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Premier film produit par la succursale germanique de la Columbia, "Anatomie" a obtenu localement un succès considérable, notamment grâce à la présence en tête d'affiche de Franka Potente ("Cours, Lola, cours"), véritable star en Allemagne. Le reste du monde n'étant pas totalement immunisé contre l'ennui, il n'en alla pas de même au niveau international. Intrigue médicalo-universitaire tentant d'égaler le thriller américain et de se rattraper à un genre horrifique mal assimilé, "Anatomie" ne se détache en effet qu'avec grand peine de la toute-puissante esthétique télévisuelle allemande, et l'idée d'établir une connexion avec le traumatisme de la culpabilité nazie ne suffit pas à lui donner une épaisseur qui lui fait défaut de toute façon .



Paula Henning (Franka Potente), fille de médecin généraliste et petite-fille de grand chirurgien, vient d'obtenir la deuxième place au concours Robert Koch. Cette réussite lui ouvre les portes de la faculté de Heidelberg, dont le cours d'anatomie dispensé par le professeur Grombeck (Traugott Buhre) détient une réputation inégalée. L'heureuse nouvelle enchante le grand-père de Paula, mais ne plaît guère à son père, qui semble n'y voir qu'un strass incompatible avec le but réel de la médecine.

Pendant ce temps, un homme se réveille dans ce qui ressemble à un bloc opératoire, et s'aperçoit avec horreur qu'on est en train de le disséquer vivant. A peine capable de bouger, il ne peut qu'assister, impuissant, au charcutage artistique dont il fait l'objet.

Dans le train qui l'emmène à Heidelberg, Paula fait connaissance avec Gretchen (Anna Loos), qui contrairement à elle fait grand cas des plaisirs terrestres. Puis elle sauve la vie d'un jeune homme affligé de troubles cardiaques congénitaux, sans se douter un seul instant qu'elle va bientôt le revoir sur la table d'anatomie...



Vouloir rendre ses lettres de noblesse au genre dans un pays donné est louable, mais le faire en ignorance de cause est un péché... Le problème n'est d'ailleurs pas tant que l'équipe de "Anatomie" (surtout les acteurs) n'a aucune culture en matière d'horreur. Le problème, c'est que ces lacunes et ces préjugés retentissent forcément sur le produit final. Gloire aux bonus, donc, car ils nous renseignent en partie sur les causes d'un échec.

Personnellement, si je savais de quoi je parlais et que mon pays comptait parmi ses cinéastes des noms comme Andréas Schnaas, Olaf Ittenbach ou Jörg Buttgereit, j'éviterais de débiter d'un ton très sérieux des âneries de ce genre: "L'Allemagne ne s'est plus illustré en horreur depuis des dizaines d'années... "Anatomie" n'est pas comme les films d'horreur américains idiots et plein de sang, là il y a de l'humour en plus..." Sainte mère du Diable, heureusement que je regarde les bonus APRES avoir vu un film, sinon c'était un aller direct à la poubelle.

Voici donc quelques effets: Paula Henning est coincée, car l'axiome le plus connu de ceux qui n'y connaissent rien est bien entendu que l'héroïne ne doit pas toucher au sexe, tandis que celle qui y touche (Gretchen) passera inévitablement à la découpe. Le générique d'ouverture, avec un scalpel caressant le corps d'une femme, reprend les sinuosités et les inflexions musicales de celui de "Alien 4"... sans qu'on puisse voir le moindre rapport entre les deux films. Lorsque Paula doit disséquer le coeur de David, le préparateur surgit dans son dos avec une scie électrique (bouh!) et lui demande s'il peut ouvrir le crâne du cadavre (lointain écho à "Reanimator"?): petit problème, à aucun moment il n'a été prévu de prélever le cerveau. Lorsque Paula se rend en fraude à la morgue universitaire, elle prononce à voix haute, angoissée: "C'est idiot. Les cadavres restent des cadavres, de nuit comme de jour. C'est un bâtiment universitaire." Et c'est idiot en effet, car rien ne nous a indiqué précédemment qu'un cadavre pouvait se réveiller à Heidelberg, sinon dans une blague que Paula elle-même avait éventé, non sans nous gratifier de ses raisonnements lourdingues ("C'est débile. Ce qui ne peut pas être ne peut pas être. Un mort ne peut pas bouger...", blablabla, ooooh pitié!) Une autre perle? Lorsque Paula trouve du sang sur son lit, elle paraît se demander un moment s'il ne s'agit pas de ses règles ("Carrie au bal du diable"): de la part d'une fille qui vient d'effectuer plusieurs années de médecine, ça frise le génie... Mais apparemment, on peut avoir 783 points au concours Robert Koch tout en étant complètement tarte.

Bref, à références superficielles, résultat superficiel.



Heureusement, deux ou trois en-cas intéressants nous sont proposés: la première scène de dissection et ses bruitages goûteux, la capture de Gretchen par Hein et la présentation de son travail par ce dernier, sur un air d'Albinoni. Anna Loos et Beno Forman dégagent d'ailleurs une force autrement plus convaincante que la mollasse Franka Potente, experte en moues de toutes sortes et dans le port de baskett Nike sans chaussettes, naturel oblige... Il faudra attendre la poursuite et l'affrontement final pour qu'elle commence enfin à nous épargner ses petites manières (quitte à affronter le ridicule lors d'une suspension entre deux rayons de bibliothèque...).

Cela fait tout de même peu de chose à se mettre sous la dent en une heure et demie, et on pense avec commisération aux spectateurs qui n'auront pas pu se préparer deux ou trois café pendant la durée du film. Vouloir faire un thriller à l'américaine (car en dépit de la volonté affichée de réaliser un film d'horreur, il s'agit bien d'un thriller), c'est bien, mais ne ménager aucun suspens entre les scènes fortes, ça l'est beaucoup moins. Si on passe sur la première scène de dissection, il faut quand même attendre 50 minutes pour obtenir, enfin, une scène digne de faire palpiter notre petit coeur!

La faute en revient essentiellement à un scénario et à une réalisation décidément trop marqués par la culture du petit écran. Stefan Ruzowitzki affirme que les premières minutes copient volontairement l'eau de rose des feuilletons télévisés, afin de créer un contraste avec la dissection qui suit. On veut bien le croire, même si ça ne marche pas, mais il n'en reste pas moins que toutes les scènes entre Paula et les autres personnages ressortent de l'esthétique télévisuelle: bonhommie, humour naze (et ce sont les films américains qui sont débiles?), dialogues surlignés et grossièrement ados, plans d'ensemble qui permettent de faire des économies de pellicule, clip publicitaire ou musical... En gros, Ruzowitzki ne s'en sort vraiment que lorsqu'il imite la méthode américaine standard, lors des scènes les plus fortes... et les plus rares.



Et voilà. "Anatomie" ne renouvelle rien, ne rattrape rien, ne mène à rien. S'il a eu du succès quelque part, cela n'est sans doute pas en tant que film de genre, mais pour de toutes autres raisons... Reste aux amateurs à sortir leur bistouri pour s'emparer des pièces de choix: un ou deux pilons noyés dans une sauce sans saveur...








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