RDV SUR FACEBOOK



CONNEXION



Votre note: -
Moyenne: 5
(24 votes)
La famille Addams est une famille de morts-vivants vivant dans la plus horrifique des harmonies. Les parents s'aiment d'un amour quasi morbide, les enfants se torturent, la grand-mère cuisine des plats pour la plupart très vivants et bien gluants, le serviteur à l'allure Karloffienne nettoie et prend soin du manoir, mais il manque une personne : l'Oncle Fétide, qui a disparu après une escapade aux Triangles des Bermudes. Un soir, la famille s'adonne à une séance de spiritisme rituelle, tentant de ramener le fameux Oncle quand soudain, celui-ci vient frapper à la porte des Addams, plus lugubre que jamais. Mais il semble avoir changé, peut être même que la curieuse psychiatre allemande qui l'accompagne y est pour quelque chose…



Etre étrange et curieux, Charles Addams a vécu dans un environnement des plus morbide, et qui l'inspira au plus haut point. C'est dans les années 30 qu'il signe sa célèbre bande dessinée, "The Addams Family". Par la suite, elle sera transposée à la T.V via une série qui deviendra culte, ainsi qu'un dessin animé dans les années 70. Mais il faudra attendre la fin des années 80, pour voir enfin une adaptation digne de ce nom sur grand écran. Ce sera également la première réalisation de Barry Sonnenfeld, qui retrouvera le succès avec "Men in black". Un réalisateur qui a de la suite derrière les idées, mais qui a bien du mal à apprécier la série T.V, sa priorité étant surtout d'adapter la bande dessinée, en respectant l'esprit de Charles Addams, dont il est inconditionnel. Il fait appel à la scénariste attitré de Tim Burton, à savoir la talentueuse Caroline Thompson et un casting de choix collant parfaitement aux personnages.



C'est le regretté Raul Julia qui surprend le plus, très convaincant en Gomez, séducteur et fine lame, amoureux fou de sa bien-aimée Morticia. Entre quelques cabrioles dignes de Jackie Chan et une allure à la Errol Flynn, il trouve ici le meilleur rôle de sa carrière. Quand à Morticia, elle est incarnée par Angelica Huston, âgée de 39 ans à l'époque, mais qui en parait bien 10 de moins ici, jouant parfaitement avec son physique gracieux qu'elle porte à merveille. Déjà reine des sorcières la même année dans "Les sorcières", elle joue à la perfection cette épouse sombre comme l'ébène et blanche comme la lune, décapitant les roses pour n'en garder que les tiges. Maintenant célèbre, la jeune Christina Ricci fait ses très remarquées premières armes dans le rôle de Mercredi, si mignonne en petite ange de la mort, inventant les pires sévices, elle et son frère, pour faire passer le temps : chaise électrifiée, paratonnerre exhibé sous l'orage ou encore quelques tirs bien placés d'arbalète. Bien entendu, Sonnenfeld ne filme pas ces "morts". On pourra rajouter à cette famille, l'affreuse grand-mère sorcière (constamment sous-exploitée soit dit en passant), le gigantesque serviteur rappelant beaucoup le monstre de Frankenstein, le cousin Machin (hilarante perruque sur pied parlant un langage complètement incompréhensible) et bien sur la Chose, une main baladeuse hyper active, auquel l'acteur prêtant sa main reviendra dans un rôle identique mais plus agressif dans "La main qui tue". Ainsi portée à l'écran, elle permet une véritable petite révolution dans le monde des effets spéciaux.



Un rythme parfaitement soutenu, tel est la clé de Sonnenfeld, pour un scénario trépidant où l'Oncle Fétide (Christopher Lloyd, qui trouve ici son meilleur rôle avec celui de Doc dans "Retour vers le futur" et du juge Demort dans "Qui veut la peau de Roger Rabbit") retourne dans la demeure des Addams, mais totalement amnésique. Baratiné par une mère adoptive possessive, il est utilisé par celle-ci pour mettre la main sur le trésor des Addams, enfoui dans un endroit secret que seul Gomez connait, et situé quelque part dans le manoir. Mais sa mémoire revient, et il s'attache de plus en plus à ses neveux et à sa vraie famille, qu'il ne semble plus reconnaître. Pas une minute de répit avec Sonnenfeld, le fil est parsemé de gags et de rebondissements savoureux toutes les deux minutes. Et des gags il y en a un bon paquet, parmi les meilleurs citons cette scène où Morticia raconte "Hansel et Gretel" à des gamins de maternelles mortifiés avec un point de vue dès plus surprenant, la même Morticia racontant à une maîtresse de primaire éberluée que sa fille voue une admiration sans borne à une descendante sorcière, ou une sélection de vêtements pour une œuvre de charité, appartenant à un certains Oncle Zigzag et dont le cadavre est entreposé au même endroit que sa garde robe ! Bien sûr ce ne sont que de simples exemples parmi tant d'autres.



Mais ce qui s'avère être la force majeure du film, reste sans aucun doute les fameux décors, en particulier l'immense manoir des Addams. Château lugubre, sûrement hanté, dont on voudrait connaître tous les nombreux secrets tellement il semble en contenir. Chaque pièce est un délice pour les yeux, on passe la cuisine des plus fouillis jusqu'à la salle de bal, le bureau de Gomez ou encore la splendide cité souterraine. Quelques surprises ici et là, comme ce tapis en peau d'ours soudain vivant, ce tableau et ces livres animés, ces passages secrets ou ce portail lui aussi plus que vivant. Le meilleur revient surtout au cimetière lugubre et garni de statues inquiétantes, rappelant l'univers de Burton, voire les fameuses sculptures d' "Edward aux mains d'argent", ou encore une cité souterraine à la beauté inattendu. Même chose pour la scène du bal, dont les couleurs et la galerie d'étranges personnages rappelle autant "Freaks" que "Le bal des vampires". Si on n'échappe pas à la chanson aussi puérile que commerciale chantée par M.C Hammer, "La famille Addams" n'a pas grand-chose d'un film familial. Cela a beau rester peut être dans les normes du PG-13 mais voir des chanteurs de Noël insupportables s'apprêtant à se prendre un chaudron d'eau fumante sur la tronche ou des gamins se charcutant sur une pièce de théâtre en voulant reproduire une scène de Hamlet, et aspergeant de leur sang le public n'a sûrement rien d'innocent, on pourrait même dire que c'est réjouissant, surtout pour des fantasticophiles comme nous. Cabotin, macabre, survolté, exquis et bien frappé, "La famille Addams" vient s'ajouter sans problème à "High Spirits", "Beetlejuice" et "Sos fantômes" au panthéon des meilleurs comédies fantastiques.








LUMIèRE SUR