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Suite à sa période trash et après un vide de plusieurs années, Waters revint au grand écran avec "Hairspray", comédie en musique qui allait se poursuivre avec "Cry Baby". Hollywood aidant, les budgets sont plus étoffés, la réalisation soignée, et malgré l'humour toujours présent, une bonne partie des fans ne manqueront pas de reprocher à John Waters de s'être assagi… Ce qui ne l'empêche pas de continuer à prendre l'idéal de vie américain à rebrousse-poil, comme en atteste "Serial Mother", où Kathleen Turner succédait à Johnny Depp, offrant probablement à cette dernière l'un des meilleurs rôles de sa carrière.



Vendredi 14 mai 1993, 7h26, dans un joli quartier résidentiel. Une matinée ordinaire pour la belle famille Sutphin : le mari Eugène (Sam Waterston), dentiste neuneu et bêtifiant, Misty (Ricki Lake), adolescente en manque de considération, Chip (Matthew Lillard), son frère étudiant, fan de films d'horreurs et vendeur dans une boutique vidéo, et surtout Beverly Sutphin (Kathleen Turner), mère de famille modèle détestant aussi bien le chewing-gum que les mouches troublant la perfection du petit déjeuner.

Lorsque la police sonne à la porte, faisant état de harcèlement subis par une de leur voisine, Dottie Hinckle (Minck Stole), Beverly oppose à leurs insanités le tableau merveilleux des petits oiseaux chantants. Mais dès que tout le monde est parti, c'est pour se ruer dans la chambre conjugale, décrocher le téléphone et continuer à insulter la pauvre Dottie…



Waters a beau être plus sage, il n'en reste pas moins féroce, brocardant une fois de plus les bonnes vieilles valeurs de l'american family en la caricaturant de façon exquise et en la dotant d'un double-visage hilarant. En façade, Beverly Sutphin incarne tout ce que Waters a toujours détesté : l'aseptisation, la cuculisation, la vertu irréprochable, comme on pourrait la trouver dans certains sitcoms. Mais là où la "Serial Mom" devient adorable, c'est que la tenue de cet univers parfait, nanti de décors riches, proprets et de couleurs pastel apaisantes, de relations sociales aussi affables que truquées, nécessite de passer par la case du nettoyage meurtrier! Tapette, break familial, paire de ciseau, gigot, les instruments sont variés. Et voisine chippant une place de parking, professeur insinuant, belâtre négligeant, la liste s'allongera des énergumènes à éradiquer de la surface du globe… pour notre plus grand plaisir, car ils sont stupides et détestables!



Sans jamais verser dans l'ignoble, Waters parvient donc à susciter notre adhésion, gradant les méfaits (ou les bienfaits?!) de Beverly Sutphins avec maestria, à mesure que les autorités et son entourage prennent conscience de sa véritable nature. L'occasion pour lui d'essaimer les clins d'œil au genre (Chip et sa mère sont fans de "Blood Feast") et aux a priori qui pèsent sur lui, et d'aligner des scènes tordantes (les malheurs de "courte-queue", le convoi policier, etc.). Cela jusqu'à la séquence finale, où il prend à revers la scène américaine en diable du procès judiciaire, Beverly assurant ici sa propre défense… à sa manière!

Seul bémol à apporter au film, on a parfois la sensation que certaines scènes auraient pu prendre davantage d'ampleur, mais que Waters, conscient des limites qui lui sont imposées, préfère abréger et passer à autre chose. De même, inutile de dire que "Serial Mom" capte toute l'attention sur elle, ne permettant pas forcément aux autres de donner la pleine mesure de leur talent (notamment Sam Waterston, réduit à quelques mimiques).



"Serial mother" n'en est pas moins un film réjouissant, offrant peut-être le seul portrait maternel supportable des USA… avec une Kathleen Turner rayonnante comme on ne l'avait jamais vu auparavant! Un excellent moment à passer.








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