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Quatre ans après les ravages qu'avait causés un grand requin blanc sur la station balnéaire d'Amity, la vie semble avoir retrouvé son calme et les vacanciers se ruent sur les immenses plages de l'île paradisiaque dirigée par le maire Mayor Vaughan, heureux du succès de cette saison estivale. Rien ne semblait perturber ces vacances ensoleillées jusqu'à ce que de mystérieuses disparitions aient lieu : des bateaux sont retrouvés sans occupant, des plongeurs disparaissent… Autant d'incidents qui semblent coïncider avec les évènements d'il y a quatre ans! Pour le shérif Martin Brody il n'y a pas de doute là-dessus : un requin sévit à nouveau dans les eaux d'Amity et il semble énorme…



En 1975, le réalisateur Steven Spielberg sort dans les salles obscures un film de requins nommé "Jaws", alias "les dents de la mer", qui deviendra au fil des années la référence en termes de sharks movies. Un succès si grand que les producteurs David Brown et Richard D.Zanuck décidèrent, après de longues hésitations, de réitérer l'exploit en donnant une suite au film de Steven Spielberg. Un projet qui a eu du mal à aboutir, les malchances ne cessant de se succéder au fur et à mesure que les idées fusaient… Le premier souci fut de se procurer un scénario suffisamment étoffé et intéressant pour que les gens aient envie de se replonger dans une histoire de requins mangeurs d'hommes, d'autant plus qu'à cette époque les suites directes n'étaient pas chose courante (ce fut surtout la saga de "la planète des singes" qui lança cette tendance). Peter Benchley, le scénariste principal de "Jaws", proposa quelques idées intéressantes mais peu réalisables, puis ce fut au tour d'autres collègues à lui de tenter leurs chances mais la plupart des scripts proposés s'éloignaient beaucoup trop de l'œuvre originale… C'est alors que le producteur Richard D.Zanuck pris conscience, auprès de maintes enquêtes, que le public désirait revoir le shérif Martin Brody et sa femme Ellen et était désireux de revoir l'île balnéaire dont il était question dans le premier opus. C'est en partant sur ces principes que le scénariste Carl Gottlieb (qui avait collaboré avec Peter Benchley pour le premier opus et tenait par ailleurs le rôle de Ben Meadows dans le film de Steven Spielberg) repris certaines ébauches de scénarios proposés et les retravailla pour n'en faire qu'un, répondant au mieux aux besoins des spectateurs. Le second souci rencontré vint de Steven Spielberg qui, je cite, "ne voulait rien savoir au sujet de cette suite". David Brown et Richard D.Zanuck se mirent alors à la recherche d'un réalisateur pour mettre sur pellicule le second opus de l'un des plus grands chefs-d'œuvre des studios Universal. Après quelques recherches peu fructueuses, le réalisateur John Hancock fut choisi mais peu de temps après il abandonna le tournage, celui-ci ne se sentant finalement pas assez de taille pour tenter d'égaler le succès planétaire du premier opus, chose invraisemblable selon lui. Plusieurs noms circulèrent ensuite pour le remplacer et Verna Fields (qui avait reçu un oscar pour le montage de "jaws", ce qui lui avait valu la place de vice-présidente du studio) trouvait en la personne de Jeannot Szwarc, un réalisateur peu connu (quelques réalisations d'épisodes de séries télé tels que "kojak" ou encore "les têtes brûlées"…), suffisamment de qualités pour lui confier la réalisation de "jaws 2". Un bon choix à en croire le succès de ce second opus : le film a en effet engrangé 1/3, voire même 40% des bénéfices totaux de l'original. Une réussite que le duo de producteur explique par le fort intérêt suscité par la suite d'un film à succès mais également par la réalisation tout bonnement sublime de Jeannot Szwarc.
Mais qu'en est-il vraiment de cette première suite du film "les dents de la mer" ? Pour le savoir, parcourons ensemble le long-métrage de Jeannot Szwarc.



