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En quelques années, Ridley Scott se taille un début de carrière prodigieux, un parcours sans fautes qui alignera trois grands films : d'abord "Les duellistes" somptueux film historique, mais aussi petit frère du légendaire "Barry Lyndon", puis "Alien le 8e passager" et "Blade Runner", qu'on ne raconte plus. Après les épées, les villes futuristes et les monstres extraterrestres baveux, Scott se met à l'Heroic Fantasy… mais non sans quelques heurts. Des remontages douloureux frapperont en plein cœur le film de Scott, ainsi nommé "Legend".



Quand le Lord des Ténèbres voit rouge


C'est donc la version director's cut dont on s'occupe ici, mais avant cela, voilà un tour d'horizon des blessures affligées au film de Ridley Scott : les problèmes commencent lors de la projection test, le film est jugé trop long et trop lent (les ricains sont-ils idiots ?). Scott, paniqué, remonte le film dans tous les sens et remplace le score de Jerry Goldsmith par celui de Tangerine Dream, hélas moins convaincant. Vingt minutes sont évincées, certaines scènes atteignent des sommets de ridicule (des trolls au look de vieilles serpillières ou un Lord of Darkness révélé dès le début du film en bleu !!), le tout manque d'intérêt : Scott vient de jeter une honteuse copie de son film au peuple ricain, qui assassinèrent le film.

Chez nous, nous aurons droit à une version nettement plus longue (94 minutes contre 84 minutes de la version courte), plus dense, plus équilibrée, plus complète et surtout agrémentée du score de Goldsmith. Pas une énorme succès cependant, ce qui ne l'empêchera pas de devenir culte auprès de certains. Il faudra attendre ces quelques dernières années pour découvrir LA vraie version de Scott, arrivant à 114 minutes. C'est une édition Ultimate américaine qui nous l'a fera découvrir, ainsi que la honteuse version américaine. Une version très proche de la nôtre, avec quelques scènes plus longues et quelques ajouts de plans.


Miroir mon beau miroir, qui est la plus laide ?


Question scénario, il est inutile d'aller chercher midi à quatorze heures : c'est simpliste, presque enfantin, un petit conte reprenant le schéma du prince sans peur allant délivrer la princesse des griffes d'une infâme créature. Un schéma pris également deux ans plus tôt dans "Krull" qui versait d'avantage dans la science-fiction que le conte. On est également très loin de Tolkien ou des peintures de Frazetta. Les contes de Grimm pourraient être cités si le film offrait plus de repères d'époques. Scott se rapproche donc des contes, et surtout des livres d'images.

La jolie Lili vie des moments paisibles dans la forêt où elle habite, avec son père et sa bonne. Une copie quasi conforme de Blanche Neige, gambadant sans cesse dans les champs pour retrouver son ami Jack, un jeune ermite vivant dans la plus complète harmonie avec la nature qui l'entoure. Tom Cruise enfile donc le costume du brave héros, un tantinet fade, bref un héros de conte. Le jour où Jack veut montrer des licornes à Lili, il ne sait pas qu'elle sera tentée de les toucher, acte interdit et plus que risqué. Profitant de l'occasion, d'infâmes Goblins attaquent les licornes lors d'une tempête plongeant le monde de la lumière dans le plus total désarroi. Lili, perdue, est capturée pour être emmenée au seigneur des Ténèbres : Lord of Darkness, un être cornu et diabolique, dans le principale objectif est de supprimer les licornes pour permettre au monde des ténèbres de gouverner sur l'univers. Jack, de son coté, part à l'aventure avec quelques gnomes, fée et autres lutins.


Un peu de douceur dans un monde de brutes


Si la première (courte) partie baigne dans une atmosphère féerique digne des meilleurs contes, il n'en est rien pour la suite. Dès la terrible séquence de la tempête (avec une scène de plongée très risquée ou le lac gèle intégralement) Scott fait triompher les forces du mal par toutes les manières, et pour le grand plaisir des fantasticophiles. Ces forces du mal occuperont tout le reste du film, en particulier lorsque Lili puis Jack et ses amis, découvrent l'antre des ténèbres, un monde obscure et barbare ou sorcières marécageuses, ogres et Goblins se partagent la vedette. Le talent visuel de Scott lorsqu'il s'agit d'illustrer de magnifiques images prend tous son sens avec des décors monstrueux, soignés jusqu'au bout du moindre objet. Un univers chaud, oppressant, sale et ténébreux du meilleur effet, qui ne serait rien sans le fameux Lord of Darkness.

"Legend" ne serait donc pas grand-chose sans ce splendide bestiau, sans doute la vision la plus majestueuse de Satan à l'écran, rappelant autant certaines fresques, qu'un mixte entre le minotaure, Dracula, la Bête de Cocteau ou encore le diable gigantesque du sketch "La nuit sur le mont chauve" de "Fantasia". Rob Bottin ("Robocop" ou "The thing" donc respect évidemment!) aura du mal à confectionner cette vision infernale, cornue et sadique, magistralement interprétée par Tim Curry, au meilleur de sa forme et difficilement reconnaissable (sauf par son accent inimitable et sa bouche suave). On gardera en mémoire ses colères noires terrifiantes, et son apparition fantasmagorique et stupéfiante.


La danse des vilains Gobelins : tout un programme !


Bottin mettra également la main à la patte pour la fameuse Meg Mucklebone, la sorcière dégoulinante et verdâtre des marécages, offrant une séquence mémorable, bien plus longue dans le director's cut. On retrouve le mythe de la sorcière traditionnel, mixé avec celui de la Gorgone voire du monstre marécageux. Un petit régal !
Scott voulait avant tout rendre hommage au chef-d'œuvre de Jean Cocteau "La Belle et la bête", autant par ses décors imaginaires et vivants (la robe qui danse ou la statue bougeant dans un coin de l'écran le montre suffisamment), que cette relation ambiguë et tendue entre le Lord et la princesse. De même que la vision de cette héroïne effarouchée courant au ralenti dans les dédales de l'antre maléfique est un beau clin d'œil au célèbre film du poète français.
Le créateur du jeu "Zelda", Shigeru Miyamoto, avoua d'ailleurs s'être inspiré du film. On sera amusé de retrouver quelques caractéristiques physiques de Link, présentes effectivement chez Jack.

Embrassant le merveilleux lors de certains moments (la rencontre avec les licornes, le baiser final "Belle au bois dormant" style…), "Legend" fait revivre le monde de notre imaginaire avec une force inédite, et malgré un scénario faiblard. Jamais familial à proprement dit (seul les lutins se rapprochent dangereusement de l'écurie Disney, avec même une fausse fée Clochette elle aussi très jalouse), très sombre, garni de surprises agréables (la présence du gamin du "Tambour", David Bennent, en roi des farfadets vaut le détour) et épaulé par une richesse visuelle sans failles, il y a de quoi faire avec "Legend", qui a flirté malencontreusement avec le rayon "film maudits".