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Dans les années 50, la famille Lamele s'installe dans leur nouveau foyer, une maisonnette parfaite, tout comme les autres maisons du quartier, plus colorées et vivantes les unes que les autres. Nick et Lily, les parents, s'entendent gracieusement et nulle dispute ne vient troubler leur vie conjugale. Le problème subsiste en la personne de Michael, leur petit garçon, dérangé et silencieux et de plus en plus soupçonneux vis-à-vis de ses parents. Et il compte bien découvrir pourquoi les repas sont sans cesse composés à base d'une viande bien rouge, bien tendre, et surtout en quantité abondante.



Avant tout acteur, Bob Balaban possède déjà à son actif une carrière de comédien très étoffée, et se tente dès 1989 à la réalisation. S'il joue rarement (voire jamais) dans des films de genre fantastique, il signe tout de même de temps des épisodes pour "Histoires fantastiques", "La quatrième dimension", "Tales from the Darkside" ou "Eerie Indiana". Avec "Parents" il persiste et signe son attirance pour le fantastique et l'horreur, et en tout cas surtout pour l'horreur dans le cas présent.

Balaban reviendra au fantastique en 1993 avec "My Boyfriend's Back" ou un ado revient d'outre-tombe et continue à pourrir malgré lui, tout ça sur le ton de la comédie. Exploité chez nous uniquement en vidéo, "Parents" se fera remarquer à son passage au festival d'Avoriaz avant d'être sévèrement oublié. Quelque peu ignoré aux States, le film est sorti récemment chez Pionner en DVD, DVD qui ne propose d'ailleurs rien d'intéressant, même pas des sous-titrages.



Avec beaucoup de mordant, "Parents" livre une lecture plus moderne du cannibalisme, pour ne pas dire inhabituelle. Pas de survival ou de sauvages ici, encore moins de tueurs sanguinaires. Les cannibales prennent une enveloppe dite habituelle, du bon bourgeois en passant par la famille parfaite. Quelques films illustrent assez bien cette directive comme "Les cannibales" (des bourgeois mangent une viande exquise dont la provenance est loin d'être animale), "Aimez-vous les femmes ?", "Eating Raoul" voire "Délicatessen", "Les bouchers verts" ou le sketch principal de "Darkside les contes de la nuit noire". Raison de plus d'avoir peur des gens? Sûrement oui…
Balaban touche cependant là où ça fait mal, à savoir la période qualifiée la plus "parfaite" des Etats-Unis : les années 50. Fin de la guerre donc, les familles "parfaites" se multiplient, de même que les home sweet home et les banlieues américaines douillettes. Un élan utopique parfois insupportable, où les maisons se bondent d'appareils ménagers hauts de gammes et où le bonheur (factice) est pris en compte pour calmer les esprits marqués violemment par la seconde guerre mondiale. Parfaitement caractérisé par les peintures de Norman Rockwell, ce petit monde sera souvent détourné par les dessinateurs de "Mad" avec un plaisir non dissimulé.



Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil dans ce pavillon où s'installe le petit Michael, héros impassible de cette histoire. Plongé dans un semi autisme, il accable ses parents de jour en jour, qui préfèrent se confiner dans leur confort et leurs repas quotidiens, très (peut-être meme trop) axés "viande". Car le jeune Michael a tendance à ne rien dire, à refuser la nourriture qu'on lui donne et à faire des cauchemars nauséabonds. A l'école, il trouve une amie en la personne de Sheila Zellner, une gamine fantaisiste et turbulente qui l'entraîne dans un univers agité.

Michael comprendra rapidement avec cette gamine que les apparences sont souvent trompeuses, que cette couche de vernis recouvrant ce monde (faussement) heureux est capable de cacher bon nombre de secrets qu'il ne vaudrait mieux ne pas révéler. L'équilibre entre Michael et ses parents pourra se briser lorsqu'il les surprend en plein ébats, preuve qu'ils ne sont pas le couple aussi léger et parfait qu'il aurait imaginé. D'ailleurs ce n'est qu'au contact de Sheila que les soupçons de Michael vont pouvoir s'appuyer un peu plus, en étant au contact de cette gamine "hors normes", trop grande, trop folle, qui casse une sorte d'harmonie bâtie simplement jusqu'ici.



Satire féroce et mystérieuse dans sa première partie, "Parents" va pouvoir se tourner brutalement vers l'horreur dans la deuxième, utilisant les scènes oniriques pour prévenir ce basculement soudain. Les scènes oniriques jouent d'ailleurs à fond la carte du grand guignol et du glauque, avec des effets visuels déstructurants le film pour nous plonger dans le monde terrifiant des cauchemars enfantins, et déjà bien rude pour ceux d'un gamin d'une dizaine d'années. Le noir et blanc cogite avec la couleur du sang, présente systématiquement. Le sang coule, envahit l'écran, les images dérangeantes se répètent (les parents se mordant tendrement ou ce drap débordant de viscères), la photo s'assombrit ou fait apparaître un grain rapidement malsain. L'ombre de Lynch plane aussi bien sur le film que sur ces quelques scènes, dont le jeu vidéo "Silent Hill" se souviendra sûrement pendant longtemps.

A la manière de "Vorace" et ses petits bouillons, "Parents" insiste lourdement sur les morceaux de barbaques saignantes et bien grillées, qui donneront sûrement faim aux non-végétariens, offrant ainsi un effet bien pervers au spectateur, dégoûté et affamé. Bien entendu, cet amas de viande jeté à la face du spectateur peut également offrir un sentiment de lassitude, culminant vers un final qui insiste toujours plus sur ces morceaux de chairs divinement préparés. Randy Quaid en rajoute un peu plus dans son rôle de père incontrôlable et imprévisible, cabotin meme, prenant petit à petit l'allure d'un ogre menaçant.

Malsain à de nombreuses occasions, "Parents" déploie un humour savoureusement cuisiné, incisif et d'une rare subtilité. Bien plus direct justement dans sa seconde partie, le film aura le temps de s'attarder sur un meurtre bien sympathique aux allures de Giallo (couteau, victime littéralement "coincée", gants noirs, sadisme raffiné) et une plongée dans une cave là aussi très proche de celle aperçue dans "La maison près du cimetière", la pourriture et le zombie en moins. Et comment ne pas jubiler face à ce plan final malicieux, où on imagine aisémment qu'une belle surprise attend le jeune héros. Fonctionnant à pleins tubes avec un humour noir présent jusque dans sa bande son enjouée, "Parents" est définitivement un morceau de choix à ne pas louper.








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