Pour ce second opus, il était impératif, selon les producteurs, que le public retrouve la charmante famille du premier volet, à savoir le regretté Roy Scheider (qui nous a quitté le 10 février 2008 à l'âge de 75 ans à Little Rock, dans l'Arkansas, après avoir joué entre autres dans "les dents de la mer", "french connection", "marathon man", "le festin nu" ou encore "paiement cash" et "the punisher") dans le rôle du shérif Martin Brody et Lorraine Gary ("les dents de la mer", "les dents de la mer la revanche", "car wash"…) dans celui d'Ellen Brody, sa femme. On prend également plaisir à retrouver l'acteur Murray Hamilton ("les dents de la mer", "amityville la maison du diable", "1941"…) dans la peau du maire d'Amity ainsi que Jeffrey Kramer qui a cette fois-ci troqué son rôle de député pour celui d'adjoint du shérif.
Roy Scheider est toujours impeccable dans son rôle de chef de la police : Carl Gottlieb nous dépeint un homme hanté par ses démons personnels mais qui sait rester raisonné et sérieux dans son travail, soucieux de la protection des citoyens d'Amity (à tel point qu'il n'hésitera pas à faire évacuer la plage, croyant avoir vu un requin). Martin Brody est quelqu'un sachant prendre parti quand il s'agit de la sécurité humaine et faire preuve de bravoure dans les moments les plus délicats (référence aux passages où il s'attaque au requin). Un personnage en parfaite opposition avec celui du maire Mayor Vaughan (Murray Hamilton), antipathique et pourtant si jovial, qui est toujours aussi confiant, avide d'argent et insoucieux des dangers que peuvent encourir les touristes sur ses plages. Un homme qui ferait tout et n'importe quoi pour que la saison estivale apporte un maximum dans les caisses de la mairie, quitte à se séparer de ses meilleurs hommes tels que le shérif Brody, persuadé de la présence d'un requin dans les eaux d'Amity et qui est, selon Mayor, une menace pour les bénéfices engrangés grâce au tourisme. Par contre, on regrettera peut-être le personnage de l'adjoint du shérif (Jeffrey Kramer) : un agent un peu niais, sachant se montrer sensible (il ne désire pas prendre la place de Brody après son licenciement), mais dont le doublage français est malheureusement catastrophique et rend le personnage irritant par moment…
A ce petit casting toutefois fort sympathique vient se greffer une bande de jeunes dont les principales activités semblent être la voile et les pique-niques en bord de mer. Parmi tout ce jeune monde, on repère assez facilement quelques personnages bien stéréotypés : deux intellos à lunettes un brin "loosers" avec les filles (dont un qui bénéficie d'un doublage français affreux), le jeune costaud débrouillard et meneur du groupe, les quelques "lovers", les deux fils de Martin Brody, la jolie fille prise pour cible par la communauté masculine mais qui s'avère finalement assez farouche… De manière générale, on ne peut pas reprocher grand-chose à ce casting jeune, tous faisant du bon boulot en termes d'interprétation. Je retiendrai surtout la grosse performance de l'actrice en herbe Ann Dusenberry (dans le rôle de Tina) qui joue de façon remarquable : rarement j'ai vu quelqu'un jouer aussi bien la panique (suite à l'attaque du requin, on la voit pétrifiée de peur, tremblante, bégayante, transpirante, les yeux grands ouverts et le visage hagard : un grand moment que celui-là!). Le seul véritable regret est de ne plus retrouver au sein du casting le brillant Richard Dreyfus ("american graffiti", "rencontres du troisième type", "les dents de la mer", "le président et miss Wade", "poséidon"…) dans le rôle de Matt Hooper.

En ce qui concerne le scénario à proprement parlé, on remarque que le film se distingue en grande partie de son aîné. Alors que "jaws" jouait davantage sur les dialogues et la psychologie des personnages, "les dents de la mer deuxième partie" s'avère être bien plus porté sur l'action et ne lésine pas sur les apparitions du requin, chose que souhaitait avant tout le réalisateur Jeannot Szwarc. Dès l'introduction du film, deux amateurs de plongée se font dévorer par le requin. Leur disparition énigmatique va inquiéter le shérif Brody qui va alors être confronté, durant la première moitié du film, à d'autres faits étranges (un bateau qui explose, une skieuse qui disparait...) et marquants comme la découverte d'un orque à moitié dévoré sur la plage, lequel, au vu des morsures, interpellera le shérif sur la présence d'un requin dans les parages. A partir de là, la seconde partie du film commence : une bande de jeunes décident de partir faire de la voile sans se soucier de ce qui inquiète tant le shérif Brody. La seconde moitié de "jaws 2" nous narre les attaques successives du squale sur nos jeunes inconscients : une partie fort réussie, pleine d'action (notamment l'attaque du requin sur un hélicoptère que nous rappellera par la suite "la mort au large" alias "ultimo squalo"!) et au rythme très bien maintenu (on ne s'ennuie pas une seconde).



