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Dans un monde imaginaire, suite à l'alignement de trois soleils, deux espèces se séparent en deux clans : les Skeksis et les Mystiques. Des milliers d'années plus tard, les trois soleils vont bientôt s'aligner une nouvelle fois, et pour faire fusionner les deux espèces en voie d'extinction, c'est un jeune Gelfing qui est chargé de retrouver l'éclat manquant d'un cristal sacré…



Les années 80 ont été marquées par deux grands classiques de l'Heroic Fantasy, au style radicalement différent, mais qui vont transformer l'Heroic Fantasy en un sous-genre aussi rentable qu'intéressant : d'abord \Conan le Barbare\ en 1981, baignant dans un univers plus Heroic que Fantasy, hyper violent et décoiffant ; puis en 1982, "Dark Crystal" qui repose sur un univers plus Fantasy que Heroic, révolutionnant le genre puisque entièrement joué par des marionnettes.

Si aujourd'hui, ce sont les images de synthèse qui remplacent parfois les acteurs, ici ce sont des créatures imaginaires inventées par le papa des Muppets : Jim Henson.

Avec le succès fracassant des séries cultes "Un rue Sésame" et "Les Muppets", Henson se retrouve ballotté constamment entre Londres, Los Angeles et New York. Coincé à l'aéroport suite à un épais brouillard, il griffonne toutes les idées lui venant à la tête dans un petit carnet, créant ainsi petit à petit l'univers de "Dark Crystal". Ce carnet est d'ailleurs reproduit et commercialisé avec le coffret collector zone 2 édité il y a quelques temps, un petit bijou !



Jim Henson s'allie avec deux personnalités baignant à l'époque dans le monde de "Star Wars" : Frank Oz et Gary Kurtz.
Oz est l'interprète vocal de Peggy la cochonne et de Yoda, alors que Kurtz s'est joint à Lucas pour construire l'univers célèbre de "Star Wars". Manque de chance, Kurtz, qui est un élément clé dans le monde de "Star Wars", aura quelques problèmes avec Lucas et quittera l'entreprise. On ne sera pas étonné de voir la nouvelle trilogie de Lucas affectée par son absence.

"Dark Crystal" sera plutôt bien accueilli en salles et deviendra culte, sans atteindre le succès phénoménal et le gigantesque merchandising appliqué à "Star Wars", il bénéficie d'un succès calme qui lui va plutôt bien.
Tout comme Lucas ou Jackson, Jim Henson développe un univers imaginaire foisonnant, rempli de créatures et de multiples secrets. Aucune série, aucun dessin animé ou suite ne viendra le creuser encore plus, ce qui est un peu dommage si le spectateur un tant soit peu curieux veut en savoir plus ou se retrouve carrément subjugué par l'univers typiquement Fantasy du film.

Suite à un séisme causé par l'alignement de trois soleils, une race de créatures légendaires se scinde brutalement en deux groupes totalement différents : Les Mystiques, de gros lézards bruns, pacifistes et emplis de sagesse, et les Skeksis, des mochetés hystériques et sadiques qui se sont empressées de prendre le pouvoir. Il manque un morceau au cristal sacré pour pouvoir redonner l'équilibre à ce monde, et l'alignement des trois soleils va reprendre dans peu de temps. Voyant son maître Mystique mourir, Jen est envoyé pour retrouver l'éclat du cristal. Jen est un Gelfling, une race massacrée par les Skeksis et dont il est l'unique survivant. Sur son chemin, il rencontre une femelle Gelfling, Kira, avec qui il va partir à l'aventure.



Univers de pure Fantasy oblige, le monde de "Dark Crystal" regorge de monstres et de chimères, se cachant même dans les moindres décors comme l'atteste la scène du marais, qui semble vivant jusque dans ses moindres petits brins d'herbe ou la montagne cachant l'antre de Aughra, remplie de machins tentaculaires peu rassurants. Possédant tous sans exception une physionomie différente, les différentes races de créatures présentes dans le film sont tirées de l'imagination débordante de Jim Henson et Brian Froud, des créatures animées avec un soin vraiment particulier (les fameux gardes Garthims, d'énormes scarabées belliqueux, se meuvent avec une fluidité terrifiante), les éloignant des traditionnels Muppets.

A ce titre là, seuls les Podlings, des petits nabots à tête de patate, s'excitant n'importe où et n'importe comment, restent sûrement plus drôles et plus attachants que les pelucheux Ewoks. Mais Henson leur fera goûter pendant tout le film un sort peu enviable en les transformant en esclaves maltraités à la solde des Skeksis, les torturant avec la lumière du cristal pour tirer leur fluide vital, qu'ils boivent pour se régénérer. On retiendra également un autre personnage très Muppets dans le physique, à savoir la boule de poils accompagnant Kira, roulant, mordant et aboyant quand quelqu'un s'approche trop de lui. L'occasion pour Henson de nous faire sursauter le temps de quelques secondes lors d'une scène tordante.

La relation entre les Skeksis et les Mystiques est d'ailleurs des plus ambiguës, écartant un certain manichéisme. Alors forcément, les Skeksis sont des rapaces difformes et squelettiques s'arrachant la gueule pour trouver un nouveau roi, se trahissant, se combattant sans arrêt et se baffrant comme des porcs quand ça leur chante (l'hallucinante scène du festin, avec une nourriture très vivante). Et pourtant les deux clans n'en forment qu'un : ils sont donc du même nombre et si un Skeksis meurt, un Mystique disparaît instantanément. Idée brillante, forçant les deux jeunes Gelflings à éviter d'éliminer les infâmes monstres.



Parfois très sombre, voire cruel (les Skeksis sont loin d'être des anges), "Dark Crystal" évite toute niaiserie à la Disney ou des quelconques facilités (pas d'émotion à deux balles ou de chansons redondantes). "Dark Crystal" est un film mature, parfois drôle, et toujours d'une grande finesse et l'histoire n'est pas là pour jouer un rôle ludique ou moral, elle est magnifiquement construite, complexe même, et jamais ennuyeuse.

Avec le temps quelques détails ont bien sûr vieilli, non pas dans les décors ou les personnages, mais plutôt dans certains effets visuels comme l'envol des chauves-souris cristal soudainement raté ou les êtres de lumière apparaissant à la fin, pas 100 % crédibles mais rappelant même quelque part les seigneurs de l'anneau de la trilogie érigée par Peter Jackson. Pour le reste, le compte est bon, la magie est intacte…

Difficile de trouver une œuvre semblable à "Dark Crystal" tellement le travail effectué est impressionnant, voire tout simplement unique. Intelligent, poétique, palpitant, cocasse, bluffant, "Dark Crystal" est une pièce matrice du monde de l'Heroic Fantasy. Une expérience qui ne ressemble à aucune autre, magique à tous les niveaux et dans tous les sens du terme.
Cette magie sera très justement recompensée en 1983 par un Grand Prix en 1983 au festival d'Avoriaz.

Retrouvez la BO du film sur Horreur.com : http://www.horreur.com/critique-musique-51-dark-crystal.html






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