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Après des débuts industrieux dans l'écurie de Roger Corman et un pseudo-premier film pour le moins conflictuel coréalisé avec Olivio de Assonitis (voir la critique de "Piranhas II"), James Cameron entreprit de se tailler un nom au bulldozer et d'imposer sa signature. Offrant à Schwarzenegger un rôle rarissime de méchant en acier trempé, il nous livrait alors un film qui devait rester gravé dans les mémoires, grâce à un mélange maîtrisé de thriller haletant, de violence mate et de science-fiction apocalyptique.



En l'an 2029, suite à une guerre nucléaire, le monde en ruine est dominé par les machines. Quarante ans en arrière, dans un bouquet d'arcs électriques, deux hommes nus surgissent dans la nuit, chacun en un point différent de la ville de Los Angeles. Après avoir trouvé de quoi se vêtir, ils convergent vers Sarah Connor (Linda Hamilton), qui semble n'être qu'une serveuse de fast-food quelconque. En réalité, les deux hommes viennent du futur; et si le sergent Reese (Michael Biehn) est venu pour protéger la jeune femme, c'est parce qu'elle représente l'avenir de l'humanité. Un avenir mis en danger par l'autre envoyé du futur, un cyborg ultra-sophistiqué appelé "Terminator" (Arnold Schwarzenegger).



Vingt et un an déjà! "Terminator" est un grand méchant garçon, et le restera sans doute encore un bon moment. Qu'on aime ou pas le film de James Cameron, qu'on aime ou pas le genre dans lequel il s'illustre, difficile de ne pas le connaître. Prononcez son nom, et tout le monde sait de quoi il retourne. Encore mieux qu'un classique: une légende. Auprès de lui, tous les autres robots et cyborgs pâlissent singulièrement. Même la suite, quoique plus spectaculaire et mieux aboutie du point de vue de la réalisation, n'aurait pu marquer autant les esprits, Arnold y étant devenant un grand gentil toutou...

La méchanceté, quel plaisir! Et quel choix splendide pour incarner le "Terminator". Dans la plupart des cas, les acteurs bobybuildés sont là pour protéger la justice, les bons, les faibles, bref, grandes nounous rassurantes nous prenant par la main et mettant leurs muscles dans l'axe de notre identification fantasmatique. Ici rien de tel: notre grand Schwarzie est méchant, inhumain, ne nous veut que du mal, s'en prend à une pauvre jeune femme, traite sa propre enveloppe corporelle avec une indifférence calculée, empile les dommages collatéraux sans la moindre pitié et va jusqu'à dégommer tous les membres d'un commissariat... Le comble pour un homme qui allait devenir gouverneur californien!... On écarquille les yeux, on tremble, on s'accroche, et l'estomac vous fait comme un curieux point de fusion.



On peut considérer "Terminator" comme le vrai premier film de James Cameron. Le voilà parvenu à ce qu'il voulait depuis longtemps: exprimer un univers bien à lui, imposer un style bien à lui, tout en réalisant un passionnant film d'action. La quasi totalité des thèmes et des touches caméronien sont là: un monde inhumanisé par les progrès de la technique (depuis le policier bureaucrate au cyborg, en passant par les machines qui ont envahi le quotidien ou cette "Moufette" qui fait l'amour en gardant son walk-man...). La ville anonyme y apparaît sombre, blasée, froide et artificielle (les aspects datés du film, comme la musique synthé et les couleurs fluos, contribuent à renforcer cette sensation), les psychologies sommaires: si Reese vient sauver l'origine de la résistance humaine, le "Terminator" avance pour sa part en terrain conquis, et lorsqu'il écrabouille un jouet reproduisant un camion miniature, c'est à la façon dont un Homo Sapiens tuerait un singe au passage.

Le montage est sec, nerveux, les placements et les mouvements de caméra économes et fluides, Cameron variant les vitesses selon la tonalité générale qu'il veut donner aux épisodes culminants (le ralenti, qui nimbe les premières interventions du "Terminator" d'une aura terrifiante, ou au contraire les accélérations jaillissantes des poursuites). Le spectacle est garanti par l'avancée imperturbable et rectiligne du "Terminator", véritable rouleau compresseur, et par une gradation toute aussi régulière de l'ampleur des événements, dans lesquels les explications s'insèrent en ralentissant astucieusement le rythme là où il faut, quand il le faut, sans relacher la tension. Qu'importe alors les effets ratés de l'oeil électronique devant le miroir, ou la coiffure de Linda Hamilton, aussi séduisante que deux serpillières usagées réparties de chaque côté du visage? La réalisation superbement maîtrisée épouse le sujet du film, tout comme la musique tétanisante de Brad Fiedel, et nous emporte jusqu'au bout d'une terreur glaçante, avec une fausse fin impressionnante et qui appelait forcément une suite.



Après une telle démonstration de talent, il était impossible d'ignorer plus longtemps le nom de James Cameron; le début d'une filmographie prodigieuse commençait. Si vous trouvez cependant que la suite du programme a pris un goût un peu trop douceureux, reprenez donc un peu de "Terminator": un café noir bien tassé, sans sucre. Du grand cinéma.

Par manque de moyens, le film fut tourné en mono et non en stéréo.