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Deux courts métrages de Monsieur Burton : "Vincent", un petit garçon fasciné par Vincent Price sombre dans la démence; "Frankenweenie", après la mort de son toutou préféré, un gamin savant tente de le ramener à la vie avec ses propres moyens.



Bien avant "Beetlejuice" et son délirant "Pee Wee Big Adventure", Tim Burton était un simple animateur, se retrouvant ainsi sur le déplorable et curieux "Seigneur des Anneaux" version Ralph Baski et finit par échouer chez Disney. Avec sa fonction d'animateur, il se retrouve à travailler sur "Tron" ou encore "Rox & Rouky".

Fan de cinéma fantastique depuis son enfance, Tim Burton n'allait surtout pas gâcher une carrière chez Disney et s'attelle à la réalisation de deux courts, "Vincent" et "Frankenweenie".
Attention cependant, même si le logo Disney se cache derrière les deux films, n'y voyez surtout pas des productions typiques du studio : bien au contraire, Burton devra quitter l'univers de Disney à cause de ces deux perles, beaucoup trop sombres pour une firme se voulant familiale.

Disney renvoya le pauvre Tim mais sortira quelques années plus tard, lorsque la célébrité toucha le fameux réalisateur, "Frankenweenie" en VHS en le délivrant comme un produit familial, et ira jusqu'à le censurer !! On croit vraiment rêver…



"Vincent" est couplé en bonus avec "L'étrange Noël de monsieur Jack" en VHS puis en Dvd alors que "Frankenweenie" n'est disponible que sur le DVD du film, et restait jusqu'ici quasi introuvable malgré une lointaine diffusion sur Canal + dans les années 90. Enfin, les deux films se retrouvent en bonus sur le DVD de "L'étrange Noël de monsieur Jack", mais en version française, ce qui détériore quelque peu la qualité des deux films.

Je serais clair même, les versions françaises sont médiocres et rendent la vision des deux films assez pénible. La seule option intéressante est de les regarder sur le même Dvd en version originale, avec ou sans sous titres… néerlandais !!! Un effort s'impose donc à les découvrir en version originale sous peine d'être assez déçu.

Tourné en 1981, "Vincent" permet à Burton d'utiliser une technique d'animation littéralement fascinante : celle de l'image par image, qu'il réutilisera avec entrain dans "L'étrange Noël de monsieur Jack" ou encore dans son prochain film, "The corpse Bride", voire par petites touches dans "Pee Wee Big Adventure" ou "Beetlejuice".Influencé par Irene Starewicz et Ray Harryhausen, il anime de magnifiques marionnettes de son cru dans des décors torturés et tortueux, comme il les affectionne tant.



Tourné en noir et blanc, "Vincent" est un récit macabre et inquiétant bien loin de l'univers Disney, où Burton va apporter une touche autobiographique. Grand fan de Vincent Price devant l'éternel, il utilise ses traits physiques singuliers pour créer son personnage principal : cheveux hirsutes, visage long et mince, silhouette maigrichonne et mystérieuse. Le petit Vincent EST Tim Burton.
Enfant sage vivant dans un home sweet home parfait, il préfère se réfugier cependant dans un monde fictif et morbide, où il prend les traits de Vincent Price pour mieux torturer son chien, peindre un portrait de sa bien aimée imaginaire, accomplir des expériences douteuses… Un sourire de sadique et des manières raffinées qui n'ont strictement rien à voir avec le vrai petit Vincent, portant un regard doux et une figure sereine.

Vivant reclus dans son univers cauchemardesques, il ne distingue plus rien de la réalité ou de l'imaginaire et meurt à petit feu jusqu'à ce plan final terrible, bercé par la voix de Vincent Price, ici narrateur du conte. Car tout l'intérêt de la V.O réside dans cette voix inoubliable, qui secoue, terrifie et envoûte le spectateur jusqu'à ce dénouement d'une tristesse inénarrable, se terminant dans un générique sobre et pourtant si maussade, si émouvant, si déprimant. Un court d'animation aussi fort et aussi dérangeant mérite toutes les louanges, et c'est un véritable un chef d'œuvre Burtonnien qui se trouve en face de nous, seulement neuf petites minutes, et pourtant si inoubliables. Quelque part, le court métrage résonne comme un long pleur face à la mort de Vincent Price (pourtant vivant à l'époque du film) comme l'atteste ce générique de fin qui donne envie de dire instantanément : R.I.P Vincent Price, R.I.P…

Moins torturé que "Vincent", "Frankenweenie" porte un peu plus la patte de Disney tout en gardant celle indispensable de Burton. Toujours en noir et blanc (un magnifique noir et blanc que Sir Burton réutilisera dans "Ed Wood"), "Frankenweenie" transpose le thème de Frankenstein de manière moderne… et animalière.



Apparemment descendant du baron de Frankenstein, le jeune Victor vit dans un hameau 100% certifié U.S.A, avec ces enfants adeptes du base-ball, ces voisins suspicieux, ces gentilles maisonnettes, son école, cette petite vie calme… Une satire de l'american way in life que Burton reprendra en plus agressive dans "Edward aux mains d'argent" en décrivant des habitants encore plus frappadingues. Mais le jeune Victor devrait savoir que la vie n'est pas un long fleuve tranquille, et la mort de son chien Sparky, écrasé par une voiture, va l'achever.

Lors d'un cours de sciences, il apprend que l'électricité peut éventuellement ressusciter de la matière morte. Littéralement subjugué par cette idée, il se confectionne un mini-labo où il ressuscite son chien un soir d'orage. Toujours aussi gentil, Sparky est cependant vu comme un monstre (il porte évidemment des cicatrices sur tout le corps) par le voisinage, et Victor doit trouver un moyen pour garder coûte que coûte son gentil clébard.
Burton s'amuse à effrayer via le chien une tripotée de personnages parfaitement détestables (la barbie de service, le voisin trop curieux, la grosse rombière) et évite la mièvrerie malgré un happy end amusant, un peu trop disneyien sur les bords mais cocasse.
L'esthétisme "made in Burton" est reconnaissable par fragments, avec le cimetière d'animaux ou le mini golf abandonné, donnant une relecture originale de la fameuse scène du moulin.

Alors qu'il semble être un simple court, "Frankenweenie" fait appel à quelques personnalités de l'époque dont la présence justifie à elle seule le visionnage : Shelley Duvall (la gentille mocheté de "Shining"), Daniel Stern (l'un des voleurs débiles de "Maman j'ai raté l'avion" aperçu également dans "C.H.U.D" ou "Léviathan"), Barret Oliver (petit enfant star présent dans "L'histoire sans fin", "D.A.R.Y.L" ou "Cocoon") mais aussi Paul Bartel et surtout Sofia Coppola ( !?!) en blondinette insupportable qui se retrouve affublée du surnom Domino au générique. Il se sera amusant de voir que le petit chien Sparky (un bull terrier comme notre "Baxter" nationale) fera une courte apparition dans "Blue Velvet" !! Comme quoi, les animaux aussi aiment fréquenter les grands films.

Chef-d'œuvre d'un côté, excellent court de l'autre, voila une paire de Burton-movies brillantissime, à se procurer d'urgence, et surtout si on accroche facilement au monde unique du grand Tim.






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