On peut le dire, les scènes d'action sont nombreuses et beaucoup méritent que l'on s'y attarde selon moi. On retiendra tout d'abord de "jaws 2" la scène culte du film où une jeune femme en ski nautique, tractée par un hors-bord, se fait courser par notre bête sanguinaire. Une scène cruelle qui se finira par l'explosion du bateau qui laissera une belle brûlure sur toute une partie du museau de notre squale, la marque de fabrique du requin de "jaws 2". Cette scène sera tellement appréciée par les membres de l'équipe qu'elle deviendra l'affiche du film à sa sortie ciné et VHS. D'autres scènes sont impressionnantes également comme par exemple la découverte de l'orque à moitié dévoré sur la plage ou encore la scène où le shérif Brody tombe nez à nez avec un cadavre… Pour ma part, j'ai une petite préférence pour une séquence où un pêcheur se fait surprendre par le requin dans les algues (1h05 de film exactement pour les curieux! RIRES!). Tant de scènes qui nous montrent la volonté du réalisateur et du scénariste de nous offrir un film énergique, tout en gardant le côté inquiétant venant du fait que l'on ne sait pas ce qu'il y a sous l'eau…
De son côté, le scénariste Carl Gottlieb désirait éclaircir un peu plus les relations entre le shérif Brody et sa femme, les liens forts qui les unissent, notamment dans les dures épreuves de la vie (lors de la sortie en mer de Martin Brody pour chasser le squale et sauver ses enfants, ou encore quand il rentre saoul du travail après avoir été licencié…). Il a également voulu, comme il le dit dans les interviews, tisser les liens entre Martin Brody et ses enfants, surtout avec l'aîné sur qui il a du mal à faire entendre son autorité parentale. Carl Gottlieb s'est beaucoup tourné sur les relations entre jeunes car, ne l'oublions pas, ceux-ci restent le centre de l'histoire, la cible préférentielle du requin durant toute la deuxième moitié du film. Pour cela, le scénariste a étudié les comportements des groupes d'adolescents des villes et les a transposé dans un environnement marin (la voiture devenant un catamaran, le fast-food citadin un pique-nique au vieux phare…). Insérer cette bande de jeunes dans le scénario permit également à Carl Gottlieb de donner quelques touches d'humour assez rafraîchissantes (exemple d'une réplique entre les deux "loosers" : "T'as vu comment elle t'a regardé ? Je suis sûr que tu lui plais !", "J'suis maigre, je porte des lunettes et je vis sur cette petite île toute l'année, j'suis trop cloche pour elle…", "Oui, t'as sans doute raison, elle devait regarder ailleurs").

Parlons à présent du visuel du film, là encore Jeannot Szwarc a fait du très bon travail et il le sait! Ses plans sur la plage avec le phare en fond sont sublimes, tout comme les passages sous l'eau, au milieu des algues et des bancs de poissons. De même, les décors sont bien choisis : outre notre bonne vieille plage envahie par les touristes (si caractéristique des films d'attaques sous-marines tels les sharks movies en général ou encore "piranhas"…), on a le vieux phare, le transformateur perdu au beau milieu de la mer… Que des endroits entourés d'eau qui nous rappellent que nous ne sommes pas en sûreté tant qu'il n'y a pas de terre ferme.

