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Dans un vieux château, des émanations toxiques ramènent à la vie Hélène, une jeune et charmante fille décédée prématurément. Cette jeune créature va alors semer sang et terreur. Bien que ses actes ne soient dictés que par son seul instinct de zombie, la morte-vivante n'accepte pas cet état des choses et reste tiraillée dans ses actes meurtriers.



Jean Rollin : voici un nom qui suscite bien souvent des railleries parmi les fans du cinéma de genre. Que l'on aime ou pas son travail, force est de constater que "La morte-vivante" présente sur bien des points des choses intéressantes, tant visuelles qu'émotionnelles.
Les américains, eux, ne s'y sont pas trompés, élevant son œuvre au rang de film culte. Il faut dire que là où George A.Romero et Lucio Fulci, entre autres, nous présentaient des zombies putrides et dépourvus d'émotions, Rollin nous offre une jeune femme, belle de surcroît, et tiraillée par de nombreux sentiments.
On pense alors forcément à Mindy Clarke dans "Le retour des morts vivants 3" que Brian Yuzna réalisera quelques années plus tard (11 exactement). Sans toutefois en apporter la preuve, il semble probable que "La morte-vivante" ait influencé sur bien des points la saga "Le retour des morts vivants".



En effet, outre le personnage principal, on retrouve également l'idée des émanations toxiques, responsables du retour à la vie. Seul l'humour manque à l'appel.
Car "La morte-vivante" n'est pas un film où l'on sourit aisément. Bien au contraire, c'est une œuvre plutôt sombre, portée sur la difficulté de ne plus être.
Et pour ôter la vie à cette jeunesse saisissante, Rollin a choisi Marina Pierro (Hèlène), jeune actrice au physique sculptural et avantageux, ainsi que d'autres nymphes toutes aussi jolies, à l'image de Françoise Blanchard (Catherine), comédienne toute aussi charnelle, et aussi brune que notre héroïne est blonde : le bien contre le mal, ponctuée d'une relation ambiguë entre les deux jeunes femmes.
Car bien qu'elle soit consciente de son état physique et mental, Hélène sait justement, faire la distinction entre ses futures proies. Sa relation avec Catherine est avant tout une histoire d'amitié, d'amour à mort, et le spectre saphique plane constamment sur ce film.
C'est pourquoi Rollin impose des scènes gore sur les victimes, opposant ces débordements sanguins à ceux, beaucoup plus softs entre Hélène et Catherine; cette dernière faisant le don de son sang pour soulager sa comparse. La boucherie contre le vampirisme, à forte connotation sensuelle.



"La morte-vivante" est aussi une réflexion sur le don de soi, sur les limites de la souffrance, celle que l'on supporte, et celle que l'on inflige à l'autre.
A ce petit jeu, nos deux comédiennes s'en sortent plutôt bien, malgré une certaine théâtralité dans leur composition. La raison vient sans doute du fait que le métrage présente une certaine langueur, marque de fabrique du réalisateur.
Il faut bien reconnaître malgré tout que le scénario est bien maigre, compensé cependant par un esthétisme pictural de la part de Rollin. Le soin apportée à la photographie et par là même aux couleurs, est évident.
Les rôles secondaires, en revanche, sont sans grand relief et s'oublient sitôt le film terminé.
On regrettera la simplicité de l'intrigue, les scènes de mises à mort étant toutes prévisibles. De ce côté-là donc, le film ne présente ni surprise, ni inventivité.
Interdit aux moins de 18 ans (et totalement censuré en Allemagne de l'Ouest d'alors), "La morte-vivante" offrait alors un travail sur les effets spéciaux assez intéressant. Aux commandes, on retrouve Benoist Lestang ("Baby blood", "Saint Ange", "Le pacte des loups" pour ne citer que ceux-là) qui ne lésine pas sur l'hémoglobine, à l'image de l'agonie de l'auto-stoppeuse vraiment réussie et efficace.
Les nombreux égorgements ne sont pas en reste, même si l'on peut reprocher une trop grande rapidité des effets, tordant ainsi le cou à l'impact supplémentaire qu'aurait pu avoir une plus grande générosité d'images sur nous.



On retiendra principalement de "Living deadgirl" (titre américain) une composition touchante de Marina Pierro (Rollin expliquant lors d'une interview que plusieurs scènes de 2s devinrent beaucoup plus longues, tant il fût touché par l'inventivité que l'actrice proposait parfois), ainsi qu'un final mêlant habilement la dualité de l'amour et la douleur.
L'ultime séquence, d'une très grande poésie, est aussi un hymne terrible au désespoir. Rien que pour cela, il vous faut regarder ce film.
A tous les détracteurs de Rollin, et malgré les éventuels quolibets, je terminerai par ceci :
Monsieur Rollin est un poète qui possède un univers très personnel, que l'on n'y adhère ou pas.
Et la personnalité artistique d'un homme, ça se respecte.