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Plus enclin à exploiter les succès du moment qu'à créer un univers propre, Scavolini n'est pas un réalisateur exceptionnel. Après le giallo, la comédie sentimentale, le thriller et le film d'action, voilà qu'il donnait dans le psychokiller. Reprenant des éléments de "Halloween,la nuit des masques" ou du très récent "Maniac", "Nightmare" ménageait pourtant avec un certain talent la chèvre de l'angoisse et le chou du gore, et se forgea une bonne réputation en rejoignant d'entrée de jeu le rang des célèbres Vidéo Nasties.



Georges Tatum (Baird Stafford) se réveille dans un drap tâché de sang. Au pied du lit, une tête de femme décapitée, qui ouvre les yeux et le regarde. Tatum se réveille en hurlant de ce cauchemar. Il est emprisonné dans une camisole de force, et les infirmiers le calment en lui administrant une injection. Objet d'une thérapie expérimentale, il est bientôt relâché en ville. Mais les nouvelles drogues qui lui ont été prescrites n'ont pas l'effet escompté : à peine est-il en liberté que ses crises recommencent, et qu'il quitte New York pour rejoindre la Floride, plus particulièrement Daytona Beach.



Bonne nouvelle : malgré les ficelles éprouvées qu'utilise Scavolini, "Nighmare" tire honnêtement son épingle du jeu et constitue un film d'horreur tout à fait appréciable. Tout comme dans "Halloween", on retrouve le meurtre initial du tueur commis dans son enfance, quelques caméras subjectives efficaces, des enfants et une baby-sitter. Et tout comme dans ce qui, à la suite de "Maniac", allait devenir le modèle du film de serial killer réaliste, Scavolini construit son film à la façon d'un pseudo-documentaire, ici découpé en journées successives numérotées et annoncées en grande lettres rouges sur fond noir. Ajoutez-y les scènes sordides d'un peep-show, les chambres d'hôtel et les meurtres saignants, et vous pouvez vous faire une idée générale de "Nightmare".

Toutefois Scavolini ne se contente pas de mélanger des ingrédients (parmi lesquels on peut aussi mentionner les médecins peu crédibles, se servant d'un ordinateur savant pour pister leur fuyard…). L'itinéraire de Tatum de New York à Daytona lui permet de monter en parallèle l'évolution du tueur, entre crises épileptiques et meurtres, avec sa destination finale, la petite famille Temper : une mère (Sharon Smith) élevant seule ses trois enfants tout en essayant de vivre une nouvelle aventure amoureuse avec son amant, et qui a fort à faire avec son gamin farceur, C.J. (C.J. Cooke), toujours prêt à faire une blague d'un goût douteux. Une manie qui aura un effet néfaste, puisque lorsque C.J. aura affaire à un vrai tueur, personne ne le croira.



Si tout cela n'est tout de même pas débordant d'originalité, force est de reconnaître à Scavolini un sens du rythme, du découpage et du décor (dominantes de rouge et de blanc) parfaitement approprié pour susciter une angoisse grandissante. La scène du trauma, assez décalée en elle-même, fait l'objet de plusieurs montages tout au long du film, et même si l'on en comprend vite la teneur, elle reste marquante (Scott Praetorius incarnant Tatum enfant s'avère un excellent choix ; tout comme l'homme au cigare, doté d'une moustache et d'une voix féminine, il présente par son sérieux, sa rustrerie et son accoutrement, des signes inhabituels qui intriguent et entretiennent la sensation d'étrangeté). Les cadres se resserrent de coupe en coupe, marqués de sons dissonants parfois un peu télescopés mais bien trouvés, et la tension monte sur une musique entêtante de Jack Eric Williams : ritournelles d'instruments à vent, arrière-fonds insidieux de piano, déglinguages à cordes, battements de caisse, une vraie symphonie maladive comme on les aime.



La meilleure séquence sera la dernière, "The Final Day", une variation effrayante et réussie de celle de "Halloween", à ceci près que les enfants y sont seuls et que le ton y est beaucoup plus âpre. On se dit que si la totalité du film avait pu bénéficier d'un traitement identique, "Nightmare" aurait pu être regardé comme une véritable perle. Toujours est-il qu'en dépit de son caractère plagiaire, Scavolini n'a manifestement pas eu l'intention de se moquer du spectateur, concoctant une œuvre mineure mais apte à réjouir les amateurs.

N'ayant été que consultant des effets spéciaux, Tom Savini poursuivit les producteurs en justice pour avoir mentionné son nom à l'affiche dans le seul but d'attirer les fans.






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