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Suivant les traces de "1941" et des "Aventures de Buckaroo Banzai", "Les aventures de Jack Burton" fait partie de ces rares films d'aventures qui, avec un plaisir très communicatif, partent joyeusement dans tous les sens, et donnent largement à manger et à boire pour tout le monde. Ni familial, ni trop "adulte", le film de Carpenter trouve un équilibre parfait, et prend rapidement les allures d'un cocktail aussi coloré qu'exquis. Etrangement, le public rejette souvent au premier abord ce coté ravageur, comme l'attestera l'échec cinglant et injustifié du film.



Traumatisé par "Zu les guerriers de la montagne magique", John Carpenter décide d'offrir à son public ce qu'il a réellement ressenti en découvrant le film de Tsui Hark, avec un zeste de sauce américaine : des effets spéciaux, des combats, des idées, des trouvailles, du fun. Et il le réussit absolument avec ce petit chef-d'œuvre, qui se viandera malheureusement auprès du public, tout comme "The thing", "Christine" ou encore "Starman". Bien compliqué le public hein!

Entre les envolées spectaculaires du cinéma hongkongais et les exubérances souvent superbes du cinéma japonais, Carpenter compte bel et bien rendre hommage aux grands films du genre asiatique. Il dresse fièrement son héros, Jack Burton, incarné par son acteur quasi-fétiche : Kurt Russel.
Charismatique et direct dans "New York 1997", sobre dans "The thing", Kurt Russel devient ici un héros caricatural à souhait, tordant certes, mais qu'on pourrait qualifier tout simplement de "anti-Indiana Jones". Il ne comprend rien, se débrouille rarement bien dans les combats, traite les femmes aussi bien que certains héros à la John Wayne, conduit un bon gros camion, et se laisse aller souvent à une certaine maladresse (le morceau de mur qui lui tombe sur la tête lorsqu'il tire en l'air !). Carpenter se refuse au cliché du bouffon de service, car c'est au contraire le bras droit du héros qui connaît tout et accessoirement mène presque tous les combats ! Preuve que Jack est un personnage totalement décalé par rapport à l'univers qui l'entoure, on remarquera un tee-shirt à l'allure assez japonaise, affichant pourtant un personnage très proche physiquement du Bad guy!



Ce bon vieux Jack est un routier passant souvent à San Francisco pour faire un petit tour au Chinatown du coin, histoire de revoir son ami Wang. Celui-ci attend impatiemment sa fiancée, qu'il va récupérer à l'aéroport avec la complicité de Jack. Pas de bol, un groupe de punks nommé "les seigneurs de la mort" capture la jeune fille pour l'emmener dans une maison close. Bloqués dans une ruelle, Wang et Jack assistent à un combat de gang rapidement incontrôlable et à l'apparition surprise d'un spectre, dénommé Lo Pan. Pour délivrer Miao yin, la bien-aimée de Wang, les deux amis devront s'allier avec Gracie et Margo, deux petites fouineuses de première, le sage Egg Shen ainsi qu'avec le sympathique beau parleur Eddy Lee.

La poisse semble toujours de mise puisque Miao Yin est à nouveau capturée, cette fois par un guerrier aux pouvoirs… électrisants! Ce serait le mystérieux Lo Pan qui détiendrait la jeune fille, un fantôme âgé de 2000 ans cherchant à retrouver une véritable forme humaine (il ne reste qu'une enveloppe surnaturelle). Par ce Bad Guy fantomatique et inhabituel, Carpenter glisse un beau clin d'œil au fameux Fu-Manchu, qui fut incarné auparavant par Boris Karloff et Christopher Lee.



L'antre de Lo Pan fourmille de surprises et de pièges inattendus, allant des simples combattants, à des guerriers maléfiques voire des créatures surnaturelles. Big John brosse un tableau fascinant de Chinatown, avec ses ruelles sombres et pluvieuses, ses massacres entre gangs (on retrouve la guerre des "couleurs" déjà présente dans "Zu les guerriers de la montagne magique"), ses traditions et ses légendes qu'on continue d'entendre discrètement où pouvoirs, fantômes et religions s'entremêlent.

Parmi le bestiaire magique du film, Carpenter prend son inspiration dans "Baby Cart 2 l'enfant massacre" pour l'élaboration des fameux "guerriers de la morts", un trio de magiciens sanguinaires qui ne rigole décidément pas lorsqu'ils sont en face d'une potentielle victime. Non seulement Carpenter trouve parfaitement les "tronches" pour incarner les trois vilains, mais il les affuble de pouvoirs sensationnels comme le contrôle de l'électricité pour l'un, une force surhumaine pour l'autre, et un contrôle parfait des armes pour le dernier.
Un monstre poilu assez collant (hommage au démon de "Rendez-vous avec la peur"), une caméra "humaine" (oui et il faut le voir pour le croire) et un insecte géant complètent le tableau de manière admirable, histoire de montrer qu'il n'y a pas que les humains qui s'imposent.



Carpenter soigne ses décors, et témoigne d'un soin plastique kitch parfois irrésistible comme la salle du sacrifice, gavée de couleurs fluos et de statues gigantesques.
Les années ont beau passer, les FX n'ont pris aucune ride (les très beaux éclairs factices sont un délice pour les yeux), faisant la nique sans réserve aux images de synthèses actuelles. Carpenter louche vers la poésie au détour de certains dialogues, vers le mystère ou le fantastique pur et dur, une sorte d'aura mystique et fantasmagorique que caractérisent plutôt bien certains passages (sublimes) de la bande sonore.
Aventures oblige, Big John enchaîne sans problème les péripéties (la plongée accidentelle dans le bassin à macchabées en fera frissonner plus d'un et prouve que Carpenter sait si bien maîtriser l'horreur), les combats (monstrueux et drôlement bien réglés) et les gags (difficile de ne pas sourire face à la crétinerie de ce pauvre Jack), pour aboutir à une certaine idée du bonheur. Qu'est-ce qu'on pourrait reprocher au film ? Personnellement, rien, sauf de nous faire jubiler du début jusqu'à la fin, et ça heureusement c'est loin d'être une tare.








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