort. La mort qu'il affectionne tant et qu'il ressuscite depuis bientôt 40 ans avec une vision bien précise. Ses zombies ont évolué avec son œuvre et "Land of the dead" nous montre leur mutation : la toute première apparition de Big Daddy le chef des zombies ( tout comme le chef des fantômes dans "Ghosts of mars" - un clin d'œil à son pote John Carpenter ?) en dit long sur les évènements à venir. Ils pensent, réfléchissent et pour certains sont emplis d'émotions. George nous avait habitué jusque là à peu de sentiments à l'égard des non-vivants. Ici la compassion s'insinue sournoisement et d'une manière magistrale. Les bons ne sont pas forcément ceux que l'on imagine et surtout, ceux qui les voient et les combattent malgré tout finissent par le croire.
D'ailleurs nos vaillants protagonistes composent un casting en tout point remarquable : Riley (Simon Baker "le cercle 2") et Asia Argento ("Trauma" "Demons 2") en tête. D'une courte tête pour être tout à fait franc, tant l'intelligence de Romero est de nous proposer un casting propre, d'humanité et de sobriété égales. Point de rôle plus fort qu'un autre donc. La vérité est bien plus séduisante: ce sont les zombies les véritables héros. En partie grâce à la mise en scène vive et toujours inventive. Le travail de notre homme s'est bonifié avec les années, entraînant avec lui son équipe dans un même élan de pure créativité : La photographie allie magie et féerie, à l'image de l'arrivée des zombies par le fleuve (référence à "Le commando des morts-vivants" avec Peter Cushing), les maquillages, soutenus, forcent le respect, nécessitant un travail titanesque et l'équivalent d'une cinquantaine de personnes.
Enfin, les effets gore méritent une mention spéciale : Tom Savini n'est pas de la partie (mais fait un cameo tonitruant !) et laisse la place à son assistant (sur le tournage "Le jour des morts-vivants"): Greg Nicotero. Le jeune homme d'alors est devenu ces dernières années un des maquilleurs les plus talentueux et demandés. Collaborateur de plusieurs productions récentes, il a travaillé avec les plus grands, notamment Craven ("Scream", "Cursed"), Tarantino, Rodriguez, Baker, Carpenter ("Halloween, la nuit des masques", "Fog", "Vampires") et la liste est encore longue. Les scènes gore sont nombreuses, et sans tomber dans la surenchère, très efficaces. Sans vouloir ternir le moins du monde le travail précédent de Savini, il faut reconnaître que les maquillages sont de toute beautés et hyper réalistes.
On notera aussi le cameo plus que sympathique de Simon Pegg ("Shaun of the dead") que Romero adore en passant. Un bien joli cadeau du Maître qui montre ainsi qu'il n'est pas insensible à la nouvelle génération. Et qu'il n'en a sans doute pas fini avec son œuvre majeure. En effet, en cas de succès, Romero signera un 5e volet (Simon Baker a déjà signé) afin de développer le personnage de Riley entre autres ; et de prolonger la mutation évidente de "ses" morts.



"La nuit des morts-vivants 1968" signait la naissance des zombies, le fléau implacable qui surgissait de nul part.
"Zombie" exprimait la tentative de contenir ce fléau afin d'enrayer l'épidémie.
"Le jour des morts-vivants" fût le temps de l'observation du phénomène.
"Le territoire des morts" est implacable : à présent, les morts sont "indésirables".
Du désir, il en est donc fortement question ici. Une envie irrépressible de vouloir continuer le chemin encore quelques années.
Car à défaut de pouvoir dire "je vous aime" à chacun d'entre-nous, George Andrew Romero nous offre une formidable déclaration d'amour à l'essence même de la mort.

Retrouvez l'interview exclusive de George A.ROMERO accordée à Horreur.com lors de sa venue à Paris le 27 & 28 Juillet 2005:

http://horreur.com/interview-26-romero-george-.html