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Venant d'être interné dans un asile psychiatrique, le détective John Trent raconte sa terrifiante histoire au Dr Wrenn : ayant pour mission de retrouver l'écrivain Sutter Cane, spécialisé dans l'horreur, Trent se rend dans une ville ne figurant sur aucune carte, et qui n'a pas lieu d'exister excepté dans les livres de Cane, Hobb's End. Une ville malfaisante et maléfique, qui cache bien des secrets…



Désireux de réveiller le cinéma fantastique, qui devenait un genre moribond dans les années 90, Carpenter signe avec "L'antre de la folie", un film qui a justement pour but de secouer le genre. Une tâche qui n'est pas facile, et que beaucoup finirent par ignorer, préférant se jeter sur "Scream", qui sera finalement le nouveau et décevant réveil du landerneau fantastique. Carpenter met le paquet avec "L'antre de la folie", autant au niveau de l'écriture (pourtant signé Michel De Luca, qui avait commis le scénario de l'infâme "La fin de Freddy : L'ultime cauchemar") que de la forme visuelle (KNB peaufine les très nombreuses créatures du film, et avec bonheur).



Sam Neil, qui avait déjà endossé le costume de Damien dans "La malédiction finale", d'un mari trompé dans "Possession" et d'un sympathique anthropologue dans "Jurassic Park", revient donc au genre fantastique, et trouve encore une fois un rôle à la hauteur de son talent. Ce n'est, par contre, pas sa première collaboration avec Carpenter, puisqu'il incarnait le bad guy du film "Les aventures d'un homme invisible", une autre "pause" du Big John dans sa carrière de spécialiste du fantastique et de l'horreur. Dès la première partie du film, on peut voir défiler sous nos yeux d'autres acteurs réputés dans le genre, comme David Warner, John Glover (le patron mégalo de "Gremlins 2"), Julie Carmen (la séduisante vampire de "Vampire vous avez dit vampire ? 2) ou Charlton Heston. Bien plus tard, on pourra apercevoir longuement Jürgen Prochnow ou le très inquiétant Wilhelm Von Homburg, qui fut en 1989, le sorcier dégénéré de "Sos fantômes 2" mais qui vient malheureusement de nous quitter en 2004 d'un cancer, malgré une carrière peu remplie. Un acteur qui pourtant, avait tous les atouts pour devenir une icône du genre. Carpenter n'y va surtout pas de main morte avec son film, clouant le spectateur sur son siège rien que dans la spectaculaire bande-annonce, et affirmant clore avec ce film, sa "trilogie de l'apocalypse", débutée par "The thing" et "Prince des ténèbres". Des films forts, qui jouent à fond la carte des débordements visuels, et qui font peur, très peur même, et qui restent sans aucun doute, les meilleurs films du maître à ce jour.



D'une structure narrative au départ classique, "L'antre de la folie" nous plonge petit à petit dans un univers de plus en plus effrayant, cauchemardesque, grouillant de monstres et zombies en tout genre. Un univers où le spectateur devient aussi fou que le héros, jusqu'à l'inattendu et surprenant coup de théâtre final. Nom emprunté à la station de métro où échoue un extraterrestre dans "Les monstres de l'espace", Hobb's End est ainsi une ville imaginaire, créée de toutes pièces par Sutter Cane, un écrivain très en vogue dont le succès phénoménal rappelle beaucoup Stephen King (celui-ci serait d'ailleurs surclassé par Sutter Cane, comme l'explique Linda dans le film !) mais dont les effets sont plutôt catastrophiques. Détective travaillant pour une compagnie d'assurances, John Trent va être saisi de cauchemars et visions, le jour où il commence à lire quelques livres du maître en question. En construisant une carte à partir des couvertures (superbes d'ailleurs, guettez-les bien) des fameux livres, Trent découvre l'emplacement de la ville quasi imaginaire de Hobb's End. Accompagné par une lectrice fervente de Cane, Linda Styles, Trent s'embarque dans une aventure qui va le mener jusqu'au bout de la folie.



Outre les flashs horrifiques, pour la plupart subliminaux, c'est l'arrivée à Hobb's End qui permet à Carpenter de lâcher sur ses spectateurs une flopée de monstres impressionnants, un bestiaire lovecraftien comme on n'en a jamais vu auparavant, passant des gamins morts-vivants aux habitants zombifiés (rappelant beaucoup les clochards de "Prince des ténèbres"), jusqu'à des dobermans enragés ou une mémé tentaculaire. Mais les apparitions ou manifestations surnaturelles sont tellement nombreuses et surprenantes, qu'on ne peut toutes les divulguer ici. Carpenter ose filmer avec un talent considérable, et surtout enfin convenablement, l'indicible cher à Lovecraft, lié constamment à une atmosphère oppressante et soignée, et des créatures monstrueuses qu'on ne saurait pas réellement décrire. Les clins d'œil se multiplient jusque dans le titre original, "In the mouth of Madness" très lovecraftien dans l'esprit. Horrifique jusqu'au bout des ongles, ironique parfois, flippant et vertigineux, voilà une mise en abyme stupéfiante, un régal pour les fans d'horreur et un autre chef-d'œuvre pour Big John.