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Aborder le thème du suicide n'est pas une mince affaire, surtout venant du Japon. En effet, la société japonaise est de loin la plus touchée par ce malheureux phénomène. C'est à partir de l'ère Showa (1926-1989) que le taux de suicide au Japon va être abondant et atteindre des statistiques affolantes (en 1955, on dénote une moyenne de 25,2 suicidés sur 10 000 habitants). La faute à quoi ? Comme de nombreux pays industrialisés, la Japon est une société froide où la combativité et la notion de meilleur sont primordiales. D'ailleurs il n'est pas étonnant de constater qu' il y a plus d'hommes que de femmes qui se suicident, ce sont souvent des personnes étant seules ou des hommes mariés. Il y a également les jeunes qui sont énormément touchés, à cause de l'ambiance scolaire qui est très difficile dans ce pays. Le mois le plus meurtrier, si je puis dire, est celui d'avril car c'est une période de rupture, en effet il inaugure l'année scolaire et universitaire, ainsi que l'année fiscale. Pire encore, il est tristement à déplorer que le phénomène du suicide collectif est devenu une mode au Japon, de ce fait entre l'année 2003 et 2004, 45 japonais se sont donnés la mort après s'être rencontrés sur Internet. Et c'est à partir de là que "Suicide club" prend pied.



Métro de Tokyo, le soir, à l'heure affluence. 54 lycéennes se tenant la main se mettent devant la bande jaune du quai, celle qu'il ne faut pas dépasser. Le train arrive et contre toute attente, les jeunes filles sautent et font ainsi ce que l'on pourrait nommer "un suicide collectif". La police ouvre donc une enquête menée par un inspecteur Kuroda, sûr qu'il s'agisse ici d'une machination contre les jeunes, les poussant au suicide. Et ce n'est pas les nombreux nouveaux cas qui le font douter, sachant qu'une personne lui indique une étrange page Web qui répertorie chaque nouveaux cas par des petits points mais cela avec quelques secondes d'avances.



Si le film est surtout connu pour son extrême violence, il est bien heureusement beaucoup plus profond et intelligent que cela.
Effectivement le film comporte certaines scènes généreuses en terme d'hémoglobine (bien que pas aussi nombreuses que certains le prétendent), on citera donc la séquence d'ouverture, tétanisante au possible et pas avare en sang (mais bon vu la situation...). Mais avant toute chose, "Suicide club" est un film qui déstabilise son spectateur par sa narration alambiquée.
Après la séquence d'ouverture, on assiste à une séquence classique de frisson, j'entends par là une disparition d'une personne qu'une autre recherche dans un hôpital vide et pas éclairé. Puis Sion Sono revient vers les lycéens dans un style plus naturaliste comme pour la séquence d'ouverture. Pire on assiste à un passage typiquement comédie musicale avec la bande de punk.
Malgré tout ne croyez pas qu'il s'agisse ici d'un beau foutoir dû à un réalisateur sous prise de LSD. Non ces scènes sont là pour introduire d'autres catégories sociales autre que les lycéens.
En effet si Sono critique ouvertement cette notion de "groupe/troupeau" qui se suicide sans réflexion comme des vaches qui en suivent une sans bien savoir pourquoi (en ce sens, la séquence où les lycéens se jettent du toit de leur lycée est plus que significative). Il suffit d'un leader pour emmener la masse avec lui ce qui résulte bien de l'attitude du Japon où la notion d'individualisme est écrasée au profit du système. Ce qui explique le pourquoi du nombre important de suicide chez les jeunes qui durant leurs période d'adolescence sont en crise d'identité et se recherchent, donc sont facilement influençables.
D'ailleurs l'uniforme scolaire n'est-il pas là un moyen d'effacer toute trace d'individualisme ?



Car si les jeunes sont influençables, les adultes le sont aussi et Sono dépeint cette triste réalité : infirmières lessivées, flics désabusés et chose importante punk voulant la célébrité.
Car là est un thème majeur du film : la célébrité. En effet si le groupe punk montre bien ce malaise, cette recherche de célébrité quitte à aller très loin, jusqu'au meurtre. Sono choisit d'intégrer un groupe de J-POP de petites filles dont tout le monde est fan, notamment toutes les personnes qui se suicident. Une dépendance malheureuse où un fan recherche par tous les moyens de ressembler à sa star préférée et sacrifiant ainsi sa propre personnalité quitte à vouloir mourir. On peut rapprocher sans mal la fameuse histoire dans "Dolls" de Kitano, du jeune homme fan également d'une chanteuse J-POP qui se dévoue corps et âme pour la belle, allant jusqu'à sa propre mort.



Bien évidemment Soho n'a pas choisit par hasard de mettre en évidence Internet et ce fameux site Web. Car si le net comme une star rassemble les gens, elle ne fait pas évoluer les choses mais déconnecte les personnes de la réalité. Ainsi on fait moins attention à ses proches, amis et famille. Et l'amour devient terne et froid puisque l'être en question devient lobotomisé.
Soho a donc choisit le suicide pour dénoncer tous ces points mais applique également une certaine forme d'humour noir dans ces suicides en question. Prenons l'exemple de cette scène où une petite fille regarde la télévision avec son père, là elle voit une publicité pour un produit et demande à son père si elle peut en avoir. Il lui dit de demander à sa mère qui est à la cuisine. Elle s'y rend, sa mère coupe de la nourriture avec un long couteau bien aiguisé. Là elle discute avec sa fille tout en se découpant les doigts faisant impasse sur sa nourriture précédemment coupé. La petite fille s'en va puis revient voir son père en disant : "Maman est rigolote".
N'oublions pas d'ailleurs les bonnes prestations des acteurs, on retrouve le fameux Ryo Ishibashi ayant déjà joué dans "Audition" de Miike et "Kids return" de Kitano entre autre.

On peut trouver toutefois quelques défauts au métrage son principal étant sa construction et ses éléments tout de même bien décousus qui peuvent déboussoler, tout du moins le spectateur n'ayant pas l'habitude des certains "délires" de nombreux films asiatiques. Car Soho est loin d'expliquer clairement le pourquoi de la chose, et nous laisse perplexe à la fin du film sur les motivations des suicides. C'est donc à la matière grise de travailler (à la manière d'un film de Lynch ou Cronenberg). Néanmoins il intègre une conclusion pertinente dîte par des enfants qui sont apparemment les seules personnes aptes à juger ce triste dérèglement de la société.



5/6 - Anonymous





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