Concernant les effets spéciaux de "jaws 2", je préfère le dire tout de suite : le film ne comporte pas le moindre plan gore tel une jambe ou un bras arraché avec effusion de sang. Désireux d'obtenir l'"accord parental souhaité pour les enfants", l'équipe du film n'a pas voulu faire d'excès et s'est limitée à quelques plans montrant du sang dans l'eau. Par ailleurs, une jeune fille se fait avaler d'un coup par le requin mais toute la scène est faite avec notre squale de dos! Toujours pour ne pas choquer le jeune public et les âmes sensibles, la terrible (et osée!) scène de l'hélicoptère a été coupée dans la version cinéma et est disponible sur les bonus du dvd dans son intégralité (qui reste soft malgré tout mais qui est vraiment palpitante!). Un film sanglant ne fait pas forcément un bon film, la preuve est là : notre requin est vraiment impressionnant et sait attaquer par surprise pour nos plus beaux effrois! Parlons du requin justement : c'était Bob Mattey, retraité, qui avait confectionné le requin de "jaws" premier du nom. Malheureusement, les modèles utilisés lors du film de Steven Spielberg ont été laissés dehors et ont moisi, ce qui a contraint l'équipe de Jeannot Szwarc à reprendre les mêmes moules que ceux pris pour "jaws" et de refaire les requins : un gros sur une plate-forme de trois tonnes, un deuxième de taille réelle qui était tracté par bateau, et enfin un grand aileron tiré par un hors-bord également (notamment pour la scène du ski nautique). Les requins utilisés sont donc quasi les mêmes que ceux de Steven Spielberg trois ans auparavant (donc que l'on ne me dise pas : le requin de "jaws" est plus beau que celui de "jaws 2" car, mise à part la brûlure, ce sont les mêmes!), la seule chose différente est que les structures internes (valves et électronique) ont été refaites. On obtient donc un résultat de toute beauté, même si l'on peut toujours titiller en disant que l'on aurait aimé voir un peu mieux certains détails de l'épiderme, les oscillations dans l'eau vues de plus prêt…



Finissons comme d'habitude avec moi par la musique du film. Pour beaucoup, il s'agit du point faible de "jaws 2", chose que je ne comprends pas. Revenons au commencement : tout le monde connait le célèbre air de "jaws" que beaucoup considèrent comme l'air de cinéma le plus connu au monde. C'est le compositeur John Williams qui en est le géniteur : un homme brillant qui a su se faire une solide réputation grâce notamment à la BO de "jaws" mais également grâce aux BO des "Starwars". Pour ce deuxième opus, John Williams a été rappelé pour y confectionner la musique : un projet difficile car le film contient bien plus d'aventure et de passages en mer, d'où un besoin supérieur en rythme par rapport au premier opus. Un travail si laborieux que John Williams a commencé à créer la musique bien avant la fin du tournage, s'aidant de story-boards et du scénario de Carl Gottlieb (difficile de se rendre compte du rythme en utilisant uniquement des indices sur papier!). Pour ce film, notre compositeur fétiche a repris certains éléments de "jaws" (reprendre un thème musical pour une suite était une chose inédite pour un film de genre) et a créé à partir de ceux-ci de nouvelles musiques, l'indicatif musical étant ainsi gardé. Il en résulte "une musique plus vaste et un peu plus expansive car les instruments sont plus variés et les notes plus longues" selon les dires de John Williams. On retrouve donc nos orchestres de violons allant crescendo quand le danger rôde, une musique plus gaie lors des scènes sur la plage ou entre les adolescents, et enfin une musique mélodieuse quand on explore les fonds marins. Selon moi, la bande originale, bien qu'inférieure à celle de "jaws", demeure de très bonne facture, même si cela n'engage que moi…

Pour résumer, "les dents de la mer deuxième partie", bien qu'il soit en-dessous du premier opus synonyme de chef-d'œuvre, est une suite plus ancrée action que son aîné, certes moins élaborée psychologiquement que "jaws" mais de très bonne facture toutefois, n'en déplaisent à certains qui lui reprocheraient un manque de scènes sanglantes… Un très bon moment que cette suite, contrairement aux deux autres qui suivront d'où ma note que certains pourront trouver excessive mais qui selon moi reflète en quelque sorte l'indéniable qualité du travail fourni pour mettre à jour cette suite du culte "jaws".

-L'acteur Murray Hamilton (le maire d'Amity dans le film) a dû quitter le tournage pour être auprès de sa femme qui s'apprêtait à subir une biopsie pour un cancer : l'équipe a donc été contrainte à mettre sur pellicule en deux jours toutes les scènes où il apparaissait.
-Le réalisateur Jeannot Szwarc avoue que l'équipe a eu des soucis pour sortir le film dans les pays francophones : en effet le jeu de mot "les dents de la mer 2" ("merde") ne pouvait apparaitre sur les affiches de cinéma d'où le titre chez nous "les dents de la mer deuxième partie".






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