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Quatre histoires de fantômes japonais : un homme quitte sa femme pour une autre, et se sent à nouveau attiré par elle ; deux hommes se retrouvent perdus dans la neige et sont attaqués par un spectre féminin ; un musicien non-voyant se retrouve face à des fantômes ; un homme aperçoit un personne énigmatique dans sa tasse de thé.



Une cousine de Sadako vient de trouver une nouvelle victime.

Bien avant l'invasion des films de fantômes japonais, il faudra savoir pourtant que les légendes surnaturelles nippones étaient déjà existantes, et avaient même une grande influence dans la culture japonaise. Outre les Yokai Monsters issus de multiples histoires fantastiques, les fantômes japonais et les histoires qui les suivent, ont un nom bien spécifique : Kaidan.

C'est dans les années 50 que des films de Kaidan vont fleurir, souvent inédit chez nous, et très nombreux. L'un des plus célèbres du genre, outre "Kwaidan" est sans conteste "Histoire de fantômes Japonais" de Nobuo Nakagawa ou un samouraï est tourmenté par les fantômes de sa femme, accompagnée par son amant. "Kwaidan" sera d'ailleurs le deuxième classique du cinéma japonais fantastique à sortir sur les écrans en 1964, puisque se trouvera à ses cotés l'excellent "Onibaba", qui n'est cependant pas un Kaidan.
Rafflant le prix du jury au festival de Cannes en 1965, "Kwaidan" deviendra cependant un film beaucoup trop rare malgré son excellente réputation. Un comble…


Un fantôme bien silencieux qui arrive là où on l'attend le moins.

Réalisateur du superbe et très violent "Hara-kiri", Masaki Kobayashi est le deuxième grand réalisateur japonais à se mettre au Kaidan, puisqu'on se souvient de "Contes de la lune vague après la pluie" de Kenji Mizoguchi qui plaçait le fantastique dans son film de manière inattendue. "Kwaidan" se découpe en quatre histoires, dont une qui fut coupée à sa sortie en France, suite à la trop longue durée du film. Car en totalité, le film arrive jusqu'à 2h40 !

Kobayashi prend son temps pour mettre en place ses sketches, et signe l'un des films à sketches les plus parfait et le plus abouti avec "Au cœur de la nuit". Chose assez rare puisque les films à sketches souffrent d'inégalité voire même d'un côté parfois bâclé assez désagréable. Ici, rien de tout cela : Kobayashi travaille chaque de ses plans et maîtrise ses histoires parfaitement. Et même si elles ont pu être reprises d'une manière ou d'une autre au cinéma par la suite, elles gardent toujours un impact certain.

"Cheveux noirs" est sans doute l'histoire la plus étonnante du lot, puisqu'il faudra attendre la fin pour que le fantastique fasse son apparition. Bien sûr, on ressent déjà le surnaturel dans les éclairages et la photographie, mais pour le reste c'est un drame simple qui nous ait été donné. Un homme quitte sa femme, trop pauvre, pour aller rejoindre un monde plus noble. Il épouse une bourgeoise capricieuse, et vit enfin dans la paix. Mais il revoit sans cesse sa femme, pour qui il commence à avoir une étrange fascination. Et pour dévoiler cette obsession, rien de vaut cette fabuleuse scène en montage alterné ou il tire des flèches sur une poignée de cibles et reste ébahi devant le regard imaginaire que lui lance sa femme, en train de coudre. Difficile de résumer comme tel, mais à l'écran Kobayashi fait des merveilles. Inévitable, la chute finale est sans doute le moment le plus mémorable du métrage entier, parfumé d'une aura irréelle, angoissant, macabre voire gothique. Si il y a bien une scène qu'il ne faut pas manquer c'est bien celle là, et d'ailleurs je me tairais pour ne rien vous gâcher.


En voila un qui se fait méchamment tirer les oreilles.

"Yuki Onna" sera donc le sketch coupé en France, rappelant par ailleurs l'une des histoires du film à sketch "Rêves" de Kurosawa et même "Ring" pour la fantomette qui s'y trouve. Perdu dans la neige, deux hommes se réfugient dans une cabane, alors que la tempête de neige se déchaîne. Soudain, une créature spectrale surgit et tue le vieil homme d'un souffle glacé. Son jeune disciple est cependant épargné, à une seule condition : il faut qu'il ne raconte jamais ce qui vient de se passer. Va-t-il tenir sa promesse, surtout qu'il trouvera la femme de sa vie après sa mésaventure ?

Impossible d'oublier le décor enneigé du début, avec un œil gigantesque scrutant les personnages à travers la foret. Tourné en studio ; le film n'est pourtant jamais kitch et encore moins mal foutu : tout le secret réside dans ses éclairages, ses couleurs et ses magnifiques décors. Ce sketch-ci profite pleinement de la qualité esthétique de l'ensemble, et nous surprendra jusqu'à la fin, réservant une surprise de taille.


L'un des nombreux spectres aux yeux bridés du film

"Histoire de Miminashi Hoichi" réussit à faire encore mieux, et exploite davantage l'explosion de couleurs et de fantastique mis en place par Kobayashi. L'introduction, longue et digne d'une magnifique pièce de théâtre (et pourquoi pas d'une tragédie) montre un joueur de biwa racontant en musique les origines du clan Heike. Jouant son œuvre dans un cimetière, il réveille malheureusement un clan de fantômes cherchant à présent sa mort. Des bonzes recueillent le jeune homme pour le protéger et le recouvrent d'inscriptions pour éviter une éventuelle vengeance des spectres. Si la musique (sublime) a son importance dans l'histoire, les spectres sont également très nombreux et inquiétants, donnant lieu à des scènes fantastiques visuellement sans faille, comme l'irruption d'un samouraï fantôme peu engageant. Une touche de violence est également apportée par rapport aux deux autres histoires, et plutôt efficace en plus.

"Dans un bol de thé" conclue de manière plutôt sobre le film, se démarquant par moins d'artifices visuels et un rythme moins lent. Un samouraï boit son thé comme à son habitude, sauf qu'il y a un détail un peu inhabituel cette fois-ci : il voit constamment un visage apparaître dans sa boisson ! Excédé, il finit par boire son thé et continue ses occupations quotidiennes. Pas de chance, l'homme qui lui est apparut revient en chair et en os et le défie. Mais là encore un problème se pose, il traverse les murs et disparaît ! Ah ben oui ça change…
Un peu faible par rapport aux autres histoires, ce sketch reste cependant bien ficelé, scotchant par son intrigue et inquiétant dans sa chute. Une petite réussite en quelque sorte.
Chef d'œuvre du cinéma fantastique made in Japan, "Kwaidan" a su parfaitement s'imposer dans le monde des Kaidan, et aura même influencé par ses plans et sa qualité visuelle irréprochable, un grand nombre cinéaste dont Coppola. Rien à redire, précipitez vous sur la galette numérique sortie chez Criterion, avec des sous-titres anglais à son bord.








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