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Los Angeles - 30 décembre 1999, dans une ambiance fin de monde, se prépare à passer du 20ème siècle au 21ème siècle. Dans ce climat délétère, Lenny Nero, vend à des clients une part de rêve, à travers des clips clandestins, qui permettent de se mettre dans la peau d'autres personnes. En marge de la société, il tombe sur l'enregistrement d'un meurtre, celui d'une prostituée du nom d'Iris. Le voilà impliqué dans une affaire dont les ramifications lui échappent.



Alors que nombre de films de science fiction deviennent cultes auprès d'un large public (le trop surestimé "Matrix"), d'autres restent dans l'ombre. Et, pourtant, ils mériteraient largement leur place au soleil. C'est le cas de "Strange Days", un film né de l'imagination fertile de James Cameron, qui préfère laisser la mise en scène à celle qui partagea un temps sa vie, Kathryn Bigelow. Difficile de dire si l'on y perd au change. Là où le cinéma de Cameron laisse parler les gros bras (et ce jusque dans le deuxième épisode de la saga "Aliens"), Bigelow tout en se montrant une femme à poigne (l'étonnant polar "Blue Steel" à son actif) y met sa touche personnelle empreinte de respect pour les protagonistes de son histoire. Du coup, l'on y croit dur comme fer à ce film de Science-fiction proche de nous.



Les trois interprètes principaux sont très bien servis. Que ce soit Juliette Lewis, à peine échappée du scandale de "Tueurs nés" qui sert un rôle à la fois fragile et combatif, toujours aux marges de la société. Comme ses camarades de jeu d'ailleurs qui sont des anti-héros à la recherche d'eux même et d'un peu de bonheur. Ralph Fiennes et Angela Bassett n'ont jamais été aussi bien servis. Condition sine qua non de la réussite artistique : la crédibilité de l'environnement urbain, que ce soit avec une description tour à tout via les télévisions ou le regard des protagonistes. On a ainsi droit à une guérilla urbaine de tous les instants. C'est justement là que prend place le meurtre d'un rappeur contestataire. Alors, "Strange Days" se draperait-il dans les oripeaux de la contestation sociale ? Affirmatif ! Les brutalités policières y sont notamment dénoncées. Le scénario utilise alors les émeutes qui rendent peu sûres les rues de la Cité des Anges. On est donc loin du simple produit spectacle.



Pour autant, la réalisatrice n'en oublie pas d'émailler son récit de scènes d'action parfaitement réussies : dès l'intro nous sommes placés dans la tête d'un cambrioleur à travers l'usage d'un de ces clips clandestins, qui donnent aux clients des poussées d'adrénaline par procuration, la voiture en flamme qui plonge dans l'eau ou le final. Intelligemment, le scénario nous dévoile progressivement les événements, en nous plaçant uniquement du côté de Lenny. Faisant de nous exactement ce que dénonce le propos du film, des individus vivant des sensations des autres sans en prendre le risque. Triste constat d'une société qui n'offre plus d'échappatoire à ses citoyens. La phrase de Max, l'ami de Lenny, enfonce le clou, lorsqu'il affirme que l'humanité ne peut plus rien inventer (dans les domaines musicaux, artistiques ou politiques). Du coup, il appelle de ses vœux la fin d'un monde, estimant que c'était la seule expérience qu'il nous manque.



Violent dans sa description d'une société qui est en fait contemporaine à la nôtre (l'année 1999 ayant été atteinte assez vite, seul bémol car donnant une connotation "dépassée" et non plus prophétique au film), la scène la plus rude et qui est susceptible de mettre mal à l'aise nous montre le viol/meurtre d'Iris, dont le tueur fait ressentir et voir les émotions en lui mettant un de ces fameux casques enregistreurs. Pas loin du voyeurisme, dont nous abreuvent à longueur de journée des médias sans aucunes barrières morales. L'univers dépeint dans ces "Jours étranges" est bien plus réel que science-fictionnel. A force de perdre son humanité, l'être humain risque de se laisser enfermer dans un univers carcéral, qui à défaut de barrière en fer, sera celui de son univers mental. A nous de rester vigilants face aux dérives d'une vie que l'on vivrait uniquement par procuration.








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