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Divisé en 3 parties d'à peu près une heure et vingt minutes chacune, "Rose Red" est le seul métrage "kingien" de cette ampleur, avec "La tempête du siècle" et "Kingdom Hospital" (réalisés eux aussi par Craig R. Baxley), à ne pas être l'adaptation d'une œuvre littéraire, mais un scénario de mini-série télévisée directement écrit comme tel. Un bel avantage pour les fans, qui n'auront pas à s'inquiéter de savoir si le film est fidèle ou non au support original, mais aussi pour l'écrivain lui-même, qui n'a pas eu à traduire son histoire d'une forme à une autre, avec tous les problèmes que cela pose. Projet initialement demandé par Steven Spielberg, "Rose Red" est inspiré par le mystère de la maison Winchester. A la fin du XIXème siècle, Sarah Winchester, veuve de l'inventeur de la célèbre carabine à répétition, fut encouragée par un medium à construire une nouvelle demeure et à ne jamais arrêter les travaux sous peine de mort, ce qu'elle fit durant plus de trente ans, jusqu'en 1922. Au rayon des références se trouvent également trois romans eux-mêmes adaptés pour le cinéma, écrit par trois auteurs prisés par Stephen King: "La maison du diable", de Shirley Jackson, porté à l'écran par Robert Wise (1963), "La maison des damnés", de Richard Matheson, adapté par John Hough (1973), et "Burnt Offerings" de Robert Marasco, qui a donné le "Trauma (1976)" de Dan Curtis. Comme souvent chez l'écrivain du Maine, les bases ne sont donc pas originales, mais comme souvent également, sa version est plus efficace et attractive que celle de ses prédécesseurs. A la fois incisif, élégant, émouvant, effrayant et intense, "Rose Red" est même d'une qualité qui le placent parmi les meilleures productions estampillées "Stephen King" réservées au petit écran, ce pourquoi il semble judicieux d'en rendre compte par une critique séparée pour chaque partie.



Seattle, 1991. Annie Whaeton (Kimberly J. Brown), petite autiste télékinésique, a été mordue par un chien en se promenant dans le quartier avec sa soeur aînée Rachel (Melanie Linskey). Tandis que cette dernière se dispute avec ses parents, Annie se venge à sa façon des propriétaires du chien…

Dix ans plus tard, le professeur en sciences occultes Joyce Reardon (Nancy Travis) achève la session universitaire de l'année. Malgré le discrédit qu'essaie de faire tomber sur elle le professeur Miller (David Dukes), elle s'apprête à réaliser son rêve : ayant sélectionné une équipe d'individus doués de dons paranormaux, elle s'apprête en effet à explorer "Rose Red" le temps d'un week-end, afin de prouver le bien-fondé de ses recherches.

Cette demeure gigantesque, située en plein cœur de la ville, fut le cadeau de mariage du riche John P. Rimbauer (John Procaccino) à sa jeune épouse Ellen (Julia Campbell), le petit ami du professeur Joyce Reardon, Steeve (Matt Keeslar), étant le dernier descendant de la lignée Rimbauer, et donc le propriétaire actuel de "Rose Red"… Une bâtisse légendaire, dont la visite est interdite depuis cinq ans, et qui aurait fait plus d'une vingtaine de victimes…



Consacrée à la présentation des personnages et à leur rassemblement, cette première partie a de quoi ravir les inconditionnels de l'écrivain, qui savent bien que ses histoires passent toujours par le dessin empathique des caractères et la montée progressive du suspens. Quoique affublé d'un PG-13 (assez logique pour un métrage destiné au petit écran), l'univers et les personnages de Stephen King y sont pourtant moins édulcorés qu'ils ne le sont d'ordinaire. Que ce soit au niveau du scénario, de la mise en scène ou de la direction d'acteurs, le résultat est ainsi nettement supérieur aux précédentes mini-séries ("Ca", "Le fléau", "Les langoliers"…).

Sans s'attarder sur des biographies respectives, et en évitant le pensum des bons sentiments qui accablent trop souvent les adaptations télévisuelles de Stephen King, c'est dans les situations que Craig R. Baxley prend plaisir à faire apparaître la psychologie des personnages. Certes, la distribution des rôles joue habilement sur le "déjà-vu". La petite Annie fait forcément penser à Carrie (et sa façon de punir les propriétaires du chien est celle-là même que Brian de Palma avait évacué à la fin de son film), et la petite troupe d'individus doués de dons paranormaux reprend le schéma d'équipe qu'on peut trouver dans "Ca" ou "Le fléau". Mais à une différence de taille : cette fois-ci, les personnages ne se départagent pas de façon manichéenne, et diffusent une ambiguïté troublante.

Annie apparaît ainsi comme un ravissant petit bout de chou, isolée dans son univers, meurtrie par l'incompréhension de ses parents. Mais elle est également menaçante et sournoise, et la terreur, la méfiance de ses parents semble justifiées (les lecteurs des "Régulateurs" savent, du reste, que le statut des enfants s'est sensiblement modifié chez Stephen King depuis un certain temps). De même, la motivation du professeur Joyce Reardon, qui doit lutter seule pour s'imposer, n'est pas uniquement admirable. Il y a chez elle une raideur, une arrogance et une façon d'ignorer les autres qui ne laissent pas d'inquiéter… Par petites touches minimalistes, les confrontations gagnent ainsi en complexité et en intensité au fur et à mesure des scènes, tandis que le personnage principal de l'histoire, "Rose Red", se dévoile peu à peu…



La reconstitution du manoir a bénéficié de moyens conséquents, et il faut bien le dire, c'est une véritable splendeur ! D'abord approchée uniquement par le biais des évocations du professeur Reardon, la demeure nous apparaît au travers de diapositives bleutés et de flashes-back sépias qui nous relatent sa construction, l'histoire des Rimbauer et les circonstances qui les ont entourés, tandis que la vision actuelle de "Rose Red" se limite à des vues aériennes ou à partir de son portail, dans des travellings amples montrant son caractère imposant, le tout sous une musique menaçante. Jardins à l'abandon, fontaines, statues, serre, ailes, tour, cheminées, nous ne voyons que les facettes élégantes et mystérieuses de la propriété des Rimbauer, de même que nous n'apprenons que l'histoire officielle de ces derniers.

Mais durant tout le temps de cette approche, où les personnages prennent connaissance de la raison pour laquelle on les a réunis, c'est le secret de "Rose Red" qui commence à sortir de ses frontières de pierre pour venir visiter ceux qui s'apprêtent à l'explorer. Deux personnages, principalement, font les frais de ces "contacts" : Emery Waterman (Matt Ross), endetté par une mère dépensière et castratrice, et dont le don consiste à voir le passé, reçoit ainsi des visites dissuasives, tandis qu'Annie, au contraire, est appelée par "Rose Red". Bollinger, étudiant chargé par le professeur Miller de prendre des photographies compromettante, sera quant à lui le premier à pénétrer le manoir, en cachette…

En dehors de la scène d'introduction où les pouvoirs d'Annie sont clairement affichés, ce sont donc là les premières manifestations fantastiques et effrayantes de "Rose Red". La photographie est remarquable, les effets sonores simples et efficaces, les effets spéciaux réussis, et par la scène finale de cette première partie, le spectateur est amené à éprouver deux envies contradictoires: entamer l'exploration de "Rose Red"… et fuir à toute jambes !



Le bémol tient dans le traitement inégal des personnages. Tout en conservant une part de mystère nécessaire sur les motivations des uns et des autres, il était peut-être possible de mettre davantage en relief leurs particularités, afin de les rendre plus attachants. Mais d'un autre côté, le parti de rester à une certaine distance et de s'en remettre au charisme des acteurs contribue à alimenter les incertitudes, à multiplier les zones d'ombre…

Quoi qu'il en soit, tout est prêt désormais : il ne reste plus qu'à investir "Rose Red", et vous pouvez trouver la critique de la deuxième partie en cliquant sur ce lien : "Rose red – partie